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Le Premier ministre a laissé entendre que les commerces pourraient rouvrir d’ici le 1er décembre. De quoi réjouir un secteur étranglé par la crise et des Français dont la détresse augmente sensiblement, prévient le Dr Patrick Pelloux. Le président de l’Association des médecins urgentistes de France partage avec Sputnik ses inquiétudes.

La France de novembre donne-t-elle raison au Premier ministre de juillet, quand Jean Castex affirmait qu’un reconfinement total ne serait «socialement et économiquement pas supportable»? C’est en tout cas l’avis du président de l’Association des médecins urgentistes de France:

«Personne n’en parle, mais vous avez une montée en puissance des suicides et des gens qui sont désespérés, la consommation d’antidépresseurs est en train de flamber. Les gens ne vont pas bien», souligne le docteur Patrick Pelloux au micro de Sputnik.

À nouveau confinés depuis le 29 octobre minuit, au terme d’un durcissement échelonné des mesures (généralisation du port du masque, fermeture des bars dès 22h, couvre-feu à 21 heures), le désespoir des Français –et des commerçants en particulier– semble en effet avoir atteint la côte d’alerte.

Longtemps absent des comptes-rendus, le découragement de la population commence à être entendu. Dans sa conférence de presse du 17 novembre, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, s’est inquiété de la hausse des états dépressifs, concédant une période «anxiogène» susceptible de «générer une souffrance psychologique».

La «souffrance psychologique» des Français ignorée?

Lors de son point de situation sur la lutte contre la Covid-19 en France, il s’est appuyé sur les chiffres de Santé publique France pour affirmer que la santé mentale des Français s’était dégradée entre fin septembre et début novembre.

L’exécutif fait-il le lien entre «la santé mentale des Français», pour le moins préoccupante, et leurs aspirations à vivre et travailler normalement? Pas évident, à entendre ce même jour le chef du gouvernement balayer toute contestation devant l’Assemblée, au motif que «l’idée qu’une deuxième vague pouvait se produire était connue de tout le monde et le risque d’un reconfinement, dans lequel nous nous trouvons, était prévu, anticipé», au rebours de ses déclarations estivales.

«Il faut que la situation cesse, il faut relancer l’activité, rouvrir les commerces dans le respect des gestes barrières, mais aussi les bars, dans le respect des distanciations», plaide Patrick Pelloux.

Le médecin urgentiste semble prêcher dans le désert, tout comme l’ont fait les différentes fédérations de commerçants du Conseil du Commerce de France (CDCF), qui ont plaidé pour la réouverture des magasins le 27 novembre, date du très attendu Black Friday. Toujours le 17 novembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, indiquait laconiquement à RMC/BFMTV qu’il n’avait pas «d’éléments qui permettent de penser que nous pourrions les rouvrir le 27.»

Et le lendemain, lors d’une séance de questions au Gouvernement au Sénat, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, demandait aux acteurs de la distribution de décaler le Black Friday. Une opération dont il considère que la date n’est pas appropriée et «n’a pas de sens dans les circonstances actuelles.»

Déconfinement: l’exécutif met toujours le pied sur le frein

Pourtant, la circulation du virus est en baisse, souligne la Direction générale de la santé. De quoi faire fléchir l’exécutif? De fait, Jean Castex s’est prudemment avancé sur une ouverture encadrée des commerces autour du 1er décembre, «Si les indicateurs épidémiologiques suivent la tendance.»

Ce seraient cinq jours de perdus par rapport aux demandes des commerçants, mais malgré tout un signal plus encourageant que les conseils paternalistes d’Olivier Véran, qui appelait le 27 à «prendre soin de soi», limiter sa «consommation d’alcool et de tabac» et ne pas «hésiter à consulter un professionnel».

L’urgence de relancer la machine économique et la vie sociale est d’autant plus importante aux yeux de Patrick Pelloux que celui-ci affirme ignorer si le confinement est véritablement efficace. Il appelle en tout cas à changer de paradigme par rapport au Covid-19:

«Nous devons maintenant considérer qu’il ne s’agit plus d’une épidémie, mais d’une maladie avec laquelle il faut vivre; il faut resserrer les rangs dans la manière dont on traite, on trace et on isole [les malades et les cas contact, ndlr] et maintenir ouvert le pays, car les conséquences indirectes du virus dépassent les conséquences directes. Les gens ont soif d’un retour à la vie.»

Quant à savoir si les hôpitaux ne risquent pas une nouvelle saturation en cas d’assouplissement des mesures sanitaires, Patrick Pelloux pointe du doigt «un autre problème»: celui de la capacité des hôpitaux à accueillir des patients. En cause, selon le président de l’Association des médecins urgentistes de France,

«la politique technocratique et libérale qui, depuis les années 80, n’a de cesse que de dire qu’il y a trop d’hôpitaux. Encore aujourd’hui, il y a une tendance à accélérer les fermetures.»

Un système de pensée qu’il conviendrait donc de réformer pour éviter les mêmes problèmes d’engorgement.

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Tags:
gouvernement, dépression, Covid-19, déconfinement
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