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La rumeur d’une candidature d’Éric Zemmour à la Présidentielle se fait des plus insistantes. Une nouvelle enquête indique que le polémiste s’y préparerait dans l’ombre, aidé par des soutiens comme Robert Ménard. Rien n’est joué, affirment toutefois à Sputnik le maire de Béziers ainsi que Geoffroy Lejeune, rédacteur en chef de Valeurs actuelles.

Le polémiste se tient prêt, «il réfléchit». C’est en tout cas ce qu’affirment ses proches depuis plusieurs mois, selon une enquête sur les intentions cachées d’Éric Zemmour. Publiée par L’Express, cette longue investigation met en lumière les velléités présidentielles d’Éric Zemmour et de son entourage.

Logo du parti Les Républicains
© AFP 2021 BERTRAND GUAY

Des projets d’entrée en politique qui ne datent d’ailleurs pas d’hier, chapeautés par ses amis, qui ont tout tenté pour le pousser en politique, révèle l’hebdomadaire. Patrick Buisson (ancien conseiller de Nicolas Sarkozy), Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen avaient en vain essayé de le rallier à leurs projets, jusque-là principalement pour des scrutins européens. Aujourd’hui, les choses semblent avoir changé, confient ses proches, et le journaliste se montre de plus en plus intéressé par la perspective d’une candidature à la magistrature suprême.

Son entourage le pousse à se présenter

Une personne parmi d’autres encouragerait Éric Zemmour à s’engager dans la course: Robert Ménard. L’élu biterrois a évoqué à maintes reprises sa conviction que Marine Le Pen ne pourrait faire triompher la droite en cas de nouveau duel face à Macron. Au micro de Sputnik, le 25 janvier, il affirmait déjà s’atteler à trouver une figure providentielle, sans toutefois citer de nom. Ce 9 février, il revient préciser sa pensée:

«[Éric Zemmour, ndlr] n’exclut plus la possibilité de se présenter, mais il n’est pas encore décidé totalement, affirme Robert Ménard. Ce n’est pas à moi de le faire à sa place, même si nous nous parlons souvent. Nous sommes amis, nous avons une estime commune et, surtout, je considère qu’il est, de loin, le plus brillant d’entre nous.»

Le maire de Béziers reste pourtant lucide. «Ses qualités suffisent-elles à en faire un homme politique? C’est une autre question», tempère-t-il. Selon lui, il faudrait, pour ce faire, qu’il en ait «la volonté», «les moyens» et surtout que les Français «le perçoivent comme tel et non uniquement comme un débatteur de talent.»

Robert Ménard
© AFP 2021 PASCAL GUYOT
Rober Ménard, maire de Béziers

Le 27 janvier dernier, tandis qu’un nouveau sondage IFOP-Fiducial donnait la candidate RN au coude à coude avec le Président sortant en cas de second tour entre les deux personnalités, Robert Ménard se montrait nuancé sur les chances de Marine Le Pen dans les colonnes du Parisien. «Je ne donnais pas cher de sa peau. Mais je dois admettre qu’elle rejoue les premiers rôles, elle fait preuve d’une certaine résilience», avait-il ainsi reconnu. Il nous confie pourtant rester sceptique au sujet de sa capacité à rassembler une majorité de Français, «d’autant que pour l’instant, aucune alliance n’est possible».

Zemmour, une personnalité trop clivante?

Pour l’heure, les sondages susceptibles de renseigner sur les chances réelles d’Éric Zemmour sont rares. La dernière étude en date, réalisée par l’IFOP en 2015, soit un an après la sortie du Suicide français, créditait l’essayiste de 12% d’intentions de vote. À titre de comparaison, le général de Villiers voyait en novembre dernier son potentiel électoral évalué à plus de 20%, selon le même institut. Or, si Pierre de Villiers et Éric Zemmour partagent certaines idées et certains supporters, ni l’un ni l’autre n’ont pour l’instant confirmé les rumeurs de leur candidature en 2022.

Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, est l’auteur d’un roman d’anticipation paru en 2016 aux Éditions Ring, intitulé Une élection ordinaire. Dans cette politique-fiction, l’auteur imagine le journaliste du Figaro, enhardi par les encouragements de Patrick Buisson, se présenter à la Présidentielle et finir par la remporter. S’il veut rappeler que l’exercice littéraire relevait de la «pure fantaisie» et que Zemmour représentait selon lui, à l’époque, la figure indépendante capable de faire la synthèse entre les Républicains et le FN, Geoffroy Lejeune observe avec amusement la prophétie se réaliser et les commentateurs s’emballer.

«Ma thèse était que le succès de Zemmour disait quelque chose du vide à droite et de son impasse électorale. Le postulat était que le FN n’y arriverait pas et que la droite n’y arriverait plus. Il fallait donc une synthèse idéologique, laquelle était bien incarnée par Zemmour à l’époque. L’intérêt étant qu’il ne venait pas de la politique, mais l’incarnait médiatiquement, comme quelque chose entre Coluche et Trump. Après, l’écriture de ce livre était seulement un exercice amusant, rien de plus.»

Les couvertures de Valeurs actuelles sorties dans la foulée, du type «Zemmour Président», n’avaient d’autre but que de servir la fiction; une sorte de promotion de son livre, assure Geoffroy Lejeune. Un «diagnostic électoral plutôt qu’un souhait personnel», mais «aujourd’hui, la question se pose sérieusement», observe-t-il.

French journalist Geoffroy Lejeune poses during a photo session in Paris on September 28, 2020. (Photo by JOEL SAGET / AFP)
JOEL SAGET
Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction de Valeurs actuelles

Pourtant, pas plus qu’il y a cinq ans, un tel scénario ne s’impose comme une évidence. En cause, la popularité d’Éric Zemmour dépasserait difficilement les rangs de la droite et la question de sa capacité à ratisser plus large que Marine Le Pen se pose. Ainsi, une partie des médias le boycottent catégoriquement depuis ses condamnations et certaines prises de parole jugées «haineuses». S’y ajoutent certains annonceurs qui refusent de diffuser leurs publicités lors des émissions où il officie. Le rédacteur en chef de «Valeurs» reconnaît que l’auteur de Destin français est plus sulfureux qu’il y a quatre ans: «Il décrit quelque chose de plus en plus violent, donc son propos est de plus en plus violent.»

Malgré tout, les ventes de ses livres et les audiences de ses émissions (ils sont 800.000 à le regarder chaque soir sur CNews) témoignent également d’une adhésion solide. Les citoyens plébisciteraient même majoritairement son discours, à en croire le fondateur de Reporters sans frontières.

«Les idées qui sont les nôtres sur l’islam, l’immigration, l’autorité, l’école, les magistrats, la presse […] Sur autant de domaines, ces idées sont majoritaires chez les Français, les sondages le disent. Pour autant, nous n’arrivons pas encore à les rendre majoritaires au scrutin, car il manque la personne pour les incarner aux yeux des Français», déplore Robert Ménard.

Le problème ne serait donc pas l’approbation, mais davantage l’incarnation. Ainsi, peut-être, qu’une possible scission des électeurs?

Un obstacle nommé Marine Le Pen

Il n’est donc pas dit qu’une éventuelle candidature d’Éric Zemmour soit plus fédératrice que celle de Marine Le Pen: «il faudrait le demander aux Français avec un nouveau sondage», suggère Robert Ménard. Il est revanche plus que probable qu’elle se heurte aux ambitions de la présidente du RN. Une double candidature à la droite de la droite ne risque-t-elle pas de diviser le camp national et de l’affaiblir? «Il ne faut pas que la candidature d’Éric soit un handicap pour Marine Le Pen, mais au contraire un atout et qu’il y ait un réservoir de voix des deux côtés», prévient Robert Ménard, qui rappelle au passage qu’il y a deux tours et qu’au second, les voix de l’un serviraient à l’autre et inversement. Cela reste néanmoins un pari reconnaît-il, et «c’est la raison pour laquelle aucune décision n’est arrêtée aujourd’hui.»
Pour Geoffroy Lejeune, Zemmour a, paradoxalement, une capacité à rassembler supérieure à celle de Marine Le Pen.

«Pour une raison que je m’explique difficilement, malgré un discours plus radical que celui du Rassemblement national, il a une propension moindre à susciter un barrage républicain», avoue le journaliste.

Il rappelle aussi que la fille de Jean-Marie Le Pen a toujours refusé les alliances et fait cavalier seul. «Ou alors il fallait que le candidat s’inféode à elle, comme Dupont-Aignan en 2017». Elle considèrerait même être la candidate la plus légitime, quand bien même une figure plus rassembleuse émergerait, observe Geoffroy Lejeune. «Sur le papier, ce sont deux candidatures assez proches pour ne pas s’entredévorer, mais c’est une information qui pourrait rebattre sérieusement les cartes et c’est d’ailleurs une bonne chose, car sinon le scénario est déjà écrit», estime le journaliste.

Si les candidatures peuvent donc converger et même produire un effet rassembleur, certains ont renoncé à l’idée de voir émerger un porte-étendard dans le sillage de la présidente du RN. C’est notamment le cas de celui qui murmurait à l’oreille de Zemmour en amont des dernières élections européennes. Désormais las de toute illusion, révèle l’article de L’Express, Patrick Buisson en est convaincu: «rien ne peut pousser à l’ombre de Marine Le Pen».

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Tags:
Rassemblement national (RN), droite, Présidentielle française 2022, Eric Zemmour
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