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Le compte à rebours est lancé. Cette semaine, et pour quatre mois, débute le «Beauvau de la sécurité», grand débat décidé par Emmanuel Macron en novembre et organisé par le ministère de l’Intérieur sous la houlette de Jean Castex. L’objectif? Réformer la police entachée par une série d’affaires et rétablir le lien avec la population.

Des policiers «au plus près du terrain et des populations». C’est le vœu formulé par le Premier ministre ce 1er février, lors de son discours inaugural du «Beauvau de la sécurité». Cette initiative du Président de la République répond à la demande des syndicats et fait suite à différentes affaires qui ont mis en lumière les limites d’une institution affaiblie par le manque de moyens, de formation et de confiance. Une partie des Français dénonçait ainsi des «violences policières» à répétition.

Dans les rangs, les syndicats se veulent optimistes malgré les difficultés. Joint par la rédaction, Olivier Hourcau, délégué général adjoint d’Alliance Police, voit dans cette série de concertations l’occasion inespérée de faire entendre la voix des gardiens de la paix en cette période de crise.

«En réalité, la majorité des citoyens est satisfaite du travail des forces de l’ordre et se sent protégée. C’est une poignée de militants, voire d’élus, qui stigmatisent l’action des policiers. Le lien de confiance existe encore et il faut le dire», estime-t-il au micro de Sputnik.

L’affaire Zecler –du nom du producteur de musique dont le matraquage par plusieurs agents avait été filmé et rendu public le 26 novembre dernier– et les différentes manifestations contre l’article 24 de la loi de sécurité globale –visant à encadrer la prise d’images des forces de l’ordre durant leur service– sont les derniers épisodes ayant contribué à créer un climat particulièrement hostile à l’égard de la police.

 Pour couronner le tout et exacerber les tensions entre la société civile et les agents, le chef de l’État avait lui-même reconnu l’existence systématique de contrôles au faciès, s’attirant les foudres des syndicats.

Pour Olivier Hourceau comme pour son syndicat, la réécriture de l’article 24, qui avait été demandée par les représentants des policiers, est un véritable désaveu et devra être remise sur la table lors des débats.

«Est-il normal aujourd’hui qu’un policier soit jeté en pâture sur les réseaux sociaux, que sa famille puisse être menacée, que son nom circule partout? Il faut une protection entière de la fonction et à l’heure actuelle, il n’y a pas d’alternative à cette loi», insiste le syndicaliste.

En pleine controverse liée à cette proposition de loi et aux faits de violences, répondant à une lettre ouverte d’Yves Lefebvre, le secrétaire général d’Unité SGP-FO, Emmanuel Macron avait alors promis la tenue, en début d’année, d’un sommet consacré à l’institution policière. Le chef de l’État a déjà assuré qu’il y participerait.

Un vaste chantier

Quasi scolaire, le programme communiqué par le ministère de l’Intérieur s’articule autour de huit tables rondes thématiques devant se tenir tous les 15 jours, chacune filmée et retranscrite en direct pour une transparence totale. Le premier des axes développés est justement le lien police/population. Suivent l’encadrement, la formation, les relations avec l’institution judiciaire, la captation vidéo (avec le très discuté article 24), le contrôle interne et, enfin, les conditions matérielles. Des sujets qui font écho aux «sept péchés capitaux de la police» qui minent la fonction évoqués par Gérald Darmanin au moment de présenter ses propositions de réforme. De ces mesures, le syndicat Alliance Police aimerait voir émerger une réelle «transparence de la justice», explique Olivier Hourceau, mais aussi des conditions de travail décentes.

«Nos revendications sont celles du terrain. Aujourd’hui, il y a plusieurs chantiers annoncés, notamment l’encadrement, la formation qui a été diminuée, la relation police/population qui est la première thématique… Sans oublier toutes les tâches périphériques qui ont tendance à être négligées, ou encore les moyens de défense pour lesquels certains agents ne sont plus habilités et mis en insécurité.»

Ces chantiers seront développés jusqu’à mai par différents intervenants, chacun avec leur expertise particulière. Parmi eux figurent notamment Jérôme Fourquet, directeur du pôle «Opinion» de l’IFOP; le garde des Sceaux, Éric Dupont-Moretti; mais aussi l’avocat et académicien François Sureau ou encore Claude Onesta, ancien sélectionneur de l’équipe de France de handball –qui évoquera la question de l’encadrement. S’ajouteront Claire Hédon, défenseur des droits de l’Homme et ancienne présidente d’ATD Quart-Monde, ainsi que quelques universitaires et plusieurs PDG –notamment ceux d’Axa, Facebook France, Dassault ou La Poste.

Alliance avait d’abord refusé d’y participer, réclamant des garanties précises –comme des peines minimales en cas d’agression de policiers, gendarmes ou pompiers, ainsi qu’une meilleure prise en charge sociale (gratuité des transports publics, subvention de mutuelle…)–, ce que le ministre de l’Intérieur a fini par accepter. Olivier Hourcau rappelle qu’il y avait «beaucoup d’incertitudes à clarifier» et que la situation des forces de l’ordre nécessitait «ces améliorations essentielles» avant d’être débattue.

Verbiage inutile ou transformation profonde?

Et si les débats et conférences n’ont lieu qu’à partir du 8 février, certaines critiques sont déjà émises, notamment sur les résultats concrets qu’apporteront ces discussions. Certains, dont le syndicat Alliance, redoutent un coup de communication aux intentions électoralistes. Tout en affirmant veiller à ce que ce débat ne se transforme pas en gigantesque campagne politique dont les représentants de police seraient les idiots utiles, le délégué général adjoint d’Alliance veut croire «que les débouchés seront à la hauteur du contenu» de ce sommet.

«On espère que les réunions ne seront pas là pour servir de vase électoral ni de tremplin pour certains politiques. Si ces réformes aboutissent, avec une application dès 2022, c’est formidable», affirme Olivier Hourceau.

D’autres, comme le chercheur au CNRS Sebastian Roché, spécialiste des questions de la relation police-population, déplorent le manque d’éclectisme parmi les invités qui participeront à cette concertation. «Hormis Claire Hédon, il n’y a pas de personnalité morale avec une réflexion de longue date sur la police. L’idée semble de dire qu’elle peut être gérée comme une entreprise», regrette-t-il dans les colonnes du Figaro. Une bien ancienne entreprise qui traverse une crise sans précédent et dont la main-d’œuvre joue son dernier atout?

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Tags:
Emmanuel Macron, sécurité nationale, syndicats, police
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