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Bars et cafés fermés et «protocole sanitaire» renforcé pour les restaurants, restrictions drastiques pour les piscines et les salles de sports, et limitation pour les universités et centres commerciaux. Dès le 6 octobre, de nouvelles mesures restrictives seront appliquées. Pour l’épidémiologiste Laurent Toubiana, le gouvernement se trompe de cible.

Face à l’épidémie de Covid-19, le gouvernement serre de nouveau la vis. À Paris et dans trois départements limitrophes, à savoir les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne, la fermeture des bars et cafés, gymnases, salles polyvalentes et piscines, sauf pour les mineurs, et l’interdiction des rassemblements festifs ou familiaux dans les lieux publics sont prévues pour mardi 6 octobre.

De surcroît, les mesures restrictives annoncées dimanche 4 octobre par l’exécutif ne concernent pas que les seules «zones d’alerte maximale». Au-delà de celles-ci, il est également exigé des centres commerciaux et universités des zones d’alerte renforcée de limiter leur capacité d’accueil de moitié. Par ailleurs, tous les congrès sont marqués d’interdiction et les parcs d’exposition fermés.

Visiblement peu compréhensifs, des Franciliens, qui verront leurs sorties restreintes quasiment du jour au lendemain, ont sur les réseaux sociaux partagé les images de métros bondés lundi matin, soulignant l’incohérence de telles mesures d’interdictions. Mais les réseaux sociaux ne sont pas les seuls ulcérés: une partie du corps scientifique dénonce aussi les travers du plan gouvernemental:

«Tout cela me semble totalement délirant», réagit au micro de Sputnik Laurent Toubiana, chercheur épidémiologique à l’Inserm et directeur de l’Institut de recherche pour la valorisation des données de santé (IRSAN), «Il me semble qu’il serait plus judicieux d’appliquer des mesures de protection envers les personnes les plus à risque plutôt que d’appliquer des mesures de protection à des personnes qui ne le sont pas du tout.»

«On n’est plus à un étonnement prêt» depuis le début de la crise sanitaire, estime ainsi cet épidémiologiste qui a notamment cosigné deux tribunes appelant le gouvernement à «changer de cap» tant en matière de communication que dans son approche de la pandémie de Covid-19. Ainsi, regrette-t-il, le gouvernement agit «par la peur» et plaide pour un changement de stratégie sanitaire.

En cause notamment, «l’abandon», par le gouvernement, de «l'indicateur fondamental» qu’est dans une épidémie la mortalité au profit des seuls tests positifs, «pourtant incapables de distinguer les sujets malades des personnes guéries». Des tests de surcroît beaucoup plus nombreux par rapport au mois de mars. «Cette politique du chiffre appliquée aux tests conduit à une nouvelle aberration consistant à s'étonner du fait qu'on trouve davantage aujourd'hui ce qu'on ne cherchait pas hier», soulignaient les signataires.

«Je vous rappelle que 96% de la population française n’est pas positive, et que sur les 4% restant 95% ne sont pas symptomatiques», insiste l’épidémiologiste, qui réfute le qualificatif de «rassuriste», dont certains titres de presse l’ont affublé, lui préférant le terme d’«objectiviste». «Dès le chapeau nous sommes traités d’irresponsables», commente Laurent Toubiana, amer, regrettant qu’«aucune de ces deux tribunes ne semble avoir eu un quelconque écho au gouvernement.»

«Quand vous faites la somme de tout cela, ça fait tout de même 99,7% de gens qui ne sont pas gravement malades. Or, dans une épidémie, seuls les gens gravement malades ou qui vont mourir sont réellement importants.»

«On est dans la folie la plus totale», insiste l’épidémiologiste. S’il souhaiterait voir émerger une «médecine personnalisée, adaptée en fonction des risques des gens», Laurent Toubiana regrette qu’il soit dans l’absolu «beaucoup plus facile de faire peur». Un tel choix politique serait gagnant «à tous les coups», selon notre interlocuteur:

«si l’événement très négatif prédit n’arrive pas, la personne qui a fait cette prédiction pourra toujours vous dire que c’est grâce à elle, parce qu’elle a donné l’alerte. Et si l’événement arrive quand même, elle pourra toujours dire qu’elle vous avait prévenu et que vous n’avez pas suivi ses conseils.»

Afin d’illustrer son propos, le docteur Toubiana évoque les restrictions annoncées le 23 septembre pour Marseille par le ministre de la Santé, Olivier Véran.

​«En fait c’est faux, puisqu’à Marseille dès le 13 septembre le taux d’incidence, dont on nous rabat les oreilles, était déjà en baisse» dans la cité phocéenne «et les hospitalisations étaient déjà en baisse, pareil du côté des réanimations. Cela commençait déjà à baisser avant même qu’ils mettent en place les fameuses mesures, mais ils vont quand même nous baratiner en disant que c’est grâce à leurs mesures», décrypte l’épidémiologiste. Pire même: «il y a un nombre incalculable de preuves qui montrent que le confinement n’a absolument pas eu d’incidence sur le nombre de morts», assène Laurent Toubiana.

«C’est une erreur de logique classique, c’est confondre la corrélation, c’est-à-dire que deux événements sont simultanés ou tout juste l’un après l’autre, avec la causalité, c’est-à-dire qu’un événement est la cause de l’autre. En l’occurrence, le confinement serait la cause de l’arrêt de l’épidémie. Ce qui est faux, et ils vont nous rejouer exactement le même coup avec ces mesures disant que c’est grâce à cela que la seconde vague n’arrive pas, mais tout cela n’est fondé sur rien.»

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Paris, Olivier Véran, Covid-19
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