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Alors que les mesures anti-coronavirus sont de plus en plus restrictives, certaines personnes décident de passer outre et de s’amuser. Depuis plusieurs semaines, les fêtes illégales se multiplient en France. Comment expliquer ces comportements? Un sociologue décrypte pour Sputnik les raisons qui peuvent expliquer une telle conduite.

Un besoin irrépressible de faire la fête? Depuis l’apparition de l’épidémie et des mesures restrictives pour en empêcher sa propagation, telles que la fermeture des boîtes de nuit, les soirées illégales ont commencé à faire leur apparition. Plusieurs évènements ont d’ailleurs défrayé la chronique après l’annonce du reconfinement.

Dans la nuit du 13 au 14 novembre, à Joinville-le-Pont, une fête sauvage payante dans un pavillon réunissant plusieurs centaines de personnes a dégénéré et entraîné deux mises en examen. Dans la nuit du samedi 21 au 22 novembre, une nouvelle soirée clandestine a eu lieu dans la même maison. 16 personnes ont cette fois-ci été verbalisées. À quelques kilomètres, dans le XIIIe arrondissement de Paris, une soirée illégale se déroulait sur une ancienne voie ferrée. Un évènement payant intitulé «I want to break free» a rassemblé des centaines de personnes.

​Une pratique qui peut coûter cher: les organisateurs encourent 15.000 euros d’amende et un an de prison, pour «mise en danger de la vie d’autrui».

Si ces soirées sauvages se sont multipliées, elles restent cependant marginales et sont loin d’être l’apanage de la France. Ainsi, malgré les restrictions sanitaires, ce type de festivité voit le jour partout dans le monde (New York, Berlin, Los Angeles…). La fête, au mépris des mesures anti-coronavirus mises en place?

La fête comme exutoire

Interrogé par Sputnik, Christophe Moreau, sociologue et directeur de l’équipe de recherche-développement JEUDEVI (jeunesse développement intelligents), rappelle que l’on vit actuellement une période d’isolement, plus particulièrement pour les personnes qui vivent seules. Ce qui se traduit par un «besoin de partager des émotions, peut-être déjà autour de la relation amoureuse

«Souvent, les pratiques festives sont quand même le fait davantage des personnes célibataires qui aspirent à rencontrer l’âme sœur.»

En outre, un autre besoin se fait sentir: «l’envie de partager des émotions positives

«Les fêtes sont des lieux où on partage justement des émotions joyeuses, donc ce besoin est assez prégnant. Donc même si on ferme les établissements de nuit, c’est évident que derrière, il va y avoir des pratiques clandestines pour pouvoir se retrouver, notamment chez les jeunes, mais pas seulement», explique le sociologue.

Selon des informations d’Europe 1, si la situation sanitaire le permet, les bars et restaurants devraient pouvoir rouvrir autour du 15-20 janvier. Or pour les discothèques, aucune date n’a été communiquée. Dans une récente interview donnée à Sputnik, Aurélien Dubois craignait que la réouverture des boîtes de nuit doive attendre l’été 2021. Des estimations pessimistes qui ne peuvent qu’inciter aux fêtes clandestines:  

«Ce ne serait pas étonnant. Dans l’histoire, en France et dans le monde, à chaque fois que l’on a voulu prohiber des rassemblements festifs ou de consommation de produits festifs, cela a généré des démarches clandestines», observe Christophe Moreau.

Prohibition, bis repetita? Le sociologue explique d’ailleurs que ces restrictions pourraient avoir «des effets négatifs sur les personnes». Il regrette d’ailleurs que les gouvernements réduisent l’approche de la santé «à la santé somatique, biologique, bactériologique». Alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) la définit comme un «état de complet bien-être physique, mental et social [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.» Selon lui, cette approche de la crise sanitaire peut «générer un sentiment d’injustice», pour les professionnels du secteur de la nuit et chez les citoyens.

«Le gouvernement estime que le travail est plus essentiel que les loisirs ou les rassemblements festifs. Ce sont des options idéologiques que l’on peut peut-être contester. Il y a déjà des contestations sur ces restrictions de libertés. Si le sentiment d’injustice devient de plus en plus important, on peut avoir des comportements de désobéissance civile», détaille le sociologue.

Christophe Moreau avance que ces soirées peuvent également revêtir une «dimension politique très forte

S’amuser, un geste politique?

L’organisateur de la soirée «I want to break free» a par exemple déclaré à BFMTV que l’«on a décidé d’entrer en résistance et de lancer cet appel à se cacher ensemble pour faire la fête, car les jeunes n’ont plus aucun espace pour exister ensemble, ils vivent dans un manque terrible, on essaye de continuer à leur apporter ça, malgré les risques.»

«On a des gouvernements qui restreignent les libertés fondamentales comme le droit de se rassembler, le droit à la culture, qui réagissent à court terme, mais ils n’ouvrent pas les perspectives sur leur projet de société. Cela peut insécuriser les gens et stimuler la désobéissance civile, car on ne sait pas trop dans quelle société on nous emmène», analyse le fondateur de JEUDEVI.

Des jeunes qui ressentent aussi l’envie de lâcher prise le temps d’une soirée. En effet, s’il y a moins de morts chez les jeunes, comparés aux séniors, le nombre de «morts sociales» ne serait pas non plus négligeable, souligne Christophe Moreau. Et le sociologue d’expliquer qu’une partie de cette classe d’âge est frappée de plein fouet par la précarité financière, en matière de logement notamment.

Pourtant, avec une possibilité de créer de nouveaux clusters, Olivier Dosne, maire de Joinville, parlait d’«acte criminel». Un procès en irresponsabilité face aux risques sanitaires, donc.

«Je ne pense pas que c’est une question d’irresponsabilité ou de hiérarchie de valeurs: faire la fête serait plus important que la santé. Je crois plutôt qu’ils estiment que c’est compatible […] Les gens ont quand même intégré la question de l’altruisme, le fait de veiller sur les autres, et de faire attention aux personnes vulnérables», conclut le chercheur.

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Tags:
France, Covid-19, discothèque, fête
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