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Ce jeudi 22 octobre, Jean-Michel Blanquer a dénoncé les «ravages de l’islamo-gauchisme» en France. Mais qui sont les «complices intellectuels du crime» que le ministre de l’Éducation nationale pointe du doigt, près d’une semaine après l’attentat de Conflans? Éclairage avec Najwa El Haïté, adjointe au maire d’Évry et docteure en droit public.

Emmanuel Macron s’est voulu grave et à la hauteur des enjeux, mercredi 21 octobre en conseil des ministres. «Le combat que nous menons est sécuritaire, éducatif et culturel. Il sera long. Mais nous n’avons pas fini de terroriser l’islamisme», a-t-il lancé, avant d’enjoindre chaque membre du gouvernement à «être très actif dans son domaine.»

Jean-Michel Blanquer a, semble-t-il, accusé réception du message, ce jeudi 22 octobre sur Europe 1. Moins d’une semaine après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, le ministre de l’Éducation nationale a ainsi dénoncé l’idéologie qui favorise le passage à l’acte.

«Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages. Il fait des ravages à l’université, il fait des ravages quand l’UNEF cède à ce type de choses, il fait des ravages quand dans les rangs de la France insoumise, vous avez des gens qui sont de ce courant-là et s’affichent comme tels. Ces gens-là favorisent une idéologie qui ensuite, de loin en loin, mène au pire», dénonce Jean-Michel Blanquer.

C’est la deuxième fois en quelques jours que le terme d’«islamo-gauchisme» est utilisé par un ministre. Et la deuxième fois également que La France insoumise est nommément visée. Le 6 octobre dernier, à l’Assemblée nationale, Gérald Darmanin avait ainsi vertement répondu à Alexis Corbière, député LFI de Seine–Saint-Denis, qui accusait l’exécutif de faire de l’islam une «question obsessionnelle». «Je ne m’explique pas qu’un parti comme le vôtre, qui a dénoncé pendant longtemps l’opium du peuple, soit désormais lié avec un islamo-gauchisme qui détruit la République», avait ainsi lancé le ministre de l’Intérieur.

Qu’est-ce que l’islamo-gauchisme?

Si certains font mine de «ne pas comprendre ce terme», comme nous le confiait le député LFI de l’Ariège Michel Larive, le terme n’est pas nouveau, loin de là. Pas plus que sa réalité politique et idéologique, d’ailleurs. Le concept est parfaitement documenté par de nombreux chercheurs, orientés aussi bien à gauche qu’à droite. Dans une tribune publiée en novembre 2017 sur Slate, le politologue Gaël Brustier, ancien militant socialiste, soulignait ainsi que «l’islam exerce depuis longtemps une véritable fascination au sein des mouvements marxistes, d’extrême gauche ou anticolonialistes».

Autrement dit, l’islamo-gauchisme désignerait cette attitude d’une partie de la gauche à porter un regard bienveillant et compréhensif sur la montée de l’islamisme dans les pays européens, allant jusqu’à faire des djihadistes les nouveaux «damnés de la terre» chers à l’analyse marxiste du prolétariat à la fin du XIXe siècle. Dans un entretien donné à Causeur en février 2016, le journaliste Jean Birnbaum, directeur du Monde des livres, estimait en ce sens que «la gauche marxiste ne veut voir dans les djihadistes que des déshérités.»

Interrogée par Sputnik, Najwa El Haïté, docteure en droit public et adjointe au maire d’Évry-Courcouronnes, valide cette définition, qui d’après elle sert le «discours victimaire» des islamistes.

«L’islamo-gauchisme, c’est l’alliance d’une partie de la gauche intellectuelle et politique avec l’islam radical. Pour celle-ci, le musulman est devenu le nouveau prolétaire qu’il faut défendre à tout prix. S’ensuit un discours victimaire des Français de confession musulmane qui en font une cause politique et idéologique».

Au nom d’une nouvelle forme d’antiracisme et de volonté répétée de ne pas «stigmatiser les musulmans», la gauche de la gauche se retrouverait ainsi à justifier de nombreuses compromissions.

Jean-Luc Mélenchon «se dévoie totalement»

Si aujourd’hui La France insoumise et l’UNEF sont accusés d’«islamo-gauchisme» par le ministre de l’Éducation nationale, c’est qu’un certain glissement idéologique s’est opéré au sein du parti de Jean-Luc Mélenchon et du syndicat étudiant.

La sortie polémique du leader de La France insoumise, qui considérait sur LCI le 18 octobre dernier qu’il y avait «un problème avec la communauté tchétchène en France», manière de «satisfaire l’électorat d’origine immigrée et musulmane» de LFI qui aurait pu se sentir visé, d’après l’historien Roland Lombardi, n’est ainsi que le dernier exemple en date d’une longue suite de concessions et de compromissions.

Najwa El Haïté rappelle à ce titre que, lorsqu’il était ministre de l’Enseignement –de 2000 à 2002 sous Lionel Jospin–, «Jean-Luc Mélenchon tenait un discours parfaitement républicain». «Or, aujourd’hui, par clientélisme électoral, il se dévoie totalement» en intégrant la ligne indigéniste dans son propre parti.

Depuis 2017 et sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon n’a eu de cesse de donner des gages à une certaine gauche, postcoloniale et différentialiste, incarnée notamment par le Parti des indigènes de la République (PIR) de Houria Bouteldja, proche de la députée LFI Danièle Obono. Se définissant comme «antiraciste» et «décolonial», ce mouvement créé en 2005 s’est plus souvent fait remarquer pour des prises de position antisionistes, homophobes, anti-laïques et communautaristes assumées.

Un bref coup d’œil sur le site de la mouvance suffit à se faire une idée de l’idéologie indigéniste: «Le PIR lutte contre toutes les formes de domination impériale, coloniale et sioniste qui fondent la suprématie blanche à l’échelle internationale». Dans deux articles publiés respectivement en 2013 et 2015, Houria Bouteldja va même jusqu’à dénoncer sans trembler «l’impérialisme gay» et le «philosémitisme d’État».

Prises de position antisionistes, homophobes, anti-laïques et communautaristes

Danièle Obono, qui considère Houria Boutelja comme une «camarade» et qui a signé le manifeste du PIR en 2005, avait confié, le 11 janvier 2015 sur son blogue, quatre jours après l’attentat de Charlie Hebdo, avoir «pleuré un peu» mais «pas Charlie».

C’est donc tout naturellement que tous les Insoumis, Jean-Luc Mélenchon en tête, se sont rendus en ordre de marche à la «marche contre l’islamophobie» le 10 novembre 2019, à l’appel, entre autres, du Comité Adama, de l’UNEF… et du CCIF (Comité contre l’islamophobie en France, proche des Frères musulmans*), aujourd’hui menacé de dissolution par Gérald Darmanin.

Le même phénomène est observable pour l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), fondé en 1907. Historiquement proche du Parti socialiste, le syndicat étudiant s’est éloigné des positions de la gauche républicaine depuis quelques années pour adopter une ligne ouvertement racialiste et communautariste. Petit florilège:

En 2017, l’UNEF prend ainsi position en faveur des réunions «en non -mixité» excluant les hommes «cisgenres» (par opposition à «transgenre») et les étudiants blancs. En janvier 2018, le syndicat essaye d’empêcher une représentation de la pièce Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, tirée du livre de Charb, au motif que cet événement «participe à ce mouvement de construction raciste d’un ennemi de l’intérieur d’une catégorie racialisée dangereuse le/la musulman-e».

«Les Frères musulmans et les indigénistes prennent le pouvoir à l’université»

Le 15 avril 2019, Édouard Le Bert, membre du bureau national de l’UNEF, et Hafsa Askar, vice-présidente à Lille, moquent l’émotion qui accompagne l’incendie de Notre-Dame de Paris, la qualifiant de «délire de petits blancs». Hafsa Askar s’était déjà fait remarquer en décembre 2017 en estimant qu’il fallait «gazer tous les blancs, cette sous-race».

Plus récemment, le 17 septembre dernier, la vice-présidente de l’UNEF, Maryam Pougetoux, s’était fait remarquer en se présentant voilée en commission d’enquête parlementaire, provoquant le départ de députés LREM et LR indignés.

Najwa El Haïté, elle-même élue à la fin des années 90 à l’UNEF-ID [syndicat étudiant de gauche ayant existé de 1980 à 2001 avant de fusionner avec l’UNEF-SE pour recréer l’UNEF, ndlr], déplore cette évolution. «Nous partagions à l’époque les mêmes combats: l’égalité hommes/femmes, l’égalité des chances», regrette-t-elle. Une époque bien révolue. Elle rappelle ainsi qu’«on doit par exemple à l’UNEF, entre autres, l’annulation d’une formation sur la prévention de la radicalisation dispensée par Mohamed Sifaoui à La Sorbonne», en novembre 2019.

«Aujourd’hui, l’UNEF se mêle à d’autres associations islamistes pour boycotter des colloques et des formations à l’université. […] Ces démissions et ces concessions successives conduisent l’idéologie des Frères musulmans* et des militants indigénistes à prendre le pouvoir au sein des universités», fustige Najwa El Haïté au micro de Sputnik.

Suffisant pour faire de l’UNEF ou de La France insoumise les «auteurs intellectuels» de l’attentat de Conflans, ainsi que l’affirme Jean-Michel Blanquer? À en croire Najwa El Haïté, ils ne seraient pas les seuls.

«Certains médias sont responsables de complaisance vis-à-vis de l’islamisme», poursuit ainsi l’élue d’Evry proche de Manuel Valls. «Mediapart, par exemple», visé par une plainte de Gérald Darmanin suite à une publication sur le site dénonçant «l’exécution sommaire» et la «barbarie policière» à l’encontre du terroriste de Conflans. «Mais aussi Libération ou même Le Monde, qui a publié une tribune [en juin 2017, ndlr] en faveur de Houria Boutelja, qui s’est permis d’exprimer sa compassion pour le terroriste Mohamed Merah», vitupère Najwa El Haïté. Avant de conclure:

«C’est un poison qui infuse progressivement la société. Quand on tolère ces discours de haine et de division, avec des gens qui ne parlent plus de “citoyens” mais de “mécréants”, on arme des gens idéologiquement radicaux et on en arrive à ce qu’il s’est passé à Conflans-Sainte-Honorine.»

*Organisation terroriste interdite en Russie

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Danièle Obono, UNEF, Edwy Plenel, Mediapart, Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise (LFI), Manuel Valls, islamisme, islamistes, Gérald Darmanin, Jean-Michel Blanquer, laïcité
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