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Particulièrement touché par l’épidémie, le Royaume-Uni est reconfiné. Écoles et universités fermées, assignation à résidence… ce troisième confinement drastique est parti pour paralyser la Grande-Bretagne. En France, la situation est également critique. Certains élus réclament la même mesure. Une sentence inéluctable? Analyse.

Boris Johnson a annoncé lundi 4 décembre un reconfinement total de l’Angleterre pour une durée de sept semaines a minima. Son homologue écossaise l’avait devancé, annonçant le même jour un nouveau «coup dur» pour les quatre prochaines semaines au moins. 

En Irlande et au pays de Galles, la vis avait été resserrée dès le lendemain des fêtes. Et pour cause, le Royaume-Uni subit la crise sanitaire de plein fouet. Avec plus de 75.000 morts, il est l’un des États les plus sévèrement frappés en Europe. De surcroît, le pays lutte contre une mutation du virus dont une souche plus contagieuse se répand actuellement.

«Il est clair que nous devons tous ensemble faire plus pour maîtriser ce nouveau variant pendant que la vaccination se déploie», a ainsi justifié Boris Johnson. Et ce, alors que la campagne vaccinale est déjà bien enclenchée avec plus d’un million de doses distribuées.

Le gouvernement français dans l’expectative

En France, où le variant a également été détecté, les mesures sont pour l’instant très différentes. La campagne de vaccination essuie les critiques de l’opposition, qui dénonce une lenteur catastrophique. Les termes «fiasco» ou encore de «scandale d’État» reviennent comme des leitmotivs. Conscient du mauvais départ dans sa stratégie, le gouvernement a annoncé, ce jour, mardi 5 janvier, l’élargissement du vaccin aux pompiers et aides à domicile de plus de 50 ans. Malgré tout, l’exécutif ne semble pas encore envisager un confinement. Au contraire, certaines restrictions sont même assouplies. C’est le cas du télétravail qui, s’il reste privilégié, ne sera plus obligatoire toute la semaine, a annoncé la ministre du Travail, Élisabeth Borne.

Entachée d’amateurisme pour certains, la stratégie gouvernementale aurait de quoi inquiéter si l’on en croit les courbes. Cependant, Patrick Pintus, chercheur au CNRS et directeur adjoint scientifique de l’Institut des sciences humaines et sociales, nuance les dégâts.

« Que ce soit dans les régions les plus touchées ou dans le reste de la France, on est dans une sorte d’entre-deux. Le confinement n’est pas encore totalement nécessaire, mais la courbe tend à nous en rapprocher. Les scénarios de reprise de l’épidémie ne sont donc pas à exclure», avance le scientifique joint par Sputnik.

Aidé par une équipe de chercheurs, Patrick Pintus a créé un indicateur permettant de suivre le pourcentage d’évolution des cas positifs comparé au pourcentage d’évolution des tests et de les corréler. D’après cet outil de mesure, la courbe des cas positifs augmente considérablement depuis les vacances de Noël. Mais l’on remarque surtout un réel impact positif des précédents confinements.

«En regardant la part de cas positifs sur le nombre de personnes testées, on observe que le second confinement a bien joué son rôle. À partir du 22 novembre, la France est passée d’une action où elle accélérait à une action où elle décélérait. Et là, on observe une reprise à partir du 25 décembre.»

De fait, le taux d’incidence –nombre de patients ayant un test PCR positif pour 100.000 habitants par semaine sur les sept derniers jours– montre une flambée imputable aux fêtes de Noël et de fin d’année. Au 4 janvier, ce taux remonte à 136,5, contre 131,53 le 2 janvier, et 124,71 le 31 décembre. «Les chiffres vont continuer à parler», mais la France endure donc le même phénomène que ses voisins européens, l’Allemagne subissant, elle aussi, une deuxième vague lourde et la Catalogne se mettant à l’isolement pour contrer un rebond de l’épidémie.

Quelle alternative?

Pour l’instant, le gouvernement français mise sur une mesure alternative au «lockdown» anglais. C’est l’avancée du couvre-feu à 18 heures dans les territoires les plus touchés. Pourtant, plusieurs élus réclamaient depuis des semaines un reconfinement au moins local. Le président de la région Grand-Est, Jean Rottner, l’appelait de ses vœux, déclarant: «La courbe n’est pas horizontale. Elle remonte en 

termes de circulation du virus. La question se pose d’avoir recours à un nouveau confinement.»

Là aussi, pour Patrick Pintus, si rien n’est à exclure et si le confinement a une réelle incidence sur la baisse des contaminations, les chiffres pour ces zones ne sont pas aussi alarmants que lors des premières vagues. Le couvre-feu lui apparaît comme un bon stade intermédiaire en l’état actuel des choses. Mais la situation risque de basculer vers un scénario plus strict.

« Les quelques jours qui nous séparent de Noël ont changé la donne dans le mauvais sens du terme. Le confinement semble donc être efficace et les semaines de couvre-feu qui ont précédé l’ont été aussi. On peut dès lors imaginer que le gouvernement généralise un couvre-feu renforcé avant de passer à un confinement total», estime le chercheur.

S’il ne s’avance pas à comparer les chiffres avec ceux de la Grande-Bretagne ou des autres voisins européens, le Professeur Pintus met en évidence des niveaux de contamination moins élevés que lors des précédentes vagues. «La période la plus forte était août, septembre, octobre et nous sommes loin de ces niveaux-là. Lors de la seconde vague nous avons vu que le couvre-feu était une bonne alternative pour commencer», explique le chercheur. Les priorités ne semblent donc pas encore les mêmes que chez nos voisins britanniques, d’autant plus qu’ «en Angleterre la résurgence de l’épidémie est liée fortement à ce nouveau variant, c’est un fait».

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Tags:
Covid-19, France, Royaume-Uni, confinement
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