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Le COVID-19 en Europe (262)
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Certains scientifiques plaident pour éradication du virus via des restrictions sanitaires ultra-strictes. Faut-il s’inspirer de ce modèle, qui semble avoir fait ses preuves en Asie et en Océanie, quitte à sacrifier les libertés fondamentales? La généticienne Alexandra Henrion-Caude et l’avocat Thibault Mercier s’y opposent tout aussi radicalement.

Le gouvernement change-t-il son fusil d’épaule face au virus? L'annonce d'un confinement partiel pour deux week-ends de l’aire urbaine littorale des Alpes-Maritimes pourrait le confirmer. Alors que le département connaît le plus haut taux d’incidence de France (577 cas pour 100.000 habitants, contre 190 en moyenne dans le pays), la possibilité des confinements locaux s’entrouvre un peu plus. Une mesure bien modeste, comparée à la Nouvelle-Zélande, qui a confiné deux millions de personnes pour trois jours dans la ville d’Auckland le 15 février dernier suite à l’apparition de… trois cas de Covid-19.

La stratégie «zéro Covid» consiste ainsi à réduire à néant la circulation du coronavirus dans une région ou dans un pays grâce à des mesures ultra-strictes, prises dès que des cas apparaissent, combinées à un contrôle drastique des foyers d’infection (le fameux triptyque tester, tracer, isoler). Or, dans les pays qui pratiquent cette méthode, les résultats semblent probants: selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la Nouvelle-Zélande ne déplore que 1.980 cas et 26 morts depuis l’apparition du Covid-19, soit 0,54 mort pour 100.000 habitants. L’Australie enregistre quant à elle 28.900 cas et 909 décès (3,56 morts pour 100.000 habitants).

La généticienne Alexandra Henrion-Caude se montre toutefois très dubitative sur cette stratégie qui n’aurait selon elle «aucun fondement scientifique, médical ou historique».

«Ces pays repartiront de plain-pied dans l’épidémie dès lors qu’ils rouvriront leurs frontières. La stratégie “zéro Covid”, c’est reculer pour mieux sauter! C’est une illusion de traiter des populations comme si elles se trouvaient dans des tubes à essai», s’agace-t-elle au micro de Sputnik.

Plusieurs voix s’élèvent pourtant pour tenter de convaincre l’exécutif de la pertinence de cette solution radicale.

«Le confinement est l’équivalent d’un couvercle sur une casserole d’eau bouillante»

Dans une interview donnée au Journal du dimanche ce 21 février, Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la Santé, suggérait ainsi à Emmanuel Macron d’«affronter le virus pour l’éradiquer» en imposant un «confinement strict de quatre semaines pour écraser la courbe et reprendre le contrôle de l’épidémie.» Jusqu’à présent, le gouvernement suit la stratégie dite de «mitigation et d’aplatissement» de la courbe des infections imaginée par l’OMS, laquelle vise à limiter le taux de reproduction épidémique pour maintenir les services de réanimation des hôpitaux en dessous de leur seuil de saturation. L’autre stratégie serait donc celle de «l’élimination» du virus, sur le modèle asiatique.

Une méthode qui commence à faire des émules en Europe, à commencer par l’Allemagne, où un groupe de scientifiques reconnus a rédigé une étude baptisée «No Covid». Celle-ci enjoint le gouvernement à fermer les écoles et les commerces non essentiels, à généraliser le télétravail et à interdire de recevoir chez soi plus d’une personne extérieure à son propre foyer. Objectif: ramener le taux d’incidence sous la barre des 10 cas pour 100.000 habitants (contre 100 actuellement). Une aberration, à en croire Alexandra Henrion-Caude.

La généticienne se dit ainsi persuadée de l’inefficacité des mesures de confinement imposées par le gouvernement depuis le début de la crise, qui ne font selon elle que «retarder la progression du virus» sans pour autant la stopper définitivement. «Le confinement est l’équivalent d’un couvercle sur une casserole d’eau bouillante: cela finira forcément pas déborder!», métaphorise la scientifique.

Inutilité du confinement national?

Dans une tribune parue dans Le Monde le 15 février dernier, un collectif européen de scientifiques plaidait pour des «mesures préventives ciblées, rapides et cohérentes» avec l’instauration de «zones vertes» épargnées par le virus et qui pourraient par conséquent échapper aux restrictions sanitaires. Une initiative qui irait plutôt dans le bon sens, si l’on en croit l’avocat Thibault Mercier, qui avait piloté à l’automne dernier une pétition de juristes en faveur du déconfinement. Pour le cofondateur du Cercle Droit et Liberté, «le droit français permettrait tout à fait de confiner les personnes à risque sur le mode du volontariat ou les personnes déjà malades en les plaçant en quarantaine: à situation différente, on peut appliquer des mesures différenciées», explique-t-il.

«La contrepartie, c’est qu’il faudrait exclure du couvre-feu les régions où le virus ne circule pas. Les mesures localisées doivent pouvoir aussi être moins restrictives dans certains endroits. Pour cela, il faut laisser plus de pouvoir aux maires, aux régions et aux départements», plaide l’avocat au micro de Sputnik.

«Parler de confinement national, c’est oublier ce qu’est une infection, à savoir la rencontre d’un virus et d’un hôte. La meilleure preuve de cela est que l’état des cas Covid est extrêmement contrasté sur le sol français depuis le printemps dernier», corrobore Alexandra Henrion-Caude. Raison pour laquelle une mise sous cloche de tout le pays est pour la scientifique une aberration.

«L’idée que le confinement puisse être un recours systématique contre toute infection virale ou bactérienne est incompatible avec la vie humaine: ce sont des solutions de technocrates ou de chercheurs restés trop longtemps dans leur laboratoire, dont la compréhension de la vie se limiterait aux boîtes de Petri!»

«Au niveau local, on s’aperçoit que les confinements provoquent en réalité un phénomène de retardement de la propagation de l’infection: tôt ou tard, le virus finit par circuler dans les régions dans lesquelles il n’avait pas circulé», précise la généticienne.

Entre stratégie «zéro Covid» et maintien du «stop-and-go», alternant confinements et déconfinements à répétition, la question ne semble en tout cas pas entièrement tranchée au plus haut sommet de l’État.

«Les Français se rendent compte que les restrictions ne sont pas toujours utiles et que l’on peut tout à fait vivre avec le virus. La communication anxiogène et culpabilisante du gouvernement pose toutefois la question de l’acceptabilité des mesures qui leur sont imposées», conclut Thibault Mercier.
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Chine, Nouvelle-Zélande, couvre-feu, confinement, Alpes-Maritimes, Jean Castex, Emmanuel Macron, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19
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