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Alors que la crise sanitaire risque de faire exploser le taux de chômage et a déjà accentué la précarité en France, le gouvernement a présenté son plan pour lutter contre la pauvreté. Des propositions qualifiées de «mesurettes» par certains, mais surtout bien loin de satisfaire les acteurs présents sur le terrain.

Un pansement sur une jambe de bois? Dans un centre d’hébergement et de réinsertion sociale d’Emmaüs situé en Essonne, Jean Castex a présenté la deuxième phase du plan de lutte contre la pauvreté. Le Premier ministre a indiqué qu’il s’agissait de «prévenir la bascule dans la pauvreté et à sortir de cette situation», ainsi que d’amener les personnes déjà en proie à la précarité «vers l’emploi et le logement».

​Pour ce faire, l’État va créer 30.000 nouveaux postes dans le secteur de l’insertion par l’activité économique (IAE), d’ici 2022; prendre en charge 80% du coût des contrats PEC (parcours emploi compétences) dans les quartiers de la politique de la ville, contre 45% auparavant. Il prévoit aussi de nouvelles aides en matière d’accès au logement dont la création de 1.500 places d’hébergement pour «des femmes sans abri sortant de maternité».

Des «mesurettes» face à l’explosion du chômage

Au micro de Sputnik, Étienne Fillol, adjoint au maire d’Alfortville (94), responsable des solidarités et militant Génération.s (le mouvement de l’ex-PS Benoît Hamon) dénonce tout de même une vision «totalement déconnectée de la réalité» du gouvernement de Jean Castex.

«Il n’y a pas de mesures structurelles contre la pauvreté. Il n’y a pas la volonté de s’y attaquer franchement. C’est assez inquiétant […] Jean Castex a expliqué que l’on va leur faire des plans de formations, etc. Ces gens-là ne comprennent pas ce qu’est la pauvreté, ils la voient comme quelque chose de théorique.»

En pratique, la situation est pour moins explosive. Selon la banque de France, 800.000 suppressions d’emploi sont attendues en 2020. D’après l’INSEE, il «n’est pas exclu» que le taux de chômage atteigne 10% cette année. La crise sanitaire joue également un rôle de l’évolution du profil des personnes sollicitant des aides.

«Tous les jours, je vois dans mon centre communal d’action sociale (CCAS) des demandes de secours alimentaire, d’aide financière, formulées par les citoyens. De plus, on voit clairement une augmentation, mais surtout des premières demandes. C’est-à-dire des gens que l’on n’a jamais vus», observe le chargé des solidarités de la ville d’Alfortville.

Une réalité également partagée par le Secours populaire. D’après leur baromètre réalisé avec IPSOS, alors que 3,3 millions de personnes avaient sollicité l’aide de l’association en 2019, pendant les seuls deux mois du confinement, ils étaient 1.270.000. Parmi ces demandeurs, 45% étaient inconnus de l’association, selon ce baromètre réalisé avec IPSOS.

Autant d’éléments qui font dire au militant de Génération.s que les mesures du gouvernement sont insuffisantes.

«On sent que les propositions du gouvernement, c’est pour faire quelque chose, mais clairement, ce ne sont que des mesurettes», déplore l’adjoint au maire d’Alfortville.

Hausse inquiétante de la pauvreté

Le gouvernement a en effet annoncé quelques semaines auparavant le versement d’aides exceptionnelles de 150 euros, plus 100 euros par enfant à charge, aux bénéficiaires du RSA et de l’ASS (chômeurs en fin de droits) fin novembre. Les jeunes de moins de 25 ans et les étudiants boursiers recevront également 150 euros. Un coup de pouce estimé à un peu plus de 1,1 milliard d’euros. Emmanuel Macron avait annoncé cette mesure le 14 octobre, précisant qu’elle s’appliquerait aussi aux bénéficiaires des APL (aide personnelle au logement). Pourtant, dès le lendemain, les services du Premier ministre démentaient l’annonce présidentielle, expliquant que les bénéficiaires des APL ne toucheront que la prime de 100 euros par enfant.

​Alors que les acteurs présents sur le terrain plaidaient en faveur d’une augmentation des minima sociaux, le chef de l’État a balayé cette doléance d’un revers de la main. Lors de son allocution du 14 octobre, il a indiqué qu’il tenait à ce qu’on «ne perde pas nos fondamentaux, la lutte contre la pauvreté par l’activité et le travail». «Je préfère cette aide exceptionnelle massive plutôt qu’une augmentation des minimas sociaux», a-t-il expliqué.

«C’est proprement scandaleux philosophiquement. Toutes les études sociologiques, scientifiques et économiques sur le sujet montrent que c’est exactement l’inverse. Les gens qui sont dans la plus grande pauvreté se demandent, pour résumer, comment ils vont nourrir leurs enfants et non comment je vais trouver un emploi ou m’inscrire à une formation», détaille Étienne Fillol.

Sur France Inter, Esther Duflo, prix Nobel d’économie, a d’ailleurs rappelé que «des minimas sociaux plus généreux encouragent et facilitent la reprise de l’activité» et qu’il «n’y avait aucun effet décourageant sur le travail de garantir à ceux qui n’ont pas d’emploi un revenu plus important

Donner de l’argent aux plus démunis

Christophe Devys, président du collectif Alerte, qui regroupe 35 fédérations et associations nationales de solidarité a également déploré que le gouvernement reste sur une «position idéologique». Or, le RSA n’atteint actuellement plus que 39% du SMIC, contre 50% en 1988, lors de la création du RMI.

Alors, que faudrait-il mettre en place pour éradiquer la pauvreté? Une seule solution est viable, affirme Étienne Fillol: «donner de l’argent aux pauvres».

«Cela fait un peu trivial dit comme tel, mais cela correspond à toute une philosophie. Quand c’est l’urgence, il faut faire des dons alimentaires. Donner 150 euros, c’est très bien, mais ça ne règle pas le problème. Pour ce faire, il faut leur donner de l’argent pour qu’ils se stabilisent afin qu’ils puissent par la suite parvenir à une meilleure réinsertion.»

Le militant Génération.s souligne que le revenu universel pourrait être l’une des solutions.

«Toutes les expérimentations qui ont été faites en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique du Nord, ont montré exactement cela: si on donne un peu d’argent aux plus démunis, ils se mettent à faire des études et accéder à l’emploi, ou encore faire une formation», conclut Étienne Fillol.

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