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La Ville de Paris a remporté une première bataille face à la plateforme américaine, après que la Cour de Justice de l’UE a validé la loi française «anti-Airbnb». Pourtant, malgré les satisfécits, le combat est loin d’être gagné. Me Demeuzoy, avocat de nombreux propriétaires, fait le point pour Sputnik.

Une victoire en trompe-l’œil? Dans l’affaire qui opposait la capitale française et deux propriétaires de studios parisiens utilisant Airbnb, la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) a validé la loi française.

La CJUE a ainsi estimé qu’«une réglementation nationale soumettant à autorisation la location, de manière répétée, d’un local destiné à l’habitation pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile est conforme au droit de l’Union».

Anne Hidalgo, maire de Paris, s’est donc félicitée sur Twitter de «cette victoire, attendue par de nombreuses métropoles» qui marque selon elle «un tournant pour l’encadrement des locations saisonnières». Cela constitue une «avancée pour le droit au logement pour tous», s’est-elle réjouie.

Face à Aribnb, les grandes métropoles tentent de réagir

À travers l’Europe, la bataille face aux plateformes de location saisonnière fait également rage. En témoigne l’initiative de 22 grandes villes européennes, dont Bordeaux, Berlin, Barcelone, Milan ou Londres. Les maires et élus locaux ont porté jeudi 17 septembre dernier auprès de Margareth Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne, leurs propositions afin de mettre en place une législation plus adaptée, concernant la location de meublés touristiques.

Ces élus déplorant «l’essor des locations touristiques de courte durée, ainsi que leur forte rentabilité, [qui] a entraîné un transfert massif de logements de longue durée vers la location touristique». Une situation qui aurait des conséquences néfastes sur les prix et sur l’offre de logements abordables pour les habitants, plus particulièrement dans les centres-villes.

«Prix grimpant en flèche, exode des habitants du quartier, troubles du voisinage, risque sanitaire, disparition des commerces de proximité… les citoyens européens sont de plus en plus nombreux à se plaindre des nuisances générées par les locations touristiques», s’alarment-ils dans leur communiqué commun.

Pourtant, derrière ces offres de locations se cachent des propriétaires qui répondent à une demande croissante de meublés touristiques. Interrogé par Sputnik, Me Xavier Demeuzoy, avocat spécialiste en location saisonnière, qui représente 120 dossiers sur les 300 qui sont au tribunal face à la Mairie de Paris, nuance cette «victoire» de la ville.

Comme l’explique l’avocat, la CJUE a simplement indiqué que le texte national était conforme au droit européen: «c’est-à-dire qu’un État peut prendre une mesure un peu contraignante pour lutter contre la pénurie de logements au niveau national.» Toutefois,

«Quand on lit l’arrêt en détail, on se rend compte que la CJUE explique qu’il appartiendra à la juridiction nationale, donc notamment la Cour de cassation, de vérifier point par point les critères européens pour s’assurer qu’effectivement la réglementation parisienne est bien conforme au droit européen», analyse-t-il.

En conséquence, la Cour accorde, selon l’avocat, «des éléments de contrôle qui potentiellement pourraient censurer la validité du texte sur le modèle parisien et donc par définition toutes les assignations contre les propriétaires

​Des précisions de taille. Et pour cause, la justice française devra par exemple «vérifier qu’il y a bien pénurie de logements destinés à la location de longue durée sur le territoire des communes concernées». Pour l’avocat, cela pourrait s’avérer compliqué:

«Lorsque j’ai des clients qui sont assignés dans le XIXe arrondissement de Paris pour des locations Airbnb, il va falloir que la mairie s’accroche pour démontrer la pénurie de logements dans cet arrondissement. Cela sera plus compliqué que le secteur au pied de la tour Eiffel», prévient Me Demeuzoy.

En outre, la municipalité va devoir également justifier le caractère «raisonnable, transparent et accessible» du mécanisme mis en place pour les résidences secondaires à Paris, mécanisme dit de «compensation». Un dispositif qui a pour but de mettre sur le marché un nouveau bien à la location classique en échange d’un bien mis en location courte durée.

Des propriétaires en colère

Par exemple, si un propriétaire souhaite louer sa résidence secondaire, l’autorisation de location ne lui sera délivrée que s’il achète un local commercial d’une surface équivalente. Un bien qu’il devra transformer en habitation afin de compenser la «perte de logement». Au vu des prix de l’immobilier, ce mécanisme peut s’avérer particulièrement dissuasif. D’ailleurs, Me Demeuzoy rappelle que lors d’une interview donnée à BFMTV, Ian Brossat, interrogé sur ce point, a effectivement concédé qu’il était «compliqué à mettre en place». Un état de fait néanmoins assumé par le maire adjoint de Paris chargé du logement.

Airbnb salue une clarification des règles

Du côté des propriétaires, cette décision de la CJUE a un goût amer. C’est le cas pour le Club de la communauté Airbnb de Paris, collectif qui regroupe des hôtes Airbnb, qui regrette la guerre menée par la Mairie de Paris «contre le pouvoir d’achat des Parisiens et contre le droit de propriété», indique-t-il sur Twitter.

​Me Demeuzoy observe que l’incompréhension prévaut chez ses clients, d’autant plus, que «pendant 30 ans il n’y avait aucun problème avec cette réglementation» rappelle-t-il.

«Pour eux, la mairie se trompe de cible. Ils ont juste le sentiment d’exercer leur droit de propriété, de faire marcher l’économie en rénovant leur appartement, en payant des impôts, en payant des taxes à la mairie de Paris, de permettre aux touristes de rester à Paris, parce que les hôtels sont hors de prix ou complets.»

Et Airbnb dans tout ça? La plateforme semble ne pas vouloir s’attirer les foudres de la Ville de Paris. À la suite de l’arrêt rendu par la Cour de justice européenne, le géant américain s’est simplement félicité «de cette décision qui contribuera à clarifier les règles applicables aux hôtes qui partagent des résidences secondaires à Paris», a-t-il précisé à l’AFP. Ajoutant que «Nous nous réjouissons de travailler en étroite collaboration avec les autorités locales sur une réglementation proportionnée qui place les familles et les communautés locales au premier plan et qui fonctionne pour tous.»

La capitale française paradant régulièrement en tête des classements des villes touristiques les plus visitées au monde, l’heure serait donc logiquement à l’apaisement.

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Tags:
location, immobilier, Mairie de Paris, Airbnb
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