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Jean-Michel Blanquer a essuyé de nombreuses moqueries sur ses déclarations sur la nécessité de porter une «tenue républicaine» à l’école. Pis, Élisabeth Moreno, ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes, l’a désavoué. Au micro de Sputnik, Fatiha Boudjahlat, enseignante et militante laïque, donne pourtant raison au ministre.

Le short de la discorde. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, ne devait pas se douter que sa phrase ferait couler autant d’encre.

Réagissant au mouvement des collégiennes et lycéennes #lundi14septembre, qui protestent contre l’application des règlements de la plupart des établissements qui exigent une «tenue correcte», sur RTL, Jean-Michel Blanquer a appelé les élèves à venir à l’école «habillés d’une façon républicaine.» Et de préciser que ce «n’est pas un sujet spécifiquement pour les filles». «Par exemple, on ne vient pas au collège en short, sauf pour faire de l’éducation physique et sportive», a-t-il indiqué.

Le ministre raillé de toute part

La sortie du ministre de l’Éducation nationale a en tout cas fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, le député LFI Bastien Lachaud s’en est donné à cœur joie en postant une photographie de classe où Jean-Michel Blanquer portait… un short.

​D’autres ont ironisé, sur le fait de savoir si les élèves devaient venir habillés en Marianne.

​Pourtant, au-delà des critiques, certains estiment que le ministre de l’Éducation a eu raison de tenir ces propos.

C’est le cas de Fatiha Boudjahlat, enseignante et cofondatrice du mouvement Viv (r) e la République, qui estime au micro de Sputnik que «l’école, ce n’est pas le McDo, ce n’est pas “venez comme vous êtes”. On ne vient pas “chiller” [se détendre, ndlr].»

Selon elle, lorsque Jean-Michel Blanquer parle de tenue républicaine, «il faut être intelligent, il n’a pas demandé de venir habillé en bleu, blanc, rouge». En revanche, «il a voulu parler du commun, à haute valeur ajoutée qu’est la nation» en disant:

«Laissez vos identités particulières à la grille […] Il faut une tenue correcte, car on est à l’école et l’école n’est pas une extension de sa chambre.»

Et de poursuivre, «Jean-Michel Blanquer a voulu éviter le mot piégé de la “décence”, parce que ce mot aurait été rejeté par les féministes qui auraient dit: voilà c’est à la fille d’être décente et pas au garçon de se retenir.» Une critique qui n’a pourtant pas manqué d’être lancée. Élisabeth Moreno, ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes a ainsi déclaré au Parisien qu’«En France, chacun est libre de s’habiller comme il le veut. Les femmes ont mis des siècles à pouvoir s’affranchir de codes vestimentaires. Cette liberté conquise de haute lutte n’a pas de prix.» Et d’ajouter que «c’est aussi un enjeu d’éducation des jeunes garçons, du rapport qu’ils entretiennent aux jeunes filles, lié aux valeurs de respect

Lutter contre l’hypersexualisation?

Emmanuel Macron, qui a d’ailleurs senti les potentielles polémiques qui pouvaient survenir autour des tenues vestimentaires, s’est bien gardé de commenter cette thématique lors d’une visite dans un collège du Gers, vendredi 18 septembre. «Aïe, aïe, aïe, vous voulez m’emmener sur tous les sujets. Je n’ai pas envie de me mêler de ce sujet-là, on ne va pas créer des polémiques toutes les semaines», avant d’appeler au «bon sens».

Pourtant, Fatiha Boudjahlat souligne que le patriarcat revêt plusieurs formes: celui qui pousse les femmes à être pudiques, discrètes, et celui qui les pousse à se dévêtir.

«Les filles ont tout autant que les garçons intériorisés la sexualisation des corps et des vêtements, donc il y a aussi des filles qui sont dans l’hypersexualisation. On doit aussi les protéger de cette injonction patriarcale. C’est toujours le corps de la femme qui est le crime, soit qu’il doit être couvert, soit qu’il doit être découvert», affirme-t-elle.

L’enseignante estime d’ailleurs que les garçons sont aussi concernés, parce qu’arborer une tenue correcte est important pour appréhender sa vie d’adulte. «J’ai des élèves qui n’arrivent pas à trouver de stage en 3e parce qu’ils n’ont pas un seul pantalon, ils n’ont que des survêtements, parce qu’ils aiment être à l’aise», regrette Fatiha Boudjahlat.

«On a besoin de contention dans cette société. Je ne vais pas à l’école pour être à l’aise ni pour faire un défilé de mode. Vous êtes à l’école pour apprendre des connaissances et des codes sociaux. Si vous ne les maîtrisez pas, votre entrée dans la vie active sera plus compliquée», prévient-elle.

L’enseignante fustige l’individualisme et son lot de «moi je veux ça, c’est mon choix, je dois avoir le droit de le faire». À l’image du professeur des écoles entièrement tatoué qui a dénoncé que le fait que l’on se focalise sur son apparence. «C’est pareil, on doit être encore plus exigeant avec lui parce qu’il est fonctionnaire d’État donc il représente l’État. Il y a un devoir d’exemplarité, mais son argument c’est celui des filles: mon corps, mon choix», assène Fatiha Boudjahlat.

​Nul doute que le flou qui entoure la définition de «tenue républicaine» est loin d’être estompé. D’autant plus que, dans la grande majorité des cas, les codes vestimentaires à respecter restent à discrétion des directeurs d’établissement. Alors, comment expliquer les déclarations du ministre? Pour un conseiller du gouvernement cité par le Parisien, «Blanquer cherche à se poser en “Monsieur Autorité” du gouvernement […] C’est du pur positionnement.» Au vu des railleries dont il a été l’objet, pas sûr que cet objectif ait été rempli.

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Tags:
France, Jean-Michel Blanquer, sexisme, école
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