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Alors que le gouvernement cherche des solutions pour éviter une nouvelle tragédie comme celle de Conflans-Saint-Honorine, Bruno Le Maire a lancé une piste afin de couper les vivres aux organisations terroristes: encadrer les cryptomonnaies. Fausse bonne idée? Sputnik a interrogé des spécialistes sur la question.

Réguler les cryptomonnaies pour lutter contre le terrorisme. Après le terrible attentat de Conflans-Saint-Honorine, Bruno Le Maire a accusé les cryptomonnaies de financer les associations islamistes. «Vous pouvez aller demander 150 € dans un bar-tabac, puis 150 € dans un autre bar-tabac, au bout du compte récolter une somme importante, 1.500 €, qu’une association islamiste, ou un combattant situé à l’étranger pourra retirer en liquide, à l’étranger, sans aucune trace […]. Les cryptomonnaies posent un vrai problème de financement du terrorisme», a déploré le ministre de l’Économie.

​Une référence au vaste coup de filet réalisé, fin septembre dernier, par plusieurs centaines d’agents de la police judiciaire, de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et du Raid, contre un réseau syrien de financement du terrorisme.

Cyberfinancement d’un réseau syrien

Une opération qui a conduit à 55 perquisitions et 29 gardes à vue. Selon le parquet national antiterroriste (PNAT), certains d’entre eux sont soupçonnés d’avoir «injecté des fonds», à hauteur de «centaines de milliers d’euros» «dans le réseau au bénéfice de proches se trouvant en Syrie, et, pour deux d’entre eux, d’avoir joué le rôle de chevilles ouvrières du système de cyberfinancement» par des cryptomonnaies.

Interrogé par Sputnik, Julien Béranger, président de Strat, une entreprise française spécialisée dans le développement du Web 3, estime qu’après un attentat il est «normal que chaque ministère indique ce qu’il va mettre en œuvre pour éviter une nouvelle tragédie, mais cela ressemble un peu à une posture électoraliste

«Contrairement à ce que pensent beaucoup, utiliser Bitcoin ou Ethereum de façon anonyme n’a rien de simple: il suffit qu’un lien soit fait entre une adresse publique et une identité réelle pour qu’on puisse analyser les flux de valeur qui entrent et sortent de la poche d’un utilisateur donné», explique Julien Béranger.

Frédéric Ocana, expert en cybersécurité abonde dans son sens: «le bitcoin n’est pas une cryptomonnaie anonyme». En effet, chaque transaction est consultable sur la blockchain avec l’identifiant du portefeuille (sorte de nom d’utilisateur) qui émet ou reçoit des bitcoins. Cependant, d’autres cryptomonnaies telles que «Monero et Zcash font de l’anonymat des transactions la fonctionnalité la plus importante», souligne Julien Béranger au micro de Sputnik.

Comme le rappelle Frédéric Ocana, les «coupons Bitcoins» disponibles dans les bureaux de tabac sont soumis à des procédures d’identification: «lorsque l’utilisateur souhaite convertir son voucher en bitcoins, il se rend sur la plateforme Web où il y a un KYC (know your customer) qui contrôle son identité

«Ce n’est pas le support qu’il faut attaquer, mais le système de contrôle, qui a présenté des failles […] Amedy Coulibaly, auteur de l’attentat a pu contracter un prêt à la consommation Cofidis. Quand le dollar finance Daech*, il y a une banque qui a accepté de faire ça», tonne Frédéric Ocana.

Néanmoins, les cryptomonnaies restent dans le viseur des autorités. Dans un rapport, le cabinet de recherche Chainalysis a expliqué que les activités illégales liées à ces devises virtuelles sont «conséquentes».

1% des transactions en Bitcoin pour des activités illégales

Ainsi, en 2018, 1% des transactions en Bitcoin portaient sur ce type d’activité. Par ailleurs, près de 600 millions de dollars ont été dépensés en bitcoins sur le «dark Web».

Si les cryptomonnaies peuvent effectivement être pointées du doigt dans certains cas, le secteur bancaire mondial n’est pourtant pas en reste.

Les «FinCEN Files», une enquête réalisée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et 108 médias internationaux, démontrent que «les plus grandes banques mondiales restent poreuses au blanchiment d’argent et peinent à lutter contre la circulation de l’argent sale», souligne Le Monde, qui a participé à l’investigation. Ainsi, entre 1999 et 2017, l’examen «de 2.100 “rapports d’activité suspecte” (suspicious activity reports, SAR) transmis par des banques du monde entier à l’autorité de lutte anti-blanchiment américaine, le FinCEN (Financial Crimes Enforcement Network)», révèle que le montant total de ces transactions atteint près de 2.100 milliards de dollars.

«Les banques, qui assurent l’essentiel des transactions financières internationales, font parfois circuler passivement, à travers les comptes bancaires de personnes ou de sociétés qu’elles n’ont pu identifier, de l’argent susceptible de relever du blanchiment, issu d’activités illégales (fraude fiscale, argent du crime, trafic de drogue, d’armes, d’œuvres d’art, etc.)», détaille Le Monde.

Un brin taquin, Frédéric Ocana dresse un parallèle avec le financement de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995 et les 10,25 millions de francs qui ont été versés «en quatre sacs de billets de 500 francs».

«Une banque a accepté cet argent et ne s’est pas posé de question», conclut Frédéric Ocana.

 

*Organisation terroriste interdite en Russie

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