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Les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la Chine ont développé un vaccin contre le Covid-19. Mais en France, Sanofi prend du retard et l’Institut Pasteur abandonne son vaccin le plus prometteur. Pour le Désordre mondial, Loïk Le Floch-Prigent, ancien grand patron français, décrypte les raisons de cet échec.

Est-ce un signe des temps ou simplement de la malchance? L’Institut Pasteur, baptisé du nom de celui qui fut le premier au monde à découvrir le principe même de la vaccination, a abandonné les recherches sur son vaccin contre le Covid-19.

Et Sanofi, multinationale fondée en France et dont le siège est toujours français, a également annoncé du retard sur le développement de son propre vaccin contre le Covid. Il pourra peut-être être diffusé fin 2021, alors même que ceux de plusieurs de ses concurrents sont déjà sur le marché. C’est un double coup dur pour la France.

Mais quelle conclusion peut-on en tirer? Est-ce un signe que la compétitivité de la France dans le domaine de l’innovation scientifique ou industrielle est en berne? Y a-t-il des facteurs structurels, systémiques, intrinsèquement problématiques, qui ont conduit à ces revers?

De quoi ces échecs sont-ils le nom? Loïk Le Floch-Prigent, ancien patron de Rhône-Poulenc, d’Elf Aquitaine, et ancien président de Gaz de France et de la SNCF, réagit à l’échec français dans le domaine de la vaccination contre le Covid:

«Aujourd’hui, ce sont les financiers qui sont à la tête des entreprises pharmaceutiques et donc ils regardent uniquement le cours de bourse. Lorsque les entreprises qui au contraire ont des techniciens à leur tête –AstraZeneca et Moderna– elles sont bonnes, et Pfizer également. C’est une génération de financiers qui ont essayé de faire de la pharmacie en regardant uniquement le résultat, alors que le premier sujet, c’est la population et est-ce qu’on est capable de faire en sorte que la population ait les médicaments et le vaccin?»

Mais comment la France est-elle arrivée là? L’ancien grand patron français estime que c’est le symptôme d’un mal profond:

«La France était un pays industriel qui avait le goût du risque et qui avait la capacité de mettre en compétitivité son industrie. C’est ça son originalité. Alors maintenant, quelle est sa réserve de compétitivité aujourd’hui? On a d’une part une éducation nationale qui devrait donner des gens avec un sens critique […]
On avait une énergie électrique pas chère parce qu’on avait le nucléaire. Et on avait un crédit impôt-recherche qui permettait aux entreprises de faire des recherches et en plus de financer la recherche publique dans d’autres conditions. On est en train de foutre en l’air ces trois points.»

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