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D’après une étude de Malakoff Humanis, seul un salarié français sur trois était en télétravail en décembre 2020. Pendant que l’État alterne appels à la responsabilité sanitaire et mesures de contrôle, les managers cherchent des moyens et des outils pour motiver les équipes éclatées.

À chacune de ses apparitions télévisées, Jean Castex insiste sur la nécessité du télétravail. Le Premier ministre met dans la balance un troisième confinement. Mais, à la longue, les salariés semblent se détourner de ce mode de travail: selon le baromètre de Malakoff Humanis, le nombre de salariés en distanciel est revenu au même niveau qu’avant le Covid-19.

D’après l’étude, seul un salarié sur trois (31%) œuvrait encore de chez lui en décembre 2020. Face à cette érosion, le ton durcit à tous les échelons. La direction générale des collectivités locales incite les employeurs territoriaux à renforcer le dispositif. Et les inspecteurs du travail vont «faire le point» sur sa mise en place dans toutes les entreprises françaises de plus de mille salariés.  

Au micro de Sputnik, Caroline Cuny, professeur à Grenoble École de management, voit «des opportunités dans le télétravail». Mais, selon elle, sa généralisation passe par certaines conditions.

Travaille-t-on plus sans s’en rendre compte?

Pendant le premier confinement, l’école de Caroline Cuny a planché sur le télétravail. Menée «dans un contexte spécifique», l’étude a démontré que «presque la moitié des répondants» déclaraient exécuter plus d’heures qu’habituellement.

Une des hypothèses avancées par Caroline Cuny est rationnelle puisque, en l’absence du trajet matinal, on peut «s’y mettre plus vite et, par conséquent, faire plus d’heures». Mais il y a aussi une seconde explication, liée à un réflexe de solidarité.

«On est tous conscients qu’on peut s’attendre à une dégradation du bilan économique. Les gens se sont motivés pour assurer. Sachant en plus que, en France, le télétravail n’était pas encore considéré positivement…» assure Caroline Cuny.

L’enseignante n’est pas certaine que la désaffection qui frappe le télétravail soit liée à une augmentation des efforts consentis par les salariés. Elle en trouve la preuve dans les questionnaires retournés: les sondés gardent «encore cette croyance qu’en télétravail on travaillait moins. Alors que, dans la réalité, on travaille plus!»

Le management à distance serait plus compliqué

Pour la Grenobloise, le management d’une équipe reste difficile à distance: «Parce qu’on a besoin de mieux structurer les choses.» L’impossibilité de «solliciter les collègues pour avancer sur un projet», oblige à anticiper les actions de coordination.

«La nouveauté est que, puisqu’on est passé au télétravail massif, de façon imposée et régulée, les entreprises ont assez bien équipé leurs employés en outils numériques », souligne Caroline Cuny.

Notre intervenante juge cette modernisation «positive et plutôt nouvelle, associée à la situation actuelle». Elle salue la mise en place d’outils de communication tels que «des réseaux sociaux internes et des réseaux sécurisés pour partager l’avancement des projets».

Préserver l’équipe

La start-up Welcome to the Jungle vient de publier une étude réalisée avec Ipsos: «Observatoire des rythmes de travail 2020». Cette enquête éclaire le tassement de la pratique du télétravail.

La préservation de l’«esprit d’équipe» reste la tâche «la plus difficile» pour Mme Cuny. Pour garder «un esprit sain» à l’intérieur d’un groupe de collaborateurs éparpillés, elle conseille de se poser la question suivante: «Comment augmenter le lien social?» Elle assure que ce lien «passe par des relations informelles».

«Tout le monde conseille de ne pas faire de télétravail à plein temps, pour préserver des moments où l’équipe se retrouve en chair et en os», précise Caroline Cuny.

Pour préserver une ambiance constructive et positive, il suffit de retrouver les habitudes d’«un petit signe, en passant devant quelqu’un». Pour Mme Cuny, un manager doit «sortir de temps en temps de sa bulle pour penser à ses équipes»: un SMS, un message «informel» ou une question simple peuvent parfois suffire.

«Ce qu’on fait naturellement quand on est sur place doit être pensé d’une manière structurée. Comme si on formalisait l’informel», explique Caroline Cuny.

Même si ces interactions «ne remplacent pas le lien qui associe les collaborateurs dans l’équipe», certaines personnes ont découvert les avantages du télétravail. Notre interlocutrice garde une pensée spéciale pour les personnes qui sont arrivées dans les entreprises pendant la période du confinement. Pour ces nouveaux embauchés, «il est difficile de comprendre comment l’entreprise fonctionne, quelles valeurs y sont associées». D’où des précautions à ne pas négliger:

«Si on peut garder les liens sociaux par ailleurs, ça peut rester. Avec un bémol: il faut avoir une certaine flexibilité, certains types d’arrangements et pouvoir discuter avec son manager. Si cela n’existe pas, ça nuit à la motivation et à l’engagement», conclut Caroline Cuny.

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Tags:
pandémie, Covid-19, télétravail
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