France
URL courte
Par
643062
S'abonner

L’hypothèse d’une candidature en vue de 2022 continue à se poser du côté de l’ancien chef d’État-Major des armées. Au point de faire de l’ombre à Marine Le Pen? Comment le Rassemblement national se positionne-t-il face à l’ancien militaire? Réponse avec Bruno Gollnisch et Andréa Kotarac, membres du RN.

«Plus je le dis, moins on me croit.» Dans un entretien donné ce dimanche 6 décembre au Parisien, le général Pierre de Villiers a une nouvelle fois démenti une possible candidature à l’élection présidentielle de 2022. «Je suscite visiblement un certain nombre d'espérances. [...] Je ne fais pas tout cela pour me présenter en 2022! Il n'y a pas d'agenda caché», ajoute l’ancien chef d’État-Major des armées (CEMA), en tournée médiatique pour la promotion de son dernier livre, L’équilibre est un courage (Fayard).

Cité par Le Canard enchaîné dans son édition du 2 décembre, un membre de l’entourage d’Emmanuel Macron se réjouissait en tout cas de la présence médiatique de l’ancien militaire: «C’est très bien qu’il fasse un tour de piste. Il va occuper l’espace politique à droite un petit moment. Cela peut emmerder les autres, notamment Marine Le Pen.»

D’ailleurs, l’IFOP a mesuré les «espérances» suscitées par Pierre de Villiers le 19 novembre dernier pour l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Si l’on en croit l’institut de sondage, 20% des Français seraient prêts à voter pour l’ancien militaire s’il se déclarait candidat. Attention, ce chiffre assez important ne correspond pas à des intentions de vote ­lesquelles se situeraient plutôt autour de 6%­ mais à un «potentiel électoral», ainsi que le précise à Sputnik Jérôme Fourquet, directeur du pôle Opinion et Stratégies d’entreprises de l’IFOP.

«Un mondialiste 2.0 qui délivre des message de paix»

Particularité notable: si les électeurs de François Fillon en 2017 se disent prêts à 41% à voter pour le général de Villiers en 2022, ceux de Marine Le Pen sont tout de même 29% à répondre par l’affirmative. De là à imaginer que l’ancien militaire puisse être une menace pour la candidate d’ores et déjà déclarée du Rassemblement national? «Si Marine Le Pen parvient à rassembler, je ne vois pas beaucoup d’espace pour lui», nuance Bruno Gollnisch, eurodéputé RN jusqu’en 2019. Celui qui est désormais membre du bureau politique du parti précise:

«L’adversaire de Marine Le Pen ne sera certainement pas le général de Villiers, qui est une personnalité tout à fait honorable, mais dont les opinions politiques ne sont pas exactement celles de notre électorat. Je ne suis d’ailleurs même pas certain que ses opinions soient les mêmes que celles de son frère [Philippe de Villiers, fondateur du Puy du Fou et ancien président du Mouvement pour la France, ndlr].»

S’il reconnaît également que le général de Villiers est «quelqu’un d’intéressant», Andréa Kotarac, transfuge de la France insoumise ayant rejoint le Rassemblement national en 2019, considère toutefois que son discours «est d’un autre temps». Les crises récentes nécessiteraient au contraire selon lui «des personnes “hors normes”, susceptibles de créer une véritable rupture».

«Le monde actuel est très instable et je ne pense pas que les formules centristes du général de Villiers, finalement assez basiques et assez banales, répondent aux attentes des Français. [...] C’est un mondialiste 2.0 qui délivre des messages de paix en faisant attention à ne pas dire un mot de travers», cingle Andréa Kotarac au micro de Sputnik.

Dans un entretien accordé au mensuel économique Entreprendre le 5 décembre dernier, Pierre de Villiers appelait ainsi  à «trouver l'humanité nécessaire, la considération et le respect» pour les jeunes des banlieues afin qu’ils «ne basculent pas du côté des salafistes». Un discours pacificateur qui contrasterait avec l’image d’Épinal du militaire autoritaire qu’on veut parfois lui accoler? «Le problème de l’intégration ne se résoudra pas avec de bonnes paroles ou des plans banlieues», réplique Bruno Gollnisch.

Plus Dalaï-Lama que de Gaulle?

Sur le plateau de CNews le 6 octobre dernier, Eric Zemmour n’avait pas eu de mots assez durs pour qualifier le général de Villiers: «J’ai été frappé par le décalage entre l’attente d’un homme à poigne et de Villiers. C’est un homme de paix, une espèce de lieu commun consensuel assez étonnant. Ce n’est pas vraiment un Bonaparte, plutôt un Dalaï-Lama», taclait ainsi le polémiste.

Comment expliquer dès lors un tel attrait médiatique pour l’ancien CEMA? Auteur de trois livres à succès, dont les deux premiers se sont écoulés à plus de 130.000 exemplaires, le général de Villiers ne cesse d’être sollicité sur les questions d’actualité brûlantes. Ce dernier se plie volontiers au jeu et distille çà et là son avis sur la gestion des crises. Tout y passe: pandémie de Covid, terrorisme, intégration, éducation, économie, remaniement, Ehpad, violences policières, et ainsi de suite.

Si le frère de Philippe de Villiers s’est reconverti en 2017 dans le conseil en devenant «senior advisor» au sein du très influent (et très américain) Boston Consulting Group (BCG), l’un des trois leaders mondiaux du secteur et dont le bureau parisien conseille 60% des entreprises du CAC 40, cela ne l’empêche pas de revenir systématiquement à son expérience de militaire dans ses interventions médiatiques. Le haut gradé bénéficie-t-il encore du prestige de l’uniforme? «Le général de Villiers profite de son statut de militaire dans un contexte d’absentéisme électoral très fort et de défiance vis-à-vis des partis», analyse Andréa Kotarac, avant de tempérer: «Si on met de côté son statut, il n’a rien du général de Gaulle qui libère la France et construit la Ve République.» Un constat que partage Bruno Gollnisch:

«C’est un vieux syndrome français que d’aller chercher des militaires quand la situation est catastrophique, avec des succès parfois mitigés. [...] Des personnalités parfois très estimables sur le plan militaire peuvent parfois faire des incursions plus malheureuses en politique.»

En attendant de savoir si Pierre de Villiers se décidera ou non à épouser un destin politique, nos deux intervenants se mettent d’accord sur un autre point: les difficultés logistiques qu’implique une campagne présidentielle. «Si le général de Villiers veut se lancer en politique, ce qui est parfaitement son droit, il a tout intérêt à annoncer la couleur assez tôt: les 500 signatures des maires nécessaires ne se trouvent pas sous le pied d’un cheval», appuie ainsi Bruno Gollnisch, qui rappelle qu’une candidature «suppose d’avoir un appareil, des cadres, une doctrine explicitement formulée et des relais d’opinion au plan local».

Andréa Kotarac abonde:

«Il faut déjà une machine de guerre et beaucoup d’argent pour mener campagne pour l’élection présidentielle. Une possible candidature du général de Villiers risque très vite de faire pschitt.»

Lire aussi:

Le MoDem lâche LREM, l'Assemblée rejette le pass sanitaire
«Un gentil garçon»: la mère du tueur présumé du policier à Avignon s’en prend aux autorités
Covid et accident de laboratoire, ces «complotistes» qui avaient vu juste
Tags:
Rassemblement national (RN), Présidentielle France 2022, Bruno Gollnisch, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Philippe de Villiers, Pierre de Villiers
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook