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Emmanuel Macron a validé le principe d’un referendum visant à inscrire la lutte pour le climat dans la Constitution. Une sortie qualifiée par Jean-Luc Mélenchon de «grossière manœuvre de communication». Simple calcul politique ou véritable avancée? Le politologue Yves Sintomer décrypte pour Sputnik la portée de cette annonce.

«Le fait de mettre dans la Constitution la notion environnementale, c’est prendre en considération, au même titre que les autres articles de la Constitution, l’environnement comme un élément essentiel du patrimoine de notre Constitution.»

Sur Franceinfo, Jean-Pierre Cabrol, co-président de l’association des 150 issus de la convention citoyenne pour le climat (CCC), s’est félicité de la proposition d’Emmanuel Macron.

Lors d’une rencontre avec les membres de la CCC, lundi 14 décembre, le chef de l’État a en effet annoncé un referendum afin d’inscrire la lutte pour le climat et la préservation de l’environnement dans la Constitution, l’une des 149 propositions formulées par la Convention citoyenne pour le climat. Emmanuel Macron en a par ailleurs expliqué les modalités:

«Ce sera une réforme constitutionnelle en un article» qui «doit d’abord passer par l’Assemblée nationale puis le Sénat et être votée en des termes identiques. Ce jour-là, elle sera soumise à referendum.»

Yves Sintomer, professeur de science politique à l’Université Paris VIII, estime néanmoins qu’il faut prendre cette annonce «avec des pincettes».

Referendum sur le climat, «l’art du cynisme creux»?

Comme il l’explique, «si le referendum est pour le moment uniquement souhaité par le Président de la République, il est loin d’être acquis.»

«Il doit passer le filtre de l’Assemblée nationale, ce qui n’est pas très difficile vu la majorité gouvernementale, mais aussi du Sénat, où il est minoritaire. Il risque de se heurter à ses opposants qui pourront, pour des raisons de principe ou de stratégie politique, mettre à mal l’initiative présidentielle», détaille Yves Sintomer au micro de Sputnik.

Cette déclaration du Président de la République a d’ailleurs reçu un accueil mitigé, voire hostile, dans les rangs de l’opposition. Guillaume Peltier, député et vice-président délégué des Républicains y voit «l’art du cynisme creux». «Il est vrai que tant de nos compatriotes sont “contre” le climat. Par referendum, les urgences sont ailleurs: la laïcité face à l’islam politique et notre souveraineté sur l’immigration», a-t-il poursuivi dans un message posté sur Twitter.

Un parcours semé d’embûches

Même réprobation du côté de la France insoumise, dont le leader, Jean-Luc Mélenchon, a d’ores et déjà indiqué qu’il voterait contre cette proposition. Il a fustigé une «grossière manœuvre de communication. Supercherie. Bricolage. […] Pas question de l’aider à redorer son blason avant la Présidentielle. Ce n’est pas un referendum, mais un plébiscite qu’il propose.»

​Le chef de file de la LFI indiquait pourtant en 2017 vouloir «inscrire dans la Constitution la règle verte: ne pas prendre à la nature plus qu’elle ne peut reconstituer

Caresser la gauche dans le sens du poil

Cette proposition ne serait donc qu’une manœuvre politicienne? Pour Yves Sintomer, l’hypothèse est très plausible. Le politologue avance également que «le Président de la République a fait le pari que la gauche et les écologistes étaient divisés, que le péril pour lui serait à droite aux prochaines élections présidentielles. Il fait donc une politique plutôt à droite qui vise à empêcher l’émergence d’un adversaire entre lui et le Rassemblement national

«Cependant, il faut donner quelques gages à la fraction écologiste de l’électorat d’un côté et de l’autre aux citoyens de la Convention qui risqueraient, sinon, de manifester leur mécontentement. On fait donc une mesure essentiellement symbolique.»

Pour Yves Sintomer, un autre point appelle à relativiser de la portée de ce referendum: le «détricotage des mesures proposées par la Convention». Et pour cause, «Le Haut conseil pour le climat vient de montrer que dans le plan de relance proposé par le gouvernement, une partie importante des mesures ne permettent pas de réorienter suffisamment la France vers l’avenir, donc on a une politique qui est essentiellement symbolique», analyse le politologue.

«Il est plus facile d’annoncer un referendum sur un point de la Constitution que de réorienter 70 milliards du plan de relance de façon résolue vers l’économie non carbonée du XXIe siècle», conclut Yves Sintomer.

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Tags:
écologie, Emmanuel Macron
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