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Controverse autour de la loi «Sécurité globale» (48)
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Des responsables de médias et présentateurs de bulletins d'information français, dont ceux de Franceinfo, ont signé une tribune, notamment dans le contexte des polémiques sur la loi Sécurité globale, pour s’élever contre les tentatives du service de communication de la police qui exige désormais un droit de validation du reportage avant diffusion.

Une tribune, lisible sur Franceinfo et signée par plus de 70 journalistes de l’audiovisuel, réalisateurs de documentaires, rédacteurs en chef, directeurs de l’information et producteurs de magazines d’actualité, dénonce des entraves à la liberté d’informer, notamment des tentatives de la part des pouvoirs publics de contrôle des tournages.

Avant d’autoriser à filmer des policiers dans l’exercice de leur fonction, le service de communication de la police nationale exige désormais un droit de validation du reportage avant diffusion, expliquent-ils. Il demande aux sociétés productrices de signer une convention selon laquelle il «visionnera l’émission dans sa version définitive avant première diffusion […], sera le seul habilité à valider définitivement le contenu produit sur les plans juridiques, éthiques et déontologiques».

«Les enregistrements ne doivent pas porter atteinte à l’image de marque de la police nationale, ni comporter de scènes pouvant être considérées comme "choquantes" […] Aucun extrait ne pourra être diffusé sans l’accord express du représentant de la police nationale», selon la tribune qui cite le service.

Ainsi, les conventions de tournage, établies à l’origine pour protéger la sécurité de personnes ou d’institutions dans des cas très spécifiques, sont détournées de leur esprit initial, estiment les signataires, dont font partie le directeur de l’information de France Télévisions, le directeur général adjoint Groupe TF1, le directeur de l’information d’Arte ou encore le directeur général de BFM TV.

«De nouveaux alinéas fleurissent sous des formes diverses qui deviennent une claire entrave à nos prérogatives éditoriales et au droit du public à l’information», constatent-ils.

«Un droit à la censure»

Les représentants de médias notent que la presse est déjà soumise au contrôle de la législation et évoquent la loi de 1881 sur la liberté de la presse et les chartes déontologiques sans cesse améliorées depuis le texte initial de 1918. Ils rappellent que les directions de l’information et des magazines, les rédacteurs en chef et leurs équipes ont la responsabilité de veiller au respect de ces obligations légales et éthiques.

«Tout reportage est soumis à l’examen de nos propres services juridiques avant diffusion. Le traitement d’affaires particulièrement sensibles, ayant trait notamment au terrorisme ou à la sécurité nationale, nécessite des précautions particulières et nous en tenons compte en responsabilité.»

Mais aucun journaliste ayant pour vocation d’informer librement le public ne peut accepter les nouvelles règles, soulignent les signataires.

«En exigeant une validation de nos reportages et documentaires, les pouvoirs publics veulent s’octroyer un droit à la censure. Il est impensable que la cohérence globale d’un reportage sur le plan juridique, éthique et déontologique soit supervisée par des ministères.»

Ces demandes de conventions arrivent par ailleurs dans un contexte où l’article 24 de la loi Sécurité globale inquiète de très nombreuses rédactions et agences de presse.

«Nous demandons donc aux institutions concernées de renoncer à ces conventions qui portent atteinte au droit de la presse. Pas plus que nous, le public ne saurait comprendre la persistance de cette obstruction à la liberté d’informer», indique la tribune pour conclure.

«Exercer librement notre métier»

Il y a une semaine, Franceinfo avait publié une autre tribune signée par des médias comme AFP, BFM TV, Le Canard Enchaîné, Charlie Hebdo, Europe 1, La Croix, L’Express, Le Figaro, Le Monde ou encore Mediapart, RTL et TF 1. Ils s’étaient dits inquiets «de la volonté du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, de porter atteinte à la liberté de la presse dans le cadre des manifestations», une volonté qui «revient à encadrer et contrôler» le travail des journalistes.

«Les journalistes n’ont pas à se rapprocher de la préfecture de police pour couvrir une manifestation. Il n’y a pas d’accréditation à avoir pour exercer librement notre métier sur la voie publique», ont-ils indiqué.

L'article 24, qui fait polémique, prévoit de pénaliser la diffusion de «l'image du visage ou tout autre élément d'identification» d'un policier ou d'un gendarme en intervention, lorsque celle-ci a pour but de porter «atteinte à son intégrité physique ou psychique». Mais les journalistes, cinéastes, ONG, défenseurs des droits et certains experts de l'Onu redoutent dans ce contexte «des atteintes importantes» aux «libertés fondamentales», avait précédemment expliqué Franceinfo.

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Controverse autour de la loi «Sécurité globale» (48)

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