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Devant le ministère de la Santé, des étudiants en soins infirmiers ont manifesté ce jeudi 10 décembre pour dénoncer les effets de la crise sanitaire sur leur formation. Depuis la première vague, ils sont mobilisés afin de pallier le manque de soignants. Une situation qui crée l’épuisement chez ces jeunes. Sputnik était sur place.

«Soigne et tais-toi», «ESI mal formés, patients en danger». Ce sont les messages que l’on pouvait lire sur les pancartes brandies par une centaine de manifestants, ce jeudi 10 décembre à Paris.

Des élèves au bord de l’épuisement

À l’initiative de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI), les manifestants se sont rassemblés devant le ministère de la Santé afin d’alerter le gouvernement sur leur situation.

​Interrogé par Sputnik, Thomas Hostettler, secrétaire général de la Fnesi, explique que les étudiants ont été très sollicités depuis le début de la crise. Si bien qu’aujourd’hui, ils n’en «peuvent plus» et «sont épuisés».

«Lors de la première vague, 81.000 étudiants ont été mobilisés et étaient là pour soutenir les soignants», rappelle Thomas Hostettler.

Il souligne que la période post-première vague a été particulièrement compliquée car «il n’y a pas eu d’accompagnement».

​«Des étudiants ont vécu des situations extrêmement lourdes et difficiles. Ils ont fait face à la mort, à la maladie, à des moments où ils n’étaient pas forcément formés pour», regrette le secrétaire général de la Fnesi.

«Or, on leur dit de retourner à nouveau en service, qu’ils n’ont pas le choix. Et ces étudiants vivent exactement la même situation qu’en première vague: ils sont mobilisés, font fonction de soignant, de technicien de surface, voire dans certains cas d’infirmier alors que ce n’est pas légal», remarque-t-il.

Thomas Hostettler fustige d’ailleurs le fait que des étudiants puissent «réaliser en autonomie complète le rôle d’un infirmier ou d’une infirmière en remplacement».

«On met en danger les patients juste parce qu’on manque de personnel et que l’on préfère prendre des étudiants en stage qui coûtent un euro de l’heure plutôt que des professionnels qui ont le diplôme et les compétences requises.»

Au micro de Spuntik, Stéphane, étudiant en deuxième année, estime pour sa part qu’en ne se focalisant que sur les patients touchés par le Covid-19, «dans deux ans, lorsqu’il n’y aura plus de Covid-19, on ne sera pas formés pour d’autres pathologies et c’est problématique».

Une formation en danger

Néanmoins, hors de question de lâcher prise dans la lutte contre le coronavirus. «On a été là pour la première vague, on est là pour la deuxième et on sera là pour la troisième. Mais pas à n’importe quel prix. Pas pour un euro de l’heure, pas pendant deux mois parce qu’il faut ‘boucher les trous’ de ce système de santé qui tombe en ruine», prévient le secrétaire de la Fnesi.

Au rang des autres revendications, les étudiants souhaitent que leur «formation théorique soit préservée au mieux, avec un réel élan vers l’universalisation». En effet, l’enjeu est de taille: «Si on ne fait pas tout de suite une action massive, financièrement parlant et en instaurant un cadre législatif strict au niveau des mobilisations, on part réellement à la dérive», alerte Thomas Hostettler.

«Des étudiants vont être diplômés, puis géreront des patients seuls mais ils ne seront pas formés correctement. Cela va mettre en danger les malades et le système de santé pour les vingt prochaines années», affirme-t-il.

Pour porter ces doléances, une délégation de la Fnesi et une de la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) ont rencontré le cabinet du ministère de la Santé ce jeudi 10 décembre.

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Tags:
Covid-19, soignants
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