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Après l’interdiction des pesticides néonicotinoïdes, le gouvernement rétropédale en proposant un projet de loi visant à les réintroduire pour sauver la filière betteravière. Une décision qui provoque l’ire des écolos. François-Michel Lambert, député LEF, ne cache pas son incompréhension en commentant l’initiative pour Sputnik.

Néonicotinoïdes, le retour. Ce lundi 5 octobre, le projet de loi pour la réinsertion temporaire de cette famille d’insecticides qualifié de «tueurs d’abeilles» doit être débattu à l’Assemblée nationale. Un texte pour le moins polémique puisque la France reviendrait sur son interdiction d’utilisation, votée en 2016. En effet, ces puissants neurotoxiques agissent sur le système nerveux de tous les insectes, dont les pollinisateurs, comme les abeilles.

Pour justifier ce choix, le gouvernement argue qu’il est nécessaire de soutenir la filière sucrière, touchée par la «jaunisse» de la betterave, une maladie transmise par des pucerons. Un virus pouvant provoquer 30% à 50%, voire 70% dans certains cas, de perte de rendement. L’exécutif plaide donc pour une autorisation des néonicotinoïdes jusqu’en 2030 maximum, sous des «conditions strictes».

«Impréparation» à la transition écologique

Du côté des écologistes, l’heure est à l’incompréhension. Dans une interview donnée au JDD, Nicolas Hulot, ex-ministre de l’Écologie, a appelé les députés à ne pas voter la loi. «Ce n’est pas une solution», affirme-t-il. Et de poursuivre: «Les abeilles et les agriculteurs seront perdants.» Des militants et membres de la gauche ont pris la plume en signant une tribune publiée dans Le Monde pour faire part de leur colère. Selon eux, ce projet de loi, résultat de la «pression des lobbys de l’agriculture», est un «recul démocratique majeur» et un «contresens historique». Le mouvement d’actions en faveur du climat Extinction Rebellion (XR) a d’ailleurs prévu de réaliser, ce lundi 5 octobre, un happening pour signifier son mécontentement.

Interrogé par Sputnik, François-Michel Lambert, député écologiste et coprésident de Liberté Écologie Fraternité (LEF), explique que ce rétropédalage témoigne de «l’impréparation de l’État». Pour lui, «ce gouvernement ne s’est pas mobilisé pour atteindre les objectifs» en matière de transformation écologique.

«La transition écologique, ce n’est pas que des déclarations volontaristes dans la presse et des "Make Our Planet Great Again". Pour la préparer, il s’agit surtout de mobiliser des moyens de l’État avec l’ensemble des acteurs», assure-t-il.

Une «impréparation» qui pourrait s’avérer fatale, la France étant le premier producteur européen de sucre et de bioéthanol, avec plus d’un milliard d’euros d’excédent commercial. En outre, ce secteur emploie 46.000 personnes, dont 25.000 cultivateurs et 21 sucreries. Cette activité stratégique a poussé Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, à déclarer: «Sauver la filière sucre est une question de souveraineté

Des agriculteurs pris à la gorge

Une sortie qui n’a pas manqué de faire sourire le député LEF: «Vous m’auriez dit production d’avion de combat, production nucléaire, production du blé… Mais la souveraineté sucrière! Je ne pensais pas que le poids sucrier de la France pesait à l’Onu», ironise-t-il.

«L’homme politique qui incarne cette souveraineté de la France, au sens propre, s’appelle le général de Gaulle. Je ne suis pas certain qu’il aurait placé la souveraineté nationale dans la production intensive de betterave sucrière pour exporter à tous crins du sucre à bas prix.»

D’autant plus que ce sont les politiques du gouvernement ainsi que l’Union européenne qui accentueraient les déboires des agriculteurs.

«Avec l’ouverture des quotas sucriers, on a créé plus de contraintes et fragilisé une filière qui, aujourd’hui, nous alerte sur les dangers que pourraient causer ses pertes de production. Les agriculteurs se retrouvent complètement coincés», déplore François-Michel Lambert.

Le député dénonce les injonctions contradictoires que subissent les agriculteurs. D’une part, la nécessité de «produire plus de sucre et moins cher» à cause des quotas européens. D’autre part, s’adapter à la transition écologique qui «prévoyait de sortir d’un productivisme à coup de produits chimiques comme les néonicotinoïdes, notamment concernant les betteraves et d’autres productions agricoles».

«C’est le "en même temps" de Macron qui, d’un côté, prône le libéralisme et, de l’autre, un changement de nos modèles de production.»

Et de conclure: «Cela ne marche pas. Il faut réaliser une véritable transformation écologique et non laisser croire qu’en mettant un peu de "green" on va réussir», conclut François-Michel Lambert.

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Tags:
France, environnement, abeilles, pesticides
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