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Paris n’en finit pas de chuter au classement annuel des métropoles les plus attractives de France. En qualité de vie, la capitale arrive même en dernière position. En cause: la flambée des prix, tandis que la saleté et l’insécurité ne cessent de croître, explique Pierre Liscia, chroniqueur et ancien élu parisien.

Le magazine britannique The Economist a publié récemment son classement des villes les plus chères du monde. Sans grande surprise, Paris figure sur le podium et devance même des métropoles comme Hong Kong ou Singapour, réputées pour leur coût de la vie particulièrement élevé. En deuxième position derrière Zurich, la Ville Lumière fait pourtant office de mauvais élève dans un autre classement, lequel met à mal son rapport qualité-prix.

Établi par les plateformes ParisJob et RégionsJob, le classement 2020 des métropoles françaises les plus attractives vient de sortir. Fait le plus notable, la dévaluation de Paris continue son chemin: tandis qu’en 2019, la ville était déjà descendue à la 14e place, elle pointe désormais à la 18e au classement général.  Or, si elle reste première en termes d’emploi, elle quitte le top 5 concernant l’accès à la culture et se retrouve même vingtième pour la qualité de vie. Une qualité de vie dégradée et désormais incompatible avec des prix injustifiés?

Des allures de «ville en voie de développement»?

Pour Pierre Liscia, ancien conseiller municipal du 18e arrondissement et auteur de La honte. Paris: ce que vous ne savez pas (Albin Michel, 2019), on observe une détérioration réelle et, a contrario, une augmentation du coût de la vie qui incitent chaque année «12.000 personnes» à quitter Paris.

«Paris, sur les cinq dernières années, a perdu 60.000 habitants. C’est une particularité parisienne car les autres métropoles européennes gagnent en habitants. Ceux qui partent sont les familles et les personnes âgées qui ne s’y retrouvent plus».

Les classes moyennes de manière générale se voient poussées dehors par la hausse des prix et se tournent ainsi vers davantage d’espace. Mais cet ancien chroniqueur de Thierry Ardisson, candidat malheureux aux municipales 2020 dans le 18e arrondissement, pointe également du doigt une mauvaise gestion politique de la ville, notamment sur la question de la propreté et de la circulation:

«Les embouteillages permanents, facteurs de stress et de pollution, les voies piétonnes qui sont délabrées et la voie publique qui est une poubelle amènent à se demander parfois si Paris n’est pas une ville en voie de développement. Et quand la Ville de Paris a un budget parmi les plus gros au monde, ce n’est pas entendable», regrette Pierre Liscia, engagé de longue date pour une ville meilleure.

Une mauvaise gestion de la propreté dont la cause serait selon lui l’organisation des services et non les sommes allouées: «Les services de propreté de la ville, c’est un État dans l’État. La moindre réforme est très difficile et les arrondissements n’ont pas la main dessus». Pourtant, à écouter la mairie, le véritable problème serait celui de «la densité de population ou des touristes mais jamais la municipalité elle-même», tacle Pierre Liscia.

Un triptyque «toxicomanie, insalubrité, délinquance»

Plusieurs pétitions ont récemment circulé, réclamant des rues plus propres ou davantage de sécurité dans certains quartiers. C’est le cas de Barbès, lieu historique du 18e arrondissement de la capitale et pour lequel la réalisatrice Jeanne Labrune a réclamé un «rétablissement de l'État de droit». Déplorant l’insécurité grandissante dans l’arrondissement et le manque de surveillance, l’artiste a déjà recueilli plus de 800 signatures.

Question sécurité, Paris s’est, de fait, considérablement affaiblie. Les différents attentats qui ont touché la métropole depuis 2015 et «la crise des migrants», qui a vu augmenter le nombre des personnes dans les rues, ont sans doute également contribué à construire cette image de ville dangereuse et paupérisée, mais ce n’est pas tout. Selon Pierre Liscia, l’éclatement de la «colline du crack», dont il a été l’un des premiers à dénoncer les dangers sanitaires et sécuritaires, a décentralisé la toxicomanie et le trafic, les généralisant partout.

«Avant, la stratégie était de contenir les difficultés dans des micro-quartiers en faisant le pari que ça ne déborderait pas ailleurs et que le mécontentement serait toujours inférieur à la satisfaction générale. Malheureusement, c’est un effet cocotte-minute et ça finit toujours pas déborder ailleurs dans les quartiers touristiques».

La toxicomanie n’étant plus l’affaire de certains quartiers, l’insalubrité s’est donc déplacée. Mise en évidence par les derniers palmarès des villes, l’insécurité grandissante serait donc également liée à la consommation de drogue. Et la prise en main «précipitée» de la situation par les services sociaux n’a rien arrangé:

«De l’aveu même du maire du 19e, il y a un lien direct entre l’augmentation de la toxicomanie de rue et le démantèlement de la colline du crack. Il y a ensuite une stratégie mortifère qui consiste à distribuer des millions d’euros pour des plans d’aide qui encouragent en réalité la toxicomanie. C’est une question de responsabilité politique qui est difficile: comment sortir les gens de la rue?»

Ces problèmes rendus publics et la crise sanitaire paralysant le pays, il serait donc à craindre que l’éclat du tourisme français en soit «sacrément terni», bien que «le sort des riverains» reste le plus important conclut Pierre Liscia.

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Tags:
coût de la vie, toxicomanie, insécurité, Paris
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