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Le projet de charte des imams semble proche d’avorter. Après les révélations de désaccords profonds entre plusieurs fédérations du Conseil français du culte musulman, nouveau rebondissement: la Grande Mosquée de Paris annonce son retrait du chantier et dénonce des «cercles malveillants». Un «enfumage» selon l’essayiste Mohamed Louizi.

Le feuilleton continue. Dimanche 27 décembre, Le Journal du Dimanche révélait que la charte républicaine pour les imams, réclamée par Emmanuel Macron aux fédérations membres du Conseil français du culte musulman (CFCM), en était au point mort. Un mois s’est pourtant écoulé depuis la fin du délai de deux semaines fixé par le Président de la République. Hier 28 décembre, c’était au tour du recteur de la Grande Mosquée de Paris (GMP), Chems-Eddine Hafiz, d’annoncer qu’il se désolidarisait du projet. Ainsi publiait-il un communiqué dénonçant une «composante islamiste» au sein du CFCM. Trois fédérations refusent en effet de signer la charte et rejettent les points centraux du texte, ceux qui ont trait aux lois républicaines, concernant en particulier la non-criminalisation de l'apostasie, l'importance de l'école laïque publique et l'égalité entre les femmes et les hommes.

«L’islamisme dans ces fédérations est plus qu’une réalité» pour l’essayiste Mohamed Louizi, ancien membre de l’UOIF et auteur de l’ouvrage Plaidoyer pour islam apolitique (éd. Michalon), la gangrène islamiste n’est pas nouvelle au Conseil français du culte musulman, loin s’en faut. «Déjà, à l’époque, Jean-Pierre Chevènement avait rédigé un texte et subi des pressions de ces mêmes associations concernant un passage sur l’apostasie», rappelle notre interlocuteur. «C’était donc à la République d’imposer sa charte et non l’inverse», avance au micro de Sputnik ce farouche adversaire de l’islamisme.

Vraie crise et fausse conscience républicaine

Dans son communiqué publié sur Twitter, le recteur Chems-Eddine Hafiz dénonce les «manipulations médiatiques» d’une composante islamiste du CFCM liée à des régimes étrangers. Sans les nommer il met donc en cause Millî Görüş, proche de la Turquie, Musulmans de France, proche des Frères musulmans, Foi et Pratique, considéré comme fondamentaliste.

« J’estime que la représentation des musulmans mérite autre chose […] que des agissements douteux entourés d’actions qui cherchent à diviser la communauté nationale et à séparer les Français de confession musulmane de leur société », justifie le vice-président du CFCM qui annonce suspendre tout contact avec les fédérations concernées. Et ce de «manière irrévocable».

Pourtant, de tels agissements existent depuis toujours, réplique Mohamed Louizi, et sont dénoncées par d’autres depuis longtemps.

«Lorsqu’il parle des composantes islamistes, il sait très bien de qui il parle. Ce sont ceux qui sont affiliés aux Frères musulmans ou au pendant turc, proche d’Erdogan. Des composantes intégrées en 2003 par Nicolas Sarkozy pour justement ramener les franges «intégristes» à la raison. Dix-sept ans plus tard, la République a renoncé à pas mal de principes et l’islamisme n’a pas changé d’un iota», tranche l’essayiste.

Pour notre interlocuteur, les Frères musulmans ont pu continuer tranquillement leur travail de destruction de la liberté. «Pour eux, renier la foi musulmane est passible de la peine de mort, il y a des textes religieux dans ce sens», rappelle-t-il.

Le lien de confiance rompu

Lors de son discours aux associations musulmanes, le 18 novembre, le chef de l’État avait pourtant mis en garde ces membres considérés comme ambigus. Convoquées après l’attentat contre Samuel Paty, les neuf fédérations s’étaient alors engagées à produire sous quinze jours un code de déontologie, posant les bases d’un Conseil national des imams. «Vous avez ma confiance et ma confiance vous oblige», les avait avertis Emmanuel Macron.

En décidant de réécrire la charte de leur côté, les fédérations les plus intransigeantes entretiennent donc les accusations de séparatisme déjà lancée à leur encontre, notamment par l’imam de Drancy et président de la Conférence des imams de France, Hassen Chalghoumi.

La dénonciation de l’islamisme par le vice-président du CFCM serait donc un peu facile, selon Mohamed Louizi, car personne n’ignorait leur présence. Elle tiendrait selon lui davantage d’une querelle de mosquées entre la Grande Mosquée de Paris d’un côté, proche de l’Algérie par son recteur, et le CFCM de l’autre, dont le président Moussaoui est marocain. «Il suffit qu’il y ait un conflit entre l’Algérie et le Maroc au sujet des liens du royaume chérifien avec Israël pour que la Grande Mosquée face un peu d’obstruction à la charte», pense déceler notre interlocuteur.

Mais quelles qu’en soient les causes, le délai de concertation largement dépassé et cette défection surprise de la Grande Mosquée compromettent fortement la création prochaine d’un conseil des imams. Et l’avenir du CFCM. Entre frondeurs et démissionnaires, le projet de Conseil des imams aura surtout démontré l’impossibilité de réunir l’ensemble des musulmans de l’Hexagone au sein de l’Islam de France. Un échec qui était totalement prévisible, avance «l’ancien Frère musulman» Mohamed Louizi. Et surtout un clou de plus dans le cercueil d’une organisation déjà moribonde.

«Depuis des années, on se dit que c’est la fin. Lorsqu’il était encore ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner avait d’ailleurs envoyé un signe en rompant le jeûne avec le représentant des Frères musulmans. Le message était clair: l’avenir de l’islam de France ne se fera pas avec le CFCM. Depuis, j’imagine que Darmanin a voulu sauver la création de son mentor Nicolas Sarkozy et lui donner une dernière chance. Mais la situation est préoccupante et laissera des traces».

Peut-être tout cela signera-t-il aussi la fin de la récré, et le gouvernement «tapera du poing sur la table, pour faire le ménage entre ceux qui sont avec nous et ceux qui doivent être combattus», ose espérer Mohamed Louizi.

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Conseil français du culte musulman (CFCM), Frères musulmans, islamistes, Grande mosquée de Paris
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