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Le discours sur le «séparatisme islamiste» prononcé vendredi 2 octobre aux Mureaux par Emmanuel Macron a fait réagir l’opposition, aussi bien à gauche qu’à droite. Dans les pays musulmans, en Turquie et en Egypte, certaines voix s’élèvent également pour dénoncer des propos jugés «racistes» et «islamophobes».

Emmanuel Macron devait s’en douter. Son discours très attendu sur le «séparatisme islamiste», ainsi qu’il l’appelle désormais, a vivement fait réagir la sphère politique. Le Président de la République, qui a notamment annoncé une «labellisation» de la formation des imams en France (sous l’égide du Conseil français du culte musulman), un contrôle accru du financements des mosquées ou encore une instruction à domicile «strictement limitée», a par exemple été accusé par certains cadres du Rassemblement national de ne pas aller assez loin dans la lutte contre l’islamisme. Sur Twitter, le député du Nord Sébastien Chenu critiquait ainsi des mesures «timides et parfois inquiétantes», tandis que l’eurodéputé Gilbert Collard s’inquiète de la confiance accordée au CFCM, qu’il juge «noyauté par les Frères musulmans». Dans un communiqué officiel paru le 2 octobre, le RN regrette qu’il n’y ait pas eu «un mot sur l’immigration massive, qui est le terreau du communautarisme». Même son de cloche pour le député (LR) Eric Ciotti: «Rien sur l’immigration. Ce texte sera un coup pour rien», a-t-il tweeté.

© Sputnik
Discours d'Emmanuel Macron aux Mureaux

De l’autre côté de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon a pour sa part fustigé le «caractère hypocrite et malfaisant» du discours d’Emmanuel Macron, lors d’un déplacement dans le Doubs le 2 octobre. Selon lui, le Président «épouse une certaine opinion dans le pays» qui estime que «tous les problèmes viennent de l’islam». L’eurodéputée LFI Manon Aubry est même allée plus loin, accusant Emmanuel Macron, dans un tweet, de «stigmatiser des musulmans».

Pour le président de la Ligue des droits de l’homme, Malik Salemkour, le discours présidentiel sur le séparatisme est une «inflexion profondément inquiétante». «Alors qu’Emmanuel Macron avait jusque-là évité de diviser, il reprend cette fois les discours de l’extrême droite et nomme le coupable, les “musulmans intégristes”.»

Une telle désignation, qui a conduit certains à défendre au contraire le Président de la République, à l’image de Manuel Valls. Sur Radio Classique ce lundi 5 octobre, l’ancien Premier ministre a ainsi estimé que «le Président était très clair et désignait clairement l’ennemi, l’islam radical», ajoutant qu’Emmanuel Macron avait «enfin sonné la mobilisation».

Derrière les déclarations d’Emmanuel Macron, des débats intellectuels

Le discours prononcé par Emmanuel Macron aux Mureaux avait en effet des accents «vallsistes». Le Président de la République, qui a longtemps prôné un «islam de France», a d’ailleurs utilisé le terme lors de son allocution. Il s’est rapproché d’une ligne plus stricte et intransigeante à l’encontre de l’islam politique, à l’image cette fois des idées portées par le «Printemps républicain», un mouvement réputé proche de Manuel Valls.  

Ce mouvement de centre-gauche, cofondé en 2016 par les essayistes Laurent Bouvet, Gilles Clavreul et Amine El Khatmi, défend une conception «républicaine» de la laïcité et entend lutter contre les «identitarismes» qui saperaient l’unité nationale: communautarisme, séparatisme, islamisme, indigénisme, etc. L’essayiste Barbara Lefebvre, proche du mouvement, soulignait d’ailleurs au micro de Sputnik vendredi dernier qu’Emmanuel Macron avait fait un «pas de géant» sur la question de l’islamisme.

Barbara Lefebvre, auteur notamment des Territoires perdus de la République (Éd. Mille et Une Nuits), a d’ailleurs salué l’influence renforcée d’intellectuels et d’essayistes comme «Gilles Kepel, Laurent Bouvet, Zineb El Rhazoui ou encore Mohamed Louizi [auteur de “Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans”, ndlr]» auprès du Président de la République, au détriment de l’Institut Montaigne et de Hakim El Karoui, qui se serait pris, selon elle, «une bonne claque» avec ce discours.

«Le CFCM devient l’interlocuteur de l’Etat, au détriment de l’Amif [Association musulmane pour l’islam de France, structure créée par Hakim El Karoui en janvier 2019 pour promouvoir un “islam de France”, ndlr] qui est une recyclée des Frères musulmans, et c’est une très bonne chose», appuie Barbara Lefebvre au micro de Sputnik.

Un discours «raciste», de nature à «enflammer les sentiments de 2 milliards de musulmans»?

Dans certains pays musulmans, le discours d’Emmanuel Macron a toutefois été très mal reçu. En Turquie, par exemple, le ministère des Affaires étrangères a considéré dans un communiqué paru le 4 octobre que de telles mesures ne feraient qu’accroître le «racisme», la «xénophobie» et «l’islamophobie grandissante» en Europe.

«Nous pensons que l’état d'esprit derrière ce projet de loi conduira à de graves conséquences plutôt qu’à réduire les problèmes de la France. Il serait plus adéquat d’opter pour un discours constructif […] que pour une perspective orientée vers la sécurité sur les questions religieuses», a réagi le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

En Egypte, l’université islamique sunnite Al-Azhar a également qualifié de «raciste» le discours du Président français, dénonçant des «accusations» visant l’islam. Selon l’institution, «de telles déclarations sont de nature à enflammer les sentiments de 2 milliards» de musulmans dans le monde. 

Pire encore, pour Al-Azhar, Emmanuel Macron s’est fait «l’ennemi déclaré de l’islam» pour avoir affirmé aux Mureaux que «l’islam est une religion qui vit une crise profonde dans le monde». Les expressions «séparatisme islamiste» et «terrorisme islamiste» ont notamment été rejetées par Al-Azhar. RFI rappelle toutefois à juste titre que le mot «islamiste» n’existe pas en arabe et donne, à la traduction, «séparatisme et terrorisme islamique», une approximation sémantique susceptible d’entraîner des confusions dans le monde musulman.

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Manuel Valls, islamisation, islamophobie, islamistes, islam, islamisme, communautarisme, séparatisme, Emmanuel Macron
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