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Alors que les boîtes de nuit sont fermées depuis mi-mars 2020 et que les perspectives de réouvertures s’éloignent, Patrick Malvaës, président du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs (SNDLL), propose de les réquisitionner afin de les transformer en centres de vaccination. Pour un gérant, ce «mélange des genres» est problématique.

«Vous imaginez aller vous faire vacciner dans une discothèque, qui est un lieu festif? On apporterait peu de crédit au vaccin.»

Morgan Dalle, propriétaire d’une discothèque, L’Antique Café, dans le nord la France, n’envisage pas un seul instant ce scénario.

C’est pourtant l’idée défendue par Patrick Malvaës, président du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs (SNDLL). Dans un communiqué publié le 25 janvier, le syndicaliste propose de mettre à disposition les 1.600 établissements de métropole et d’outre-mer afin de les «transformer en centre de vaccination d’urgence pour toute la population

Réquisition des boîtes de nuit par les pouvoirs publics?

Sur LCI le président du SNDLL a indiqué qu’en moins de 48 heures, 723 gérants avaient répondu favorablement à cette initiative. Selon lui, ces lieux nocturnes ont l’avantage de représenter «un maillage important», «y compris dans les zones reculées, ça ne concerne pas que les villes.»

«Aucun autre commerce n’est aussi bien adapté à l’accueil d’un public avec distanciation et règles de sécurité. […] Une telle réquisition nationale paraît tout à fait naturelle», a fait valoir Patrick Malvaës dans son communiqué.

Comme le syndicaliste l’explique, l’objectif est «de tout mettre en œuvre au service de la santé publique et au-delà de la reprise de l’activité de tous les établissements au plus tard à l’été 2021.» Il y a urgence. Selon les chiffres du SNDLL, au 20 janvier, «plus de 100 liquidations et 300 procédures de redressement ou décision de fermeture» étaient à déplorer. En entretien avec Sputnik, Morgan Dalle reconnaît sans ambages ces difficultés: son associé et lui-même ont dû trouver une nouvelle activité professionnelle afin de «renflouer les caisses». D’autant plus que les aides permettent «tout juste de sortir le bout de la tête de l’eau», précise le gérant.

Ne pas être associé à la campagne vaccinale

Néanmoins, de là à se transformer en vaccinodrome? Hors de question, pour le patron de L’Antique Café. S’il partage effectivement l’envie «d’aider [ses] compatriotes» et «d’aider dans la lutte contre l’épidémie», il estime que ce «n’est pas une bonne pub pour nos établissements».

«Je ne peux pas prendre la responsabilité de faire la promotion d’un vaccin et de le faire injecter dans mon établissement. Mon rôle premier est de faire du commerce et non pas du sanitaire. À supposer qu’il y ait un couac avec un client à cause d’éventuels effets du vaccin, la réputation de l’établissement pourrait être détruite», argue le patron de L’Antique Café.

Au-delà d’une responsabilité morale qu’il ne souhaite pas engager, Morgan Dalle souligne que le «mélange des genres» est problématique: «on ne peut pas passer du milieu festif au sanitaire comme cela.» Or, comme il l’indique, d’autres structures sont «beaucoup plus légitimes» pour réaliser ce genre d’opération, telles que les hôpitaux et les cliniques privées.

En outre, Morgan Dalle craint qu’en permettant aux discothèques de devenir des lieux de vaccination, «on se substituerait au système médical actuel en mettant un pansement sur tous les maux du personnel soignant». Pis encore, «on masquerait les choses en légitimant d’une certaine manière le couac de la campagne vaccinale du gouvernement

Avec un démarrage pour le moins poussif, la France reste loin derrière de nombreux pays en termes de vaccination. Selon les chiffres compilés par Our World in Data, cités par Le Figaro, les Britanniques ont déjà vacciné 6,82 millions de personnes, contre 1,63 million pour l’Allemagne, 1,58 millions pour l’Italie ou 1,17 million pour l’Espagne. Quant à la France, ce sont 1,02 million de personnes qui ont reçu leur première injection.

Reste désormais à savoir si le gouvernement décidera d’accepter la proposition du président du SNDLL afin de donner un nouveau coup d’accélérateur à sa campagne de vaccination.

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Tags:
vaccination, Syndicat National des Discothèques et Lieux de Loisirs (SNDLL), discothèque
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