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Didier Raoult, professeur incontournable dans la crise du Covid-19, est poursuivi pour «charlatanisme» par l'Ordre des médecins. En cause: la promotion de l’hydroxychloroquine dont l’efficacité n’aurait pas été prouvée. Parallèlement, le Remdesivir, dont l’efficacité n’a pourtant pas été non plus prouvée, a été massivement acheté par les Européens.

Le professeur Didier Raoult perdra-t-il son droit d’exercer? Le 12 novembre, le Parisien confirmait une information Paris-Match selon laquelle le Conseil national de l'Ordre des médecins avait lancé une mesure disciplinaire à l’encontre du célèbre microbiologiste consécutivement à une plainte, en juillet, de la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). En cause, la promotion de son traitement contre le coronavirus, à base d’hydroxychloroquine, d’azithromycine et de zinc, dont l’efficacité n’aurait pas été prouvée.

Un argument déjà employé fin octobre par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) contre une demande du professeur Raoult, formulée au mois d’août, d’octroyer une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) afin d’élargir la prescription de l’hydroxychloroquine au traitement du Covid-19. «À ce jour, les données disponibles, très hétérogènes et inégales, ne permettent pas de présager d'un bénéfice de l'hydroxychloroquine, seule ou en association, pour le traitement ou la prévention de la maladie Covid-19», développait dans son refus le directeur de l’agence publique.

Une contre-attaque consécutive à son audition à l’Assemblée nationale?

Une réponse «absolument déraisonnable sur le plan du raisonnement scientifique», avait réagi dans une vidéo publiée début novembre sur son compte Twitter le professeur Raoult. Ce dernier dénonçait une «décision personnelle». L’infectiologue renvoyait alors vers la «littérature» que constituent les 160 études disponibles sur le site de l’IHU, déclarant que pas moins de 85 d’entre elles montreraient un bénéfice à employer contre le Covid-19 un traitement comprenant de l’hydoxychloroquine.

«La mortalité est divisée par deux» dans les Ephad […]. On passe d’une mortalité globale de 27% […] là où on ne traite pas à 13%, lorsque l’on traite. C’est la moitié, on ne peut pas dire que cela n’existe pas!», assène le directeur de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection à Marseille. Aussi annonce-t-il son intention de faire appel devant le Conseil d’État de ce refus de l’ANSM ainsi que d’«attaquer» son directeur. « Je considère qu’il joue un jeu qui est dangereux pour la santé des Français», accuse-t-il.

Faut-il y voir un lien entre ces menaces et les poursuites dont il fait à présent l’objet? L’article de Paris Match mentionne que Didier Raoult a reçu le recommandé de l’Ordre des médecins la première semaine de novembre, et celui du Parisien –qui a contacté l’organisme professionnel– précise que la plainte de la Société de pathologie infectieuse de la SPILF date de juillet. Cette dernière clôture toute une série de requêtes déposées auprès du Conseil de l’Ordre. Parmi elles, celle d’un professeur de mathématiques exerçant dans un collège, concernant la fiabilité de l’essai clinique mené par les équipes de Didier Raoult sur 3.737 patients de l’IHU, ou encore celle pour «surmédiatisation» dénoncée par un collectif de cinq médecins hospitaliers.

Nous étions alors au lendemain de la publication par la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet d’une étude statuant sur l’inefficacité de l’hydroxychloroquine. Une étude dont s’est immédiatement emparé Olivier Véran pour faire interdire l’hydroxychloroquine hors du cadre hospitalier. Une étude qui s’est révélée… fausse.

«Des plaintes ont déjà été déposées devant le Conseil de l'Ordre contre des médecins. Pour Raoult, c'est à l'étude!», s’emportait début juillet, auprès du Parisien, la professeure Karine Lacombe. La cheffe du service d'infectiologie à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, connue pour être une critique de la première heure de la méthodologie de son homologue marseillais, ainsi que pour avoir touché des sommes d’argent et des avantages du laboratoire américain Gilead, criait alors à la «diffamation» après l’audition du professeur Raoult par l’Assemblée nationale le 24 juin. Cela mérite des «sanctions déontologiques», martelait-elle, accusant Didier Raoult d’avoir «menti» aux députés.

Le Remdesivir aussi inefficace que l’hydroxychloroquine, selon l’OMS

Au-delà de l’efficacité prouvée ou non du traitement du professeur Raoult, qui déchaîne en France les passions, la seule médication pour l’heure reconnue par les autorités européennes reste le Remdesivir. C’est le laboratoire Gilead qui a reçu le feu vert tant des agences européenne qu’américaine du médicament. De notre côté de l’Atlantique, le 25 juin dernier, l’antiviral de Gilead a été homologué par l’agence européenne du médicament (EMA). La Commission européenne en a autorisé «la mise sur le marché conditionnelle» le 3 juillet.

Quelques semaines plus tard, le 28 juillet, Bruxelles a signé un contrat d’approvisionnement médical avec le laboratoire américain (immatriculé dans le paradis fiscal du Delaware) afin de recevoir de quoi traiter 30.000 patients à travers l’Union contre la modique somme de 63 millions d’euros, soit 2.100 euros par traitement.

​La Commission demande toutefois à Gilead de fournir les résultats des études. Pourtant, comme le rappelle dans son article fleuve Paris Match, à propos de ce «deux poids-deux mesures» qu’avait dénoncé Didier Raould, le Remdesivir a été jugé aussi inefficace que l’hydroxycholoroquine par l’étude européenne Solidarity.

«Il a été constaté que les quatre traitements évalués (remdesivir, hydroxychloroquine, lopinavir/ritonavir et interféron) n’avaient que peu ou pas d’effet sur la mortalité globale, la mise en route de la ventilation et la durée du séjour à l’hôpital chez les malades hospitalisés», note l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans les résultats provisoires de Solidarity publiés le 15 octobre.

Des résultats qu’aurait reçus fin septembre Gilead, mais que le laboratoire américain n’aurait pas communiqués à Bruxelles qui lui avait demandé –il est vrai– de le faire d’ici à fin décembre. Quelques jours plus tard, le 8 octobre, Gilead et la Commission ont signé un contrat d’approvisionnement de 500.000 traitements, soit une commande de plus d’un milliard de dollars. Interrogé par la revue de santé américaine Science sur la raison de ne pas les avoir communiqués à Bruxelles lors des négociations, le laboratoire californien a rétorqué n’avoir reçu qu’une «esquisse […] fortement expurgée». De son côté l’OMS a répondu à la revue scientifique n’avoir caviardé que les résultats des autres traitements testés… autres que ceux de Gilead.

En France, la commission de la Transparence de la Haute autorité de santé (HAS) a estimé mi-septembre que le service médical rendu par l’antiviral américain était «faible», fermant la porte à tout remboursement de ce traitement qui coûte près de 400 fois plus qu’une boîte de Plaquenil, l’hydroxychloroquine vendue par Sanofi. Du côté du professeur Raoult, en prise avec le Conseil de l’Ordre, celui-ci encourt d’un simple avertissement à une radiation. Ce qui signifierait concrètement une interdiction d’exercer la médecine en France.

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Tags:
France, Didier Raoult, Covid-19
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