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Le Danemark annonce la mise en place du passeport vaccinal. Face à la réticence de certaines populations à se voir imposer le vaccin, les gouvernements européens marchent sur des œufs. Pourtant, en France, l’idée trotte toujours dans la tête des dirigeants. Une solution qui pourrait s’imposer sans passer par la force ni la loi.

Le «passeport corona» débarque au pays de la Petite Sirène! À terme, ce document numérique devrait permettre aux Danois de reprendre le cours normal de leur vie dans les trois ou quatre mois. Dans l’immédiat, ce passeport n’est exigé que pour les voyages d’affaires. Mais il est envisagé que les personnes dûment vaccinées, l’attestation en faisant foi, échapperont aux restrictions sanitaires. Le sésame leur permettra de voyager, de dîner au restaurant, d'aller à des concerts…

L’idée fait son chemin sur le continent européen. L’Islande, membre de l’espace Schengen, a été le premier pays sur la planète à délivrer de tels passeports le 21 janvier. La Grèce, la Hongrie, la Roumanie et Chypre pourraient franchir le pas.

Fin janvier, les États membres de l'Union européenne ont décidé de… ne rien décider pour l’instant. Tout en souhaitant harmoniser au niveau européen des «certificats de vaccination contre le Covid-19». Des preuves de vaccination «à des fins médicales». Pour le moment. Mais l’extension de cet usage pourrait faire miroiter aux yeux des populations une sortie de crise plus rapide. Et donc le retour à la normale tant espéré. En France, Emmanuel Macron appelait le 22 janvier à ce que ce sujet soit traité avec «une grande prudence».

Changement de stratégie au sommet de l’État?

Cinq jours plus tôt, le secrétaire d'État chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, estimait sur France Info «très prématurée» la généralisation d’un certificat d’immunité au niveau européen. Sans pour autant l’écarter définitivement: «Quand l'accès au vaccin sera généralisé, ce sera un sujet différent.» Le gouvernement a-t-il changé son fusil d’épaule, optant pour la tactique des petits pas afin d’éviter l’épreuve de force?

En décembre 2020, un texte visant à pérenniser l’état d’urgence sanitaire atterrissait à l’Assemblée nationale en procédure accélérée. Le texte comportait une mention laissant supposer la légalisation d’un passeport vaccinal. Sur Sputnik, René Boustany et Thibault Mercier du Cercle Droit et Liberté avaient fait part de leur inquiétude devant ce «passage en force». Une fois la loi passée, le Premier ministre aurait pu «subordonner les déplacements de personnes» et «l'exercice de certaines activités» à la preuve de «l'administration d'un vaccin». Face au tollé suscité par son initiative, l’exécutif avait reculé. Le ministre de la Santé avait dû se rendre sur TF1 pour éteindre à la polémique.

«Ce texte n’a pas du tout vocation à envisager la vaccination obligatoire contre le coronavirus, avait voulu rassurer Olivier Véran. Le gouvernement ne le proposera pas devant le Parlement avant plusieurs mois, pas avant d’être sorti de la crise.»

Dans la foulée, le Président de la République précisait sur Twitter que la vaccination ne serait pas obligatoire. Une sémantique efficace qui laisse à l’exécutif les coudées franches. Ne pas rendre la vaccination obligatoire n’exclut pas, en soi, la mise en place d’un passeport vaccinal. Aucun gouvernement n’aura peut-être d’ailleurs à aller jusqu’à imposer ce passeport vaccinal. La société pourrait s’en charger elle-même.

La tyrannie des modes de vie

Les commerces à l’arrêt depuis plusieurs mois veulent relancer leurs activités au plus vite. Ils pourraient voir dans le passeport vaccinal la voie royale pour une sortie de crise. D’autant plus devant la menace d’un retour de mesures plus drastiques liées à l’évolution de l’épidémie. De même, l’envie pressante de retourner à une vie normale pourrait conduire de nombreux Français opposés au vaccin à se retrousser les manches pour accepter la fameuse piqûre.

Un récent sondage OpinionWay-Square publié par Les Échos traduisait la résignation des Français face à l’éventualité d’un nouveau confinement. Une mesure jugée alors probable. Une étude Odoxa Backbone Consulting réalisée pour Le Figaro et France Info révélait, de son côté, qu’une faible minorité (14%) accepterait de nouveau les restrictions. Face à cette exaspération de fond et au désir de sortir vite de la pandémie, la généralisation d’un passeport vaccinal pourrait finir par séduire la population. Un sondage de l'institut Ifop publié par Le Parisien, le dimanche 17 janvier, a indiqué que 62% des Français y étaient favorables pour les passagers prenant l'avion à destination de l’étranger. Plus largement, le refus des Français à aller se faire vacciner commencerait à s’atténuer. Une «décrispation vaccinale», 54% d’entre eux serait prêt à recevoir leur première piqûre.

Dans son ouvrage La Tyrannie des modes de vie (éd. Le Bord de l’eau), le philosophe Mark Hunyadi évoque le despotisme de certains modes de vie. Ceux-ci, hors de contrôle, finissent par devenir des contraintes impérieuses tout en laissant intacte l’idée d’individus autonomes et libres dans leur choix. Refuser, par exemple, de s’intégrer à un monde technologique en devenir n’est pas interdit légalement. Ce rejet supprime, néanmoins, toute possibilité de mener une vie pleine et entière. Ainsi, il est possible, en théorie, de refuser l’usage du téléphone portable. En réalité, un tel choix vous exclut du monde du travail, par exemple. En sera-t-il ainsi demain du passeport vaccinal? La question reste ouverte.

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vaccin, passeport, Covid-19
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