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Les faits de menaces envers les maires et députés se multiplient. Et parfois, la parole cède la place aux actes. À Bron, cette semaine, le maire s’est vu violemment pris à partie par une bande. Cette agression survient deux jours après une tribune sur le sujet, cosignée par l’élu et trois autres édiles. Retour sur une tendance alarmante.

Une violence banalisée envers les institutions? Menacé, entre autres, de «décapitation» depuis plusieurs mois pour avoir osé s’attaquer au trafic de drogue, le maire de Bron, dans l’agglomération lyonnaise, a vu l’intimidation devenir physique ce mercredi 24 février. En sortant d’une réunion de travail, Jérémie Bréaud, élu LR de cette commune du Rhône, s’est retrouvé face à une dizaine d’individus –lesquels avaient au préalable saccagé sa voiture– qui l’attendaient sur le parking. Cible de projectiles en tous genres, «canettes, cailloux, morceaux de bois», l’édile a partagé le lendemain sur les réseaux sociaux la photo de son véhicule totalement détruit.

En janvier, des tags avaient été découverts sur un chantier de la ville, appelant au meurtre de l’homme politique. Une insécurité patente qui n’épargne plus les élus et dont les cas ne sont pas isolés. Deux jours avant l’incident, le 22 février, Jérémie Bréaud signait d’ailleurs une tribune avec trois autres maires également menacés de mort. Les édiles y affirmaient leur résilience et leur détermination à lutter contre les auteurs de ces intimidations.

«Ensemble, nous prenons désormais l’engagement de ne rien laisser passer et de porter systématiquement plainte contre ces sinistres individus, auteurs de ces menaces. Nous le devons à tous nos collègues élus qui subissent ces agressions. Ils sont nombreux, très nombreux, trop nombreux», peut-on notamment lire.

Les signataires, cibles de ces attaques car engagés contre la criminalité et le séparatisme qui rongent certains quartiers, alertent sur un fléau relativement nouveau, mais déjà dénoncé à plusieurs reprises l’an passé. Sans réel changement…

Un phénomène en pleine expansion

Ainsi, en septembre dernier, le garde des Sceaux Éric Dupont-Moretti avait adressé aux parquets généraux une circulaire visant à pénaliser les atteintes portées aux élus de la République. Cette initiative faisait suite à la rencontre du Premier ministre avec des associations d’élus inquiets de la recrudescence de violences verbales ou physiques les ciblant. 263 faits d’atteinte aux élus depuis 2019 avaient alors été dénombrés par le ministère de la Justice. Plus significatif, dans quatre cas sur dix, l’atteinte visait directement une personne, «ce taux atteignant 6 % lorsque la victime est un maire».

Parmi les exemples récents, celui de l’élu de Portbail, dans la Manche. Ayant alerté trois campeurs sur l’interdiction de s’installer sur le parking d’une plage et sur les risques d’incendie, l’édile s’était retrouvé insulté et violemment frappé par l’un d’eux. Malgré sa plainte, l’agresseur s’en était sorti avec un simple rappel à loi. Un fait pas si divers qui met en lumière la nécessité d’amender les réponses pénales apportées à ce phénomène émergent. Interrogé par Sputnik peu après son agression, le maire Francis d’Hulst avait dénoncé la culture de l’excuse trop souvent brandie pour expliquer de tels agissements.

«Cela suffit de trouver des excuses comme le confinement ou une enfance difficile. Il existe des peines applicables rapidement pour punir les auteurs. Et elles doivent inciter à ne pas recommencer», affirmait-il alors.

Des mois après, cette même complaisance envers les auteurs de menaces est pointée du doigt par les signataires de la tribune.

Quelle réponse pénale?

«Nous n’accepterons plus l’excuse de la plaisanterie car aucune menace n’est anodine. Nous n’accepterons plus l’excuse du fameux et fumeux propos de comptoir, nous n’accepterons plus l’excuse de la liberté d’expression comme paravent de la pulsion de haine», préviennent les quatre maires, qui proposent également une réponse inédite à ce genre de violences.

 Xavier Odo, Jérémie Bréaud, Nicolas Daragon et Alexandre Vincendet –respectivement maires de Grigny, Bron, Rillieux-la-Pape (Rhône) Valence (Drôme)– proposent d’améliorer le projet de loi confortant le respect des principes de la République présenté en décembre.

Visant à lutter contre le séparatisme, celui-ci prévoit pour l’heure une sanction allant jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende en cas d’atteinte à un élu ou un agent public. Les édiles réclament quant à eux que les auteurs de telles menaces et agressions puissent être déchus de leurs droits civiques, une réponse qui permettrait peut-être de mettre fin à l’impunité actuelle et à la «désinhibition mortifère».

Une violence qui ne touche pas que les maires

Cette absence de «réponse pénale implacable» était par ailleurs déplorée par une partie de la classe politique au lendemain de l’agression de l’édile de Bron. Aurore Bergé, présidente déléguée du groupe LREM à l’Assemblée nationale, avait dénoncé des «violences intolérables» et appelé à renforcer «l’échelle des sanctions». Or, depuis deux jours, la députée est à son tour la cible de menaces d’égorgement et autres supplices après avoir qualifié le rappeur Médine d’«islamiste». D’ailleurs, pas moins de 237 enquêtes avaient été ouvertes pour des faits de menaces de mort et pour apologie du terrorisme dans le mois qui avaient suivi l’assassinat de Samuel Paty, révélait BFMTV.

Le phénomène des menaces touchant les seuls élus serait-il l’arbre qui cache la forêt? Contacté pour évoquer cette tendance et les moyens d’y faire face, Jérémie Bréaud souhaite désormais prendre du recul sur les événements et ne plus les commenter publiquement.

 

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Tags:
parlementaires, maire, menace de mort, agression
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