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Affaire Michel, le producteur tabassé par des policiers à Paris (25)
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Après des dérapages en marge de l’évacuation d’un camp de migrants à Paris, une affaire implique trois policiers en train de molester un producteur de musique. Autant d’images qui pourraient accentuer la fracture entre les forces de l’ordre et la population. Jacques de Maillard, spécialiste de la police, analyse les problématiques actuelles.

Un tollé. Dans un contexte où les violences illégitimes de la police sont dénoncées, notamment lors de l’évacuation du camp illégal de migrants place de la République à Paris le 23 novembre dernier, de nouvelles images impliquant des forces de l’ordre suscitent les critiques.

Une vidéo diffusée jeudi 26 novembre par le site Loopsider montre un producteur de musique, Michel Z. se faire violenter par trois fonctionnaires de police, dans l’entrée de son studio de musique, situé dans le XVIIe arrondissement de Paris. Des images qui ont choqué des personnalités sportives comme Antoine Griezmann ou Kylian Mbappé, mais aussi des politiques de l’opposition et de la majorité. Sur LCI, Éric Dupond-Moretti s’est dit «forcément scandalisé par ces images», en prévenant toutefois d’un possible écueil:

«Dire que la République a un problème avec les violences policières, ce n’est pas vrai, mais chaque violence policière est un problème pour la République», a-t-il indiqué.

Des actes violents qui pourraient entacher l’image des forces de l’ordre. Sur RTL, Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP-FO, a déploré que «ce qu’il s’est passé dans le XVIIe arrondissement, ce n’est pas la Police nationale.»

Interrogé par Sputnik, Jacques de Maillard, enseignant-chercheur en science politique au Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), prévient que «ces images choquantes» peuvent «malmener le contrat de confiance» entre la police et le public. L’enjeu pour l’institution est donc «prévenir ce genre de situation». Pour ce faire, le spécialiste des questions de police estime qu’il existe actuellement plusieurs problématiques. Tout d’abord, il évoque la question de l’encadrement des agents sur le terrain.

«Quand on intervient en maintien de l’ordre ou de sécurité publique, il y a un rôle qui est central: celui de l’encadrement opérationnel. C’est-à-dire des gradés qui doivent donner l’exemple, qui sont près des agents et qui doivent contrôler les agents», détaille Jacques de Maillard.

Pour le chercheur, cet encadrement de proximité ne doit pas être uniquement punitif. Les agents ont besoin d’être soutenus: «Il faut éviter de rentrer dans une logique, on l’a très bien vu avec les ministres précédents, où on soutient unilatéralement les policiers jusqu’au moment où une crise survient. Et à partir de ce moment-là, on leur “tape” dessus. Les policiers ne sont évidemment pas contents. Il faut vraiment que l’institution prenne cela au sérieux», avance le professeur de sciences politiques.

Intensifier la formation des agents de police

D’autre part, le co-auteur de l’ouvrage Sociologie de la police – Politiques, organisations, réformes (Éd. Armand Colin 2015) pointe la question de la formation initiale, afin de mieux préparer les recrues «à intervenir de façon proportionnée, à partir de mises en situation

«Comment faire pour que le policier qui arrive sur le terrain ne se retrouve pas démuni face à des situations difficiles à gérer? Comment réussir à faire baisser les tensions afin d’éviter l’escalade?»

Au sein de la police, les dysfonctionnements dans le processus de recrutement, imputables aux politiques menées par les différents gouvernements, se multiplient. L’une des réformes lancées par Bernard Cazeneuve en 2016, entrée récemment en vigueur, a ainsi pour incidence la réduction du temps passé en école. Dorénavant, ce ne sont plus douze mois, mais huit, sur une formation initiale qui s’étale sur vingt-quatre mois. Jean-Michel Schlosser, ancien policier et docteur en sociologie, regrette dans les colonnes du Monde que «la base de la formation est très juridique et formate les policiers à avoir un raisonnement binaire, autour du Code pénal, avec l’idée qu’il y a le Bien et le Mal. Or la société, au niveau de la violence, est beaucoup plus complexe qu’avant: le policier a besoin d’un bagage complémentaire pour comprendre ses missions.»

Jacques de Maillard insiste également sur la nécessité d’améliorer la formation continue, afin de mieux accompagner les policiers expérimentés et d’éviter de voir s’installer chez eux «une sorte de cynisme», de «désillusion».

S’inspirer des bonnes pratiques des pays voisins

Le professeur de science politique, qui est également l’auteur de l’ouvrage Polices comparées (Éd. L.G.D.J, 2017) plaide pour que la France s’inspire des bonnes pratiques de certains pays voisins, plus particulièrement celles de l’Allemagne et du Royaume-Uni. Il avance ainsi qu’en Allemagne, les forces de l’ordre ont une conception «plus large du métier de policier» que le simple contrôle de la criminalité. «Ils sont plus soucieux de se faire respecter en étant respectueux

«Ce sont des policiers qui sont moins dans une logique confrontationnelle durant leurs interventions. Ils sont formés à la désescalade et ont une conception plus fine de leurs activités, ce qui leur permet de mieux s’adapter à la situation qu’ils ont à traiter.»

Du côté de l’Angleterre, le chercheur remarque qu’il y a «une attention permanente à la façon dont le public pense la police, ce que le public perçoit de la police. La confiance et la satisfaction sont mesurées. Autour de ces idées, en outre, la transparence est très forte, on a par exemple accès à de nombreuses données.»

Un usage disproportionné de la force en réponse au climat ambiant?

De la transparence, une prise en compte des attentes de la population et un changement de doctrine seront-ils des leviers suffisant pour recréer du lien et éviter de nouvelles «bavures»? Pourtant, ces dernières ne sont-elles aussi pas le reflet de circonstances qui s’aggravent? En effet, depuis plusieurs mois, les chiffres officiels indiquent une augmentation de la violence.

Dans une interview donnée à BFMTV/RMC, François Hollande affirmait que «La société est violente, et de plus en plus violente». Les forces de l’ordre sont régulièrement prises à partie lors de leur intervention, notamment dans les zones les plus difficiles. Ce constat pourrait-il jouer sur le comportement de certains agents, qui les pousseraient inconsciemment à recourir à un usage disproportionné la force? Pour Jacques de Maillard, «c’est très difficile à dire» mais «dans la tête de certains policiers, ce raisonnement peut fonctionner

«C’est-à-dire qu’eux sont convaincus que leur autorité est de moins en moins respectée. Ils sont convaincus que la violence est de plus en plus forte, mais les études ne montrent pas une augmentation du niveau de violence dans la société française», estime Jacques de Maillard.

«En revanche, les études montrent que le travail de policier sur la voie publique est éminemment difficile, que ces conditions d’intervention, contestées, créent de l’usure», poursuit-il. L’institution doit donc «rompre ce cercle vicieux où, en définitive, le policier peut rentrer dans une logique d’escalade en se disant: “j’ai une réalité toujours plus difficile en face de moi et ils ne comprendront que les coups, car de toute façon ils ne comprennent que ça.”» Une logique d’escalade de la violence:

«L’institution a donc une responsabilité, parce qu’elle est là pour rappeler le droit et les normes professionnelles», conclut Jacques de Maillard.
Dossier:
Affaire Michel, le producteur tabassé par des policiers à Paris (25)

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