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Publié par Gérald Darmanin, le chiffre des casseurs arrêtés lors de la marche des libertés du 12 décembre à Paris est faux, affirme Mediapart. Parmi les 142 personnes listées figurent des journalistes qui couvraient la manifestation, un avocat et un street-medic interpellés pour des raisons floues et libérés sans charge.

Le ministère de l’Intérieur a décompté 142 interpellations d’«individus ultra-violents» lors de la marche des libertés contre la loi Sécurité globale, à Paris, le 12 décembre. Cependant, une nouvelle révélation de Mediapart montre que des arrestations ont été effectuées dans le cortège pacifique.

Comme la majorité des manifestants interpellés, dont des journalistes indépendants, ne sont pas poursuivis pour des faits de violence, ces arrestations peuvent être qualifiées d’arbitraires, indique le média.

Parmi ces 142 manifestants, seulement six seront jugés en comparution immédiate, alors que 39 enquêtes ont été classées sans suite. 27 rappels à la loi ont été infligés par le parquet. 123 personnes ont été placées en garde à vue, a indiqué le parquet de Paris cité par Mediapart. Pour une trentaine d’individus, la procédure a été prolongée le dimanche 13 décembre.

«La grande majorité des personnes arrêtées ne comprennent pas ce qu’elles font au commissariat», indique le cabinet de Me Arié Alimi, assistant une quinzaine d’interpellés.

Interrogés par le média, les autres avocats supposent que certains manifestants ont pu être interpellés pour leurs accessoires de couleur noire perçus comme des signes des black blocs.

Il s’agit notamment de parapluies noirs, alors même qu’il pleuvait ce jour-là, ou d’un cache-cou, comme c’est le cas pour le journaliste Adrien Adcazz qui travaille pour le média Quartier général.

«On a l’impression que les manifestants ont été arrêtés au petit bonheur la chance», conclut Me Camille Vannier.

Libérés sans charge

Mediapart a cité certains témoignages. L’un des interpellés, l’avocat Alexis Baudelin, a été attrapé et emmené par le cou par des agents, ce que montre une vidéo relayée par le Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), lequel a commenté la séquence avec ces mots: «Les ordres de la préfecture de police sont clairs: empêcher toute constitution de black bloc! Ces factieux viennent semer la violence et le chaos. Ils sapent les manifestations. Nous nous félicitons des interpellations de ces individus très violents!».

Prise par la caméra-piéton de l’avocat, une autre vidéo réalisée lors d’une charge des voltigeurs des brigades de répression des actions violentes motorisées (Brav-M) montre que les forces de l’ordre n’ont pu lui expliquer les raisons de son interpellation. «Les policiers m’ont ensuite menotté mais ils se rendaient bien compte qu’ils n’avaient rien contre moi», a-t-il déclaré à Mediapart.

Retenu pendant cinq heures, il a été finalement relâché «sans même qu’un fait [lui] soit reproché», a précisé M.Baudelin.

Le journaliste indépendant Franck Laure a également été libéré sans charge. Il a dit avoir été frappé à coups de matraque en fin de manifestation alors qu’il filmait. Ensuite, «j’ai dit un mot qu’il ne fallait pas», a-t-il témoigné auprès du média.

Il a été interpellé pour «outrage» et pour des faits de «port d’arme de catégorie D», en raison de son masque à gaz.

Membre du collectif Reporters en colère (REC), Thomas Clerget a également été libéré sans charge. Matraqué alors qu’il était au milieu de gens qui marchaient, il a «eu l’impression que les policiers allaient à la pêche à l’interpellation».

Enfin, un street-medic mobilisé pour secourir les manifestants blessés a été également placé en garde à vue. Il a été libéré avec un «rappel à la loi» pour «participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou violences».

En indiquant qu’«une fois encore, journalistes comme manifestant.e.s. [sic] ont été pris pour cible», le collectif REC a dénoncé un «déploiement policier et militaire brutalisant et attentatoire au droit de manifester» dans un communiqué de presse signé avec 15 autres organisations dont la Ligue des droits de l’Homme et la CGT.

Le communiqué souligne que les témoignages «affluent et concordent en ce sens», alors que le bilan gouvernemental «repose sur des chiffres artificiellement gonflés».
Durant cette manifestation parisienne contre la loi Sécurité globale, le 12 décembre, Gérald Darmanin a publié plusieurs tweets faisant part de la croissance du nombre d’interpellations. En fin de manifestation, il a déclaré sur Twitter que «plusieurs centaines de casseurs étaient venus pour commettre des violences».

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Tags:
black bloc, manifestation, police, Mediapart, Gérald Darmanin
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