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Pour désengorger les campements installés en Île-de-France, le gouvernement a décidé de disperser les demandeurs d’asile dans différentes régions aux capacités d’accueil suffisantes. Le dispositif mécontente déjà certains élus. Faut-il craindre une arrivée migratoire massive dans les campagnes? Explications.

Sur les quelque 132.614 demandeurs d’asile en France, un sur deux se trouve en région parisienne. Les places d’hébergement sont saturées en Île-de-France, tandis que les capacités d’accueil dans l’Hexagone ne seraient utilisées qu’à 50%. Afin d’y remédier, l’État a décidé de répartir certains d’entre eux dans quatre régions précises. Lesquelles n’accueilleraient pas assez de migrants, compte tenu de leurs capacités d’accueil. Il s’agit de la Bourgogne-Franche-Comté, de la Bretagne (qui reçoivent chacune 2% du total des demandes d’asile et devraient passer à 5%), de l’Auvergne-Rhône-Alpes (qui passera de 9 à 13%) et de la région Grand Est (de 9 à 11%).

Une manœuvre autorisée depuis 2018 avec la loi Collomb instaurant un mécanisme d’orientation régionale pour les personnes à la rue. Elle était pourtant peu utilisée jusqu’à présent. Le plan de désengorgement de l’Île-de-France n’est en place que depuis ce mois de janvier. Une procédure toute nouvelle qui ne réjouit pas tout le monde. Sur Twitter, plusieurs députés du Rassemblement national se sont insurgés contre «une affreuse idéologie mondialiste» et une politique «pro-clandestins». Parmi eux, le député européen Gilbert Collard exprime son exaspération au micro de Sputnik.

«C’est la démonstration qu’on a du mal à les installer. Nous n’avons plus les capacités d’accueil. Par ailleurs, les villes et villages concernés devraient quand même pouvoir donner leur avis sur ces arrivées chez eux. Choisir des villages dépeuplés pour les repeupler avec des migrants, c’est détestable dans l’idée» estime Gilbert Collard.

Dans sa volonté de rééquilibrer la répartition territoriale des demandeurs d’asile, le gouvernement a également décidé la création de 4.500 places d’hébergement supplémentaires. Partout sauf en  Île-de-France. Ainsi que le révèle Le Progrès, qui a contribué à rendre publique ces informations, l’objectif est, à terme, d’orienter «2.500 demandeurs d’asile par mois depuis l’Île-de-France vers des régions déficitaires d’ici 2022».

«Un véritable exemple d’assimilation et d’intégration»?

Cette répartition, André Villiers, député UDI de l’Yonne –département qui, appartenant à la région Bourgogne-Franche-Comté, est concerné par les mesures– la juge légitime.

«Il y a un mouvement mondial d’immigration, un appel d’air qui ne s’arrêtera pas. Il est important de rediriger ce monde vers des zones plus rurales. J’en suis conscient et favorable», estime l’élu bourguignon joint par Sputnik.

Rappelant que le schéma publié par le ministère de l’Intérieur en décembre 2020 prévoit une hausse légère du nombre d’arrivants dans des régions disposant de places inexploitées, André Villiers pose tout de même une condition: que ces personnes ne soient pas entassées dans des camps. Chose qui s’est déjà observée dans l’Yonne, dit-il, avec «200 migrants les uns sur les autres, principalement afghans, dans un camp à Auxerre».

Des dysfonctionnements peuvent donc être constatés, admet le député centriste. Il assure être intervenu personnellement, à l’insu du préfet, pour vérifier les conditions d’accueil. Il est donc impératif que ce transfert se fasse de manière organisée et dans des conditions précises, tempère l’élu. «Il faut accueillir des familles, pas d’hommes seuls, mais des parents avec des enfants. C’est à ce prix qu’on réussira à faire accepter l’accueil des réfugiés aux territoires ruraux», avance-t-il, persuadé que «ce sera un véritable exemple d’assimilation et d’intégration».

A contrario, pour Gilbert Collard: «On impose un flux inattendu à une population rurale sans même l’y préparer.» L’ancien député du Gard y voit un geste «très colonial» et fondé sur des quotas. «Il faut cesser de laisser l’idéologie l’emporter sur la réalité», martèle-t-il.

Or c’est justement sur les quotas que misent les défenseurs de cette répartition, à l’instar de Didier Leschi, préfet et directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Dans une tribune au Monde, il considère qu’il y a «urgence à donner la priorité à plus de réfugiés». Des quotas qu’affectionne également André Villiers.

«Il faut faire un recensement, région par région, et même commune par commune. Et je suis sûr qu’on parviendra à faire coïncider places d’accueil et nombre d’habitants. Il faut ce servir du canevas administratif. Certains sont volontaires pour accueillir, il est donc inacceptable que des gens soient entassés de la sorte», selon l’homme politique.

Trop de migrants en France? Pas assez en province, compte tenu des capacités d’accueil. Une population locale prise en otage? Ou des habitants volontaires pour accueillir plus de demandeurs d’asile? Deux France se contredisent et n’ont pas fini de s’opposer sur l’immigration. En démographie, la vérité semble une histoire de perspective.

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Île-de-France, province, camp de migrants, demandeurs d'asile
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