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Les victimes de harcèlement en milieu scolaire peinent à prendre la parole. Honte, hésitations, isolation, repli sur soi, réflexions et pensées suicidaires: les enfants concernés passent par une multitude d’étapes avant de trouver une solution. Témoignage.

Avec le développement des réseaux sociaux, le harcèlement scolaire est sorti du cadre de l’école. Ce fléau n’épargne pas la France. Matthieu Meriot a été victime du harcèlement dès la maternelle et jusqu’à la quatrième. Il raconte au micro de Sputnik comment il a su utiliser ces mêmes réseaux pour briser la loi du silence et sortir de l’ombre.

«Un jour, c’est allé très loin»

Le jeune homme de 21 ans est originaire de l’Indre. Il évoque son passage dans plusieurs collèges de la section d'enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) qui regroupe les établissements qui accueillent des élèves présentant des difficultés d’apprentissage durables. Partout, l’histoire se répétait: «J’ai connu le harcèlement moral et physique», précise Matthieu.

«Un jour, c’est allé très loin. Dans la forêt où on apprenait certains métiers du bois, quelques élèves m’ont pris à part et m’ont menacé avec un couteau. Ils m’ont menacé: “T’as intérêt à ne rien dire, sinon on va te faire la peau.” Les professeurs étaient dans un autre endroit et n’ont rien vu», raconte le jeune homme.

Vint le moment où il se dit qu’il ne pouvait pas rester sans rien faire: «Quand j’ai découvert une passion –l’écriture–, je me suis dit: “Pourquoi pas ne pas raconter mon histoire dans des livres?”»

«En 2018, je me suis lancée sur Twitter pour lutter contre le harcèlement scolaire. Ça s’intitulait Journal d’un harcelé. Aujourd’hui, j’ai précisé mes vrais nom et prénom pour dire qu’on peut tous s’en sortir. Je ne suis plus “une personne harcelée”. Je suis Matthieu!» détaille le jeune homme.

​Face à une multitude de témoignages «qui abondaient» dans son sens, le jeune homme réalise que «beaucoup de gens ont besoin d’en parler». Et la question du choix entre «se lancer à écrire et essayer d’oublier» ne se posait plus. Il devait écrire, «pour faire comprendre ce que c’est le harcèlement à travers des livres».

Pourtant, le chemin n’était pas facile.

«Quand je disais aux professeurs que j’avais des soucis avec certains élèves, ils me disaient “ça va passer, Matthieu, ne t’inquiète pas, ça n’a rien de méchant”. Je me suis demandé s’ils connaissaient le harcèlement scolaire», relate Matthieu.

Ce phénomène peut pourtant mener à des dénouements tragiques: un quart des adolescents harcelés ont pensé au suicide. Heureusement, il existe désormais des formations assez pointues pour lutter contre ce fléau.

«Les professeurs font semblant de ne pas voir»

Le harcèlement scolaire n’est pas un problème franco-français. À tel point que les organisations internationales luttent contre ce mal à leur échelle. En fer de lance, l’Unicef mène une veille et un travail «pédagogique» sur la question. Mais, «sur le terrain», la mise en application est parfois plus difficile.

«Je pense que les professeurs font semblant de ne pas voir pour ne pas perdre leur place. La plupart des témoignages que je reçois de la part d’élèves confirment que souvent les professeurs ne disent rien. C’est peut-être pour ne pas “inquiéter” la hiérarchie d’un établissement dont la réputation est en jeu», dévoile Matthieu Meriot.

Le jeune homme appelle, néanmoins, à «ne pas mettre tout le monde dans le même panier», puisque «certains professeurs luttent» contre ce mal à l’école et «s’impliquent beaucoup».

Se lancer dans ce qu’on aime, «en liberté»

Selon Matthieu Meriot: «Aujourd’hui, il n’y a qu’une solution pour sortir du harcèlement scolaire. C’est la parole.» Et il propose de prendre exemple sur sa démarche personnelle.

«J’ai aussi souvent conseillé d’écrire. Et les réseaux sociaux peuvent aider aussi», souligne le jeune homme.

Il a débuté sa carrière d’écrivain en publiant en 2018 Un enfer scolaire, un livre qu’il décrit lui-même comme un «témoignage timide». Mais le sujet touche les lecteurs. Matthieu Meriot reçoit beaucoup de retours. Ce soutien le pousse à sortir en mai 2020 un nouvel ouvrage: Parle, que l’auteur qualifie de «témoignage beaucoup plus important et beaucoup plus dur à lire, qui va loin dans les détails». «Ça vous entraînera au centre de la spirale du harcèlement scolaire», promet Matthieu.

Tous ces ouvrages sont publiés en autoédition. Malgré la période délicate traversée par le secteur du livre, ils se sont vendus à quelque trois mille exemplaires.

«Ça marche très bien. Je suis content. Dans l’autoédition, on est libre. On ne nous dit pas comment faire, on ne change pas nos phrases. On a moins de visibilité, mais plus de liberté», se réjouit Matthieu Meriot.

La liberté, ça s’apprend. Parfois, une rencontre donne un coup de pouce pour un envol. Pour Matthieu, ce coup de pouce est venue d’une interview de la violoniste Lindsey Stirling où elle faisait part des difficultés qu’elle a rencontrées pour faire démarrer sa carrière et des milliards de vues qu’elle recueille désormais sur sa chaîne YouTube.

«Je me suis dit: “Elle fait ce qu’elle aime.” Est-ce que je peux faire la même chose, en autoédition? Cette artiste m’a montré la voie, permis de comprendre de quoi je suis capable. En liberté», confie Matthieu Meriot.

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Tags:
victimes, France, école, harcèlement
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