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La loi «confortant les principes républicains» fait encore parler d’elle. Dans un récent entretien, Marlène Schiappa a fait feu de tout bois contre ceux qui voient dans le texte une stigmatisation des musulmans. Dans sa ligne de mire, les défenseurs d’une laïcité «apaisée». Le virage du gouvernement est acté.

«Il y a une prise de conscience», estime Najwa El Haïté, juriste et élue dans l’Essonne. Pour cette figure de la lutte contre l’islamisme, «ce discours [de Marlène Schiappa] va dans ce sens». Dans un entretien publié dimanche sur le site du Point, la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté a en effet clarifié son positionnement sur la laïcité par une opposition franche aux tenants d’une «laïcité apaisée». Dans son collimateur, ses amis du PS, selon elle admiratifs d’une laïcité «robinet d’eau tiède», ou encore Jean-Luc Mélenchon et «son obsession de la stigmatisation». Enfin, Marlène Schiappa s’en prend aux «idéologies d’extrême gauche» qui recourent à «une inversion des valeurs» en faisant «passer pour des révolutionnaires» les défenseurs de «coutumes moyenâgeuses».

Ces propos interviennent quelques jours après la présentation de la loi sur le séparatisme en Conseil des ministres mercredi dernier – soit le 9 décembre, date anniversaire des 115 ans de la loi de 1905. Rebaptisé «loi confortant les principes républicains», le dispositif s’inscrit dans le tournant engagé fin septembre par Emmanuel Macron lors de son discours aux Mureaux dans les Yvelines. Un projet devenu une priorité de l’action gouvernementale depuis l’assassinat du professeur d’histoire-géographie de Conflans-Sainte-Honorine, Samuel Paty. Dans la foulée, Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, engageait en novembre la dissolution du Collectif contre l’islamophobie (CCIF) et de l’ONG Barakacity.

L’«islamogauchisme» en cause une fois de plus

«Cet entretien est très pragmatique», résume Najwa El Haïté au micro de Sputnik. Celle qui posait en figure de combattante contre l’islamisme en couverture du Figaro Magazine, au côté de «la femme la plus menacée de France», Zineb El Rhazoui, se réjouit de l’intervention de la ministre et abonde dans son sens: «Cet entretien décrit fidèlement une certaine gauche, celle de la France insoumise, qui a renoncé au combat laïc.» Pour Najwa El Haïté, présenter le texte «comme un projet de loi antimusulman» quand il vise à «désarmer les ennemis de la République» ferait partie de la rhétorique opportuniste des membres de la France insoumise.

«Mélenchon était profondément républicain et contre l’islamisme lorsque je l’ai croisé au Parti socialiste. Depuis, avec la France insoumise, il évolue vers un clientélisme porté par un discours indigéniste qui voit dans chaque Français de confession musulmane une personne opprimée, une victime d’un État raciste», accuse-t-elle.

Et l’adjointe au maire d'Évry de rétorquer au discours de LFI: «Il n’y a pas de racisme systémique en France. Des discriminations, oui. Du racisme, également, mais pas du racisme d’État». Le jour de la présentation du projet de la loi sur le séparatisme, Jean-Luc Mélenchon était monté au créneau pour dénoncer un texte chargé d’«intentions de stigmatisation à l'égard des musulmans», prophétisant, dans les débats parlementaires à venir, une pluie de «700 à 1000 amendements» de la part de son groupe.

Cette invocation réitérée d’une hypothétique «islamophobie» de la part du chef de LFI vaut à son parti d’être qualifié régulièrement par ses détracteurs d’«islamo-gauchiste». En cause, notamment, la participation de Jean-Luc Mélenchon à la Marche contre l’islamophobie aux côtés du CCIF au mois de novembre 2019.

Mais ce qui relevait de l’invective courante entre opposants politiques a finalement reçu l’aval du sommet de l’État, illustrant une fois de plus le virage entrepris par le gouvernement dans sa lutte contre le séparatisme. Le 6 octobre dernier, Gérald Darmanin, répondant à une question d'Alexis Corbière, député LFI de Seine-Saint-Denis, n’a pas hésité à parler de la formation mélenchoniste comme d’un parti lié à un «islamo-gauchisme qui détruit la République». Et si Marlène Schiappa n’a pas elle-même proféré cette accusation, c'est à se demander si elle ne l’avait pas sur le bout de la langue.

Les laïcards en font-ils trop?

Le projet de loi confortant les principes républicains a contraint tout le spectre de la gauche à prendre position. Un projet qui serait selon Le Monde une «offensive des "laïcards"», regroupant ainsi «les tenants d’une "laïcité de combat", "exigeante" ou  "dure"». Le quotidien du soir ironisait sur ces «partisans d’une laïcité offensive» qui, au lieu de voir «dans la laïcité un simple cadre juridique et non une doctrine», en ferait «un combat idéologique, à la manière de moines-soldats»

Une analyse qui n’a guère plu à Marlène Schiappa:

«Je le redis, on n'a jamais tué quelqu'un au nom de la laïcité, personne ne commet d'attentat en hurlant: “Dieu n'existe pas! Je vous interdis de croire en Dieu.” C'est un fait, la plupart des attentats qui ont lieu dans le monde dans cette période sont des attentats islamistes», s’est agacée la ministre.

À l’autre bout du spectre politique, on applaudit du bout des doigts au contenu de la loi. Mais on attaque l’ambiguïté de son intitulé. Ainsi, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, juge que certaines dispositions du texte vont dans le bon sens. Toutefois, elle préférerait «avoir une loi contre l’islamisme» plutôt qu’un texte qui s’attaquera «à tout le monde». L’abandon des termes de laïcité et de séparatisme dans l’intitulé originel de la loi, dès le lendemain du discours aux Mureaux, pour la nouvelle qualification de «loi confortant les principes républicains», est effectivement apparu, pour les opposants au pouvoir, comme un aveu de faiblesse. Reste à savoir si mal nommer les choses ajoutera au malheur du monde.

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Tags:
séparatisme, Marlène Schiappa, islamisme
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