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L’étude annuelle publiée par le Centre de recherches politiques de Sciences Po met en évidence la lassitude des Français vis-à-vis de la politique. Pourtant, la légère hausse de la méfiance envers les hommes politiques s’accompagne d’un réveil du militantisme. Paradoxal ou logique? Éléments de réponse avec deux spécialistes en sciences politiques.

L’état d’esprit des Français à l’égard de la chose publique s’est dégradé l’an dernier. L’aiguille du baromètre annuel de la confiance politique, publié par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), oscille autour de «variable».

Les Français plongent dans la lassitude (41% des cas) et la morosité (34% des cas, en hausse de 12 points par rapport à février 2020). Et si l’on cumule toutes les réactions négatives que la politique provoque chez les sondés –entre «méfiance», «dégoût» et «ennui»–, 77% des Français ont une vision délétère de cette sphère.

Claude Rochet, ancien haut fonctionnaire, professeur honoraire à l’université Aix-Marseille III, relève dans les résultats de l’enquête du CEVIPOF «certains paradoxes», puisqu’ils «se basent sur un rattachement des répondants à des appareils politiques discrédités

«Ce sont les résultats de très court terme. Dans les facteurs de défiance, il y a la gestion de la crise du Covid. Notamment un discrédit très fort du pouvoir médical, qui apparaît corrompu par la proximité avec des labos», analyse Claude Rochet.

Très critique envers les «médecins qui passent leur temps sur les plateaux télé», ce spécialiste des stratégies des politiques publiques trouve logique «qu’il n’y a plus aucune considération pour le personnel [politique, ndlr]

La stratégie de la peur

Un autre facteur «extrêmement traumatisant» pour les Français et qui rajoute des strates à la lassitude qu’ils expriment semble provenir d’une «stratégie de l’angoisse et de la soumission». Une approche déployée alors que la mortalité «a été plus faible en 2020 qu’en 2019» chez les moins de 65 ans, souligne Claude Rochet.

L’absence d’informations claires reste pour cet ancien haut fonctionnaire l’un des facteurs qui poussent les Français à suivre le mouvement général: «on ne sait pas quoi faire, mais on va se faire vacciner quand même.» Même si, d’après lui, les informations sur le vaccin sont aussi «tronquées».

«On a la trouille. Ça génère un sentiment d’impuissance. Au mieux, ça démoralise. Au pire, ça crée des problèmes de santé mentale», tacle-t-il.

Pour le professeur honoraire à l’université Aix-Marseille III, c’est chez les populations jeunes que la situation semble la plus préoccupante et il prédit «des pathologies psychiatriques qui vont sortir» de la crise sanitaire.

Le poids de la propagande

Le professeur pointe du doigt la «propagande» autour de la crise sanitaire, qui fait de la France un maillon faible: l’Hexagone y est présenté «comme un petit pays qui ne peut plus grand-chose». Il s’en prend plus particulièrement à France Inter, où l’on explique que «la France est en retard et que c’est un pays arriéré.» «À force de matraquer, ça fait de l’effet», précise Claude Rochet, qui rappelle que le phénomène d’«archipelisation» de la France, notion proposée par l’analyste politique Jérôme Fourquet, aggrave les scissions au sein de la population.

«On a l’archipel de l’oligarchie des cœurs de villes face aux classes populaires qui ont perdu leurs attaches territoriales. Et tout autour, vous avez la France périphérique, “de terroir”, attachée à ses traditions, mais non politisée. Tout cela a généré un sentiment d’impuissance et rend les gens dépressifs», explique Claude Rochet.

Et, d’après l’étude du CEVIPOF, sur ce fond de société éclatée, l’archipel de la famille reste un point d’ancrage des Français, avec 94% de confiance éprouvée.

Retour aux traditions?

De son côté, Dominique Andolfatto, chercheur en sciences politiques et spécialiste du syndicalisme, trouve que «les Français retournent à certaines racines.» Il observe une petite remontée de confiance dans les syndicats (32%, +5 points par rapport à l’étude de février 2020) et certains partis politiques.

«On se méfie des hommes politiques ou de toutes les formes d’expression citoyenne. Mais paradoxalement, les Français recommencent à militer. Dans une optique que peut-être à terme ça permettrait d’obtenir un changement», estime-t-il au micro de Sputnik.

Cette «très faible» remontée de confiance envers les syndicats qui est «passé de 1/5 e il y a un an à 1/3» est due, d’après M. Andolfatto à la proximité des syndicats avec les aspirations quotidiennes des Français, «le travail, le chômage partiel, les salaires».

Néanmoins, cette douce remontée reste loin derrière la confiance exprimée envers le personnel médical (85%), les hôpitaux (81%) ou la science (78%).

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Tags:
sondage, Français, politique, Sciences Po
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