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À Paris, les choix en matière de mobilier urbain suivent une «ligne idéologique». Diversité et écologie sont les deux axes autour desquels Anne Hidalgo façonne «sa» capitale. Mais l’association Sites & Monuments refuse de laisser faire et persévère dans la défense de «l’unité architecturale» de la Ville lumière.

La révolution est assumée. Dès le lendemain des élections municipales, la mairie parisienne a décidé de renouveler le mobilier urbain «selon une ligne visuelle qui deviendra une signature de Paris». En attendant que le «manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne» soit dévoilé, vers la fin 2021, la ville a vu se développer des tendances esthétiques très éclectiques.

​​Depuis sa création, en 1901, la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France (SPPEF), plus connue sous le nom de Sites & Monuments, défend le patrimoine français. L’association est reconnue d'utilité publique. Elle regroupe plus d'un millier d’adhérents à travers la France, ainsi que quelque 150 associations locales.

«Il ne faut pas négliger ces petits patrimoines, puisque le mobilier urbain donne une cohérence à la ville», assure au micro de Sputnik Julien Lacaze, président de Sites & Monuments.  

«Une bonne part du mobilier parisien a été dessinée à l’époque de Napoléon III par l’architecte Gabriel Davioud. Ce vocabulaire architectural commun renforce l’unité de Paris», rappelle Julien Lacaze.

Bien entendu, au fil des siècles, cette ville, «homogène et horizontale» a été sujette à d’innombrables évolutions. À l’heure actuelle, le président de Sites & Monuments souligne qu’on remarque «de plus en plus de bâtiments en rupture architecturale avec l’unité haussmannienne» et le mobilier urbain suit la tendance.

«Il y a un foisonnement de modèles, on ne cherche plus d’unité. On remplace, par exemple, le banc traditionnel de Paris par trois petits champignons en résine blanc», détaille Julien Lacaze.

​En guise de sièges, des «poutres empilées les unes sur les autres» jonchent le parvis de l’Hôtel de Ville, lui-même «très classique». Ce recyclage de matériaux incarne un message politique aux yeux de notre interlocuteur.

Le mobilier urbain, un miroir «idéologique»

L’écologisme a incité au recyclage et à la récupération. Désormais, la capitale compte des «urinoirs sans chasse d’eau, coiffés de petites plantes pour lutter contre le réchauffement climatique».

«Le mobilier urbain n’est pas neutre. Le message politique actuel est celui de l’écologie, de la diversité, de la rupture. Nous, on défend le patrimoine et on n’est pas pour ce type de mobilier», souligne le président de Sites & Monuments.

​Sans vouloir critiquer le confort du mobilier «de récupération», ni sa dangerosité (dont la municipalité s’est rendu compte d’elle-même, ajoutant une signalétique de mise en garde sur les «poutres»), le défenseur du patrimoine ajoute que le mobilier actuel est aussi «anti-SDF».

«Sur les tabourets petits champignons, personne ne s’allongera jamais. C’est un peu paradoxal et assez incohérent [par rapport à l’orientation politique de gauche de la mairie, ndlr]», tacle Julien Lacaze.

Mais l’idéologie a un coût. Julien Lacaze lance un avertissement: «Paris est en train de se priver de son attractivité touristique, en démantelant progressivement tout ce qui fait sa physionomie.» Pour préserver l’harmonie urbaine, l’association insiste sur la «réédition des modèles» d’antan,  malgré le précédent inquiétant de certaines «rééditions mal faites». Par exemple, les kiosques.

Une histoire de goût. Or, c’est bien connu, les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Surtout à la mairie de Paris, regrette notre interlocuteur:

«Même si de nouvelles formes de mobilier urbain avec de nouvelles fonctions apparaissent –comme un parcmètre ou un abribus–, il faut les dessiner d’une façon sobre, fonctionnelle et architecturale. De mon point de vue totalement personnel, la mairie de Paris n’a aucun goût en matière de design. Et elle n’écoute pas beaucoup», conclut-il.

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Tags:
patrimoine culturel, architecture, urbanisme, Mairie de Paris, Paris
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