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Près d’une centaine de médias publient ce 23 septembre une lettre ouverte appelant les Français à se mobiliser en faveur de la liberté d’expression, en soutien à Charlie Hebdo, à nouveau menacé. La ligne éditoriale l’hebdo satirique lui vaut pourtant des critiques à gauche. Cinq ans après, que reste-t-il de #JeSuisCharlie?

La menace sur les journalistes et les membres de l’équipe de Charlie Hebdo semble dangereusement se préciser. Alors que se tient actuellement le très médiatique procès des attentats de janvier 2015, l’hebdomadaire satirique, qui a réédité les caricatures du prophète Mahomet dans son édition du 2 septembre dernier, est à nouveau pris pour cible par l’organisation terroriste Al-Qaïda* dans la péninsule arabique (AQPA), dont les frères Kouachi s’étaient déjà revendiqués pour commettre la tuerie du 7 janvier 2015. 

Dans une publication le 11 septembre dernier, l’organisation djihadiste prévenait ainsi que le raid meurtrier contre Charlie Hebdo «n’était pas un incident ponctuel». Accusant Emmanuel Macron d’avoir «donné son feu vert» à cette réédition, AQPA a ensuite clairement appelé ses fidèles à passer à l’acte le plus vite possible: 

«Nous appelons les musulmans de France, d’Europe et de l’extérieur […], les moudjahidins de tous les fronts et nos héroïques lions solitaires à les poignarder».

La menace a encore pris un peu plus de consistance quand Marika Bret, responsable des ressources humaines de Charlie Hebdo, a confié dans Le Point, lundi 21 septembre, avoir été exfiltrée d’urgence de son domicile en raison d’une menace imminente de passage à l’acte à son encontre.

De la «gauche de Jaurès» à la «gauche Hanouna»

Celle qui vit sous protection policière depuis cinq ans pointe par ailleurs la «succession de petites lâchetés, de compromissions, de mensonges et d’abandons qui ont rendu possible ce qui s’est passé en janvier 2015.»

Principal accusé, Jean-Luc Mélenchon, qui avait traité Charlie Hebdo et Marianne de «bagagistes de Valeurs Actuelles» dans la polémique Obono, avant de partager sur sa page Facebook le 17 septembre un dessin de la revue d’extrême gauche Regards, sur lequel les dessinateurs assassinés de Charlie traitent de «cons» Manuel Valls, Caroline Fourest et Zineb El Rhazoui, engagés contre l’islamisme:

«Ce propos de la part d’un responsable politique est une infamie. Mais Jean-Luc Mélenchon n’est pas le seul, beaucoup de responsables politiques ont, par clientélisme ou par peur, oublié des notions fondamentales, comme la citoyenneté. On ne s’adresse pas à des électeurs potentiels en fonction de leur couleur de peau ou de leur religion, c’est la négation même de ce que doit être la politique», poursuit Marika Bret.

L’essayiste Joseph Macé-Scaron, ex-directeur de la rédaction de Marianne et du Figaro, qui «connaît personnellement» la DRH de Charlie Hebdo, partage son avis: 

«Elle ne fait que constater qu’une large partie de la gauche a délaissé la défense de la laïcité à travers des démissions successives depuis bientôt dix ans. […] On est passé de la “gauche Jaurès” à la “gauche Hanouna”. Comme le présentateur vedette de la chaîne de Bolloré, cette gauche-là estime que ceux qui critiquent la religion “feraient mieux de se faire discrets, de raser les murs”», lance-t-il au micro de Sputnik.

C’est dans ce climat de tension et de menaces répétées que 90 médias ont publié ce mercredi 23 septembre une tribune pour défendre la liberté d’expression, «l’une des valeurs les plus fondamentales de notre démocratie», aujourd’hui menacée par des «idéologies mortifères», déplorent les signataires du texte:

«C’est tout l’édifice juridique élaboré pendant plus de deux siècles pour protéger votre liberté d’expression qui est attaqué, comme jamais depuis soixante-quinze ans. Et cette fois par des idéologies totalitaires nouvelles, prétendant parfois s’inspirer de textes religieux.»

Un texte dont Riss, le directeur de la publication de Charlie Hebdo, est à l’initiative. Celui-ci a estimé dans une déclaration à l’AFP ce 23 septembre que «les menaces vont bien au-delà de Charlie, puisqu’elles visent aussi tous les médias et même le Président de la République», d’où la nécessité d’après lui «de proposer aux médias de réfléchir à la réponse collective qui méritait d’être donnée à cette situation».

Face aux «idéologies mortifères», une «réponse collective»

Une réponse qui ne sera pas totalement collective, puisque l’AFP a refusé de s’associer à la tribune, au motif de «ne pas mettre en danger nos équipes en danger dans les pays musulmans où ce droit [à la liberté d’expression, ndlr] est considéré comme une provocation». La section AFP du Syndicat national des journalistes (SNJ) a réagi en disant sa «consternation» devant une «une abdication [qui] nous attriste et nous fait honte.»

 

En tout état de cause, Joseph Macé-Scaron, qui dit «se réjouir» de la publication d’une telle tribune, qu’il assimile à «une claque à l’encontre du leader minimo de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon» se méfie néanmoins des «tartuffes et des faux-culs» qui étaient moins prompts à soutenir Charlie Hebdo avant les attentats de 2015:

«Les tartuffes ou les faux-culs se sont tous ceux qui se réveillent quand Charlie est frappé ou menacé de mort par le terrorisme islamiste. C’est, en effet, AVANT qu’il faut soutenir Charlie et la liberté d’expression et non après.»

Malgré le consensus médiatique de façade autour de la tribune sur la liberté d’expression, les fractures françaises semblent se cristalliser encore davantage. 

L’annonce du projet de loi sur le séparatisme, très attendu et reporté au 2 octobre par Emmanuel Macron, permettra-t-il d’y voir plus clair? Rien n’est moins sûr, selon Joseph Macé-Scaron, qui dit «ne pas comprendre» ce que signifie ce terme:

«Si c’est pour combattre l’intégrisme religieux, il y a mieux à faire», tranche-t-il.

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Tags:
islamisme, séparatisme, Emmanuel Macron, Chérif Kouachi, liberté d'expression, laïcité, Charlie Hebdo, Manuel Valls, Jean-Luc Mélenchon
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