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Conséquences économiques du coronavirus (2020) (69)
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Le Parti socialiste a émis plusieurs propositions en faveur d’un revenu minimum pour les 18-25 ans. Devant le refus catégorique du gouvernement, les députés Hervé Saulignac et Marietta Karamanli s’indignent au micro de Sputnik du grand désarroi dans lequel se trouve une partie de la jeunesse.

«Il faut éteindre l’incendie qui affecte une bonne partie de la jeunesse», alerte au micro de Sputnik Hervé Saulignac. Le député PS de l’Ardèche redoute que les jeunes soient les grands sacrifiés de la crise économique et sociale qui s’annonce et entend y remédier.

Ce jeudi 18 février, le Parti socialiste s’est vu refuser par la majorité présidentielle une proposition de loi visant à créer un revenu minimum pour les 18-25 ans. «Il s’agissait de rendre le revenu de base accessible dès 18 ans, versé automatiquement et sans contrepartie. En complément, nous proposions de lancer une dotation de 5.000 euros en capital qui aurait pu être remise à partir de 18 ans. Nous suggérions de faire fusionner la prime d’activité et le RSA sous une prestation unifiée», nous explique Marietta Karamanli, députée PS de la Sarthe.

«Cette aide concernait les jeunes détachés du foyer fiscal de leurs parents (ou dont les parents n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins) et ceux qui n’ont pas d’activité rémunérée. Les personnes de moins de 25 ans qui travaillent et qui ont des ressources n’auraient pas été concernées», précise Hervé Saulignac, co-rapporteur du texte.

«Ce gouvernement est hypocrite et ne propose rien pour les jeunes. Notre proposition était entièrement financée et réaliste», déplore sa collègue du Parti socialiste.

«Trou dans la raquette» pour les 18-25 ans

Le Parti socialiste considère que les 18-25 ans sont les grands exclus du régime d’allocations dispensé par l’État. «Il n’y a pas de filet de sécurité pour cette tranche d’âge: c’est un trou dans la raquette des prestations sociales!», pointe Hervé Saulignac. La crise sanitaire a fait apparaître les difficultés criantes de certains jeunes à intégrer le circuit professionnel.

Pour y remédier, le gouvernement a tout misé sur l’aide à l’embauche et l’apprentissage, comme en témoigne le plan «1 jeune 1 solution» lancé en juillet dernier et doté d’un budget de 6,7 milliards d’euros. Depuis le 1er août 2020 et jusqu’au 31 mars 2021, une compensation de charges de 4.000 euros pour tout recrutement d’un jeune de moins de 26 ans a été créée. De même, une aide de 5.000 euros pour embaucher un alternant de moins de 18 ans (en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation) ou de 8.000 euros pour employer un alternant de plus de 18 ans a été lancée.

Enfin, pour favoriser l’insertion sur le marché de l’emploi, le plan «Garantie jeunes», créé par François Hollande en 2013, a été porté de 100.000 à 200.000 bénéficiaires. Celui-ci permet aux personnes de 16 à 26 ans en situation de précarité d’être accompagnées de manière intensive dans leur recherche d’emploi.

Résultat: plus d’un million d’embauches de septembre à décembre, peu ou prou autant que sur les mêmes périodes de 2019 et 2018. Un demi-million de contrats d’apprentissage ont été signés sur toute l’année dernière, ce qui représente un record absolu. Enfin, 600.000 jeunes ont intégré un parcours d’accompagnement.

Mais le bilan ne convainc pas franchement Hervé Saulignac:

«L’objectif du gouvernement est de 200.000 jeunes accompagnés dans le cadre du dispositif “Garantie jeunes”, mais celui-ci ne concerne que les personnes qui ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation. Or, je rappelle qu’il y a un million de jeunes dans cette situation en France! Quid des 800.000 qui restent? Par ailleurs, la Garantie jeunes est bornée à dix-huit mois seulement. Quel est le sens d’un accompagnement à l’issue duquel on explique aux individus qu’ils ne sont plus aidés?», s’émeut le parlementaire socialiste.

«Par principe, ce gouvernement considère qu’un jeune doit forcément en baver», poursuit le député de l’Ardèche. «Nous estimons à l’inverse que ceux qui sont en difficulté doivent bénéficier de la solidarité nationale», plaide-t-il.

«Convergence» entre LR et le PS?

Logo du parti Les Républicains
© AFP 2021 BERTRAND GUAY
«Les places “Garantie jeunes” ont montré leur utilité mais nous ne pouvons pas nous arrêter à cela», corrobore Marietta Karamanli. «Il faut booster la reprise économique par l’emploi jeunes. Ce n’est pas normal de voir des jeunes aller à la soupe populaire! Nous devons désormais organiser des collectes de denrées pour les apporter à l’université, c’est catastrophique», s’alarme l’élue de la Sarthe.

Reste que le plan proposé par le Parti socialiste, estimé à 20 milliards d’euros annuels par son porte-parole Boris Vallaud dans une interview donnée à 20 minutes, creuserait un peu plus une dette publique déjà colossale. L’État peut-il se permettre une dépense supplémentaire, sans garantie de retour sur investissement?

«La pauvreté coûte très cher à ce pays. Cette aide serait par conséquent un investissement pour permettre à la puissance publique d’éviter d’autres dépenses supplémentaires. La question est plutôt de savoir ce que cette subvention rapporterait à l’État!», réplique Hervé Saulignac.

Fait notable, la droite s’est à son tour emparée du combat contre la précarité de la jeunesse, via la proposition de mesures interventionnistes. Récemment, le secrétaire général des Républicains, Aurélien Pradié, suggérait la mise en place de «300.000 jobs pour la nation pour les 18-25 ans» et la création d’un «fonds national d’aide alimentaire» dans le cadre d’un grand «plan pauvreté» dont le coût avoisinerait les 11 milliards d’euros.

69% des Français «pessimistes pour l’avenir de ceux qui ont 20 ans»

Dans une interview accordée à L’Obs en décembre dernier, le numéro trois du parti allait jusqu’à imaginer un «revenu vital» de 715 euros que pourrait toucher «tout jeune Français, quelle que soit sa situation sociale» et «dès ses 18 ans». Une mesure en tous points semblable au revenu universel que proposait Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste en 2017. De là à imaginer une «convergence des luttes» entre LR et le PS sur la question sociale?

«Ce n’est pas une convergence partisane: c’est une prise de conscience des sujets que nous portons depuis très longtemps sur la jeunesse. Il faut laisser de côté le débat politicien et partisan pour s’occuper de notre jeunesse, qui représente le présent de notre pays!», défend Marietta Karamanli.

«Il y a une prise de conscience, y compris chez Les Républicains, de la grande difficulté dans laquelle s’inscrit une partie de la jeunesse en France», abonde Hervé Saulignac. «Il y a matière à trouver un compromis sur la nécessité d’aider les jeunes dans la crise sociale et économique qui s’annonce. La France est l’un des plus mauvais pays d’Europe s’agissant des politiques publiques pour la jeunesse.» «Depuis le début de la crise sanitaire, on entend parler des personnes âgées, des entreprises et de la reprise économique, mais jamais des jeunes!», assène sa collègue de la Sarthe.

Selon un sondage OpinionWay-Square rendu public le 16 février dernier, les deux tiers des Français jugent que l’exécutif ne prend «pas suffisamment en compte la situation des jeunes». Pis, pas moins de 69% des Français se montrent «pessimistes pour l’avenir de ceux qui ont 20 ans».

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Tags:
Aurélien Pradié, chômage, crise économique, Les Républicains (LR), Parti socialiste français (PS), Emmanuel Macron, jeunes, emploi
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