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Alors que la consultation citoyenne sur le cannabis révèle qu’une grande majorité des participants est favorable à la légalisation de ce stupéfiant, le gouvernement pourrait-il accéder à cette demande? Ugo Bernalicis, député LFI, et Béchir Saket, porte-parole de L630, reviennent pour Sputnik sur les conséquences politiques d’un tel plébiscite.

«250.000 participants. C’est un chiffre auquel on ne s’attendait pas. Cela montre une véritable réussite et la soif de l’opinion publique de réagir sur ces questions relatives au cannabis, que l’on considérait comme secondaires».

Béchir Saket, juriste et porte-parole de l’organisation L630, qui milite «pour une réforme profonde des politiques publiques des drogues, en France comme en Europe», est satisfait de la forte participation à la consultation citoyenne sur le cannabis dit «récréatif».

Ce sont ainsi 253.194 citoyens qui ont pris le temps de répondre à l’enquête en ligne disponible sur le site de l’Assemblée nationale, du 13 janvier au 28 février 2021 dernier. Un sondage qui comportait des questions telles que «Pensez-vous que le dispositif actuel permet de lutter efficacement contre les trafics?», ou encore «Seriez-vous favorable à la possibilité pour les particuliers de cultiver à des fins personnelles un nombre de pieds de cannabis fixé par la loi?» Et les conclusions sont riches d’enseignement.

La lutte contre le cannabis jugée inefficace

Près de 81% des répondants sont d’accord avec une autorisation de la consommation et de la production de haschisch dans un cadre régi par loi. En outre, 13,8% d’entre eux se déclarent favorables à la dépénalisation de ce produit stupéfiant. Seuls 4,6% des répondants sont pour un renforcement des sanctions.

Pour Ugo Bernalicis, député de La France insoumise, ces résultats ne sont guère surprenants, puisqu’«il y a un biais de départ»: «le sondage a surtout intéressé les gens intéressés par la légalisation», analyse-t-il au micro de Sputnik. Néanmoins, la «forte mobilisation» pour cette première consultation «n’est donc pas anecdotique», nuance le député. Une mobilisation moins forte comparée aux deux millions de participants à la consultation sur le changement d’heure hiver/été début 2019 par exemple.

Malgré tout, Caroline janvier, députée LREM du Loiret et rapporteur du volet «récréatif» de la mission parlementaire, estime dans un communiqué de presse qu’avec ces nombreuses contributions: «on sait désormais que la légalisation du cannabis n’est plus un tabou en France et que nos concitoyens font le constat de l’inefficacité de la législation actuelle en la matière.»

Ainsi, moins de 5% des sondés considèrent que la loi permet actuellement de limiter l’usage du cannabis, quand plus de 92% d’entre eux estiment que la répression de la consommation ne permet ni d’en limiter l’ampleur ni de lutter efficacement contre les trafics (92,09%).

Ne pas légaliser pour éviter de froisser l’électorat de droite?

Un constat qui pourrait aboutir à un changement de paradigme? Rien n’est moins sûr à en croire Béchir Saket. «C’est d’abord la question d’un tabou du personnel politique», affirme-t-il.

«La gauche ne veut pas prendre la décision de la légalisation, car elle serait considérée comme laxiste et la droite ne veut pas prendre la décision parce que son électorat le refuse et parce qu’elle est authentiquement attachée à la question de l’interdit en France depuis des années.»

Sur France Info, Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse et rapporteur général de la mission d’information, a pourtant déclaré qu’il «faudra lancer une vraie consultation populaire et pourquoi pas un référendum

​Une proposition qui est loin d’enchanter Bechir Saket. Selon lui, c’est le signe d’une «lâcheté politique». En effet, «les conditions d’organisation d’un référendum sont extrêmement complexes». Or, «il y a d’autres sujets sur lesquels les Français pourraient être appelés à intervenir et je ne crois pas que le cannabis fasse partie des priorités», note le porte-parole de L630. Il pointe d’ailleurs que le «vrai problème» est la «position incompréhensible» du gouvernement. Entre d’un côté Gérald Darmanin, qui «considère que c’est de la merde» et de l’autre, «une flopée de parlementaires de la majorité qui considère que le cannabis est une opportunité économique et qu’il faut le réguler pour protéger les individus.»

«C’est plutôt un référendum au sein de la République en marche qui devrait avoir lieu afin de savoir quelle est leur ligne: celle de Gérald Darmanin ou celle de Jean-Baptiste Moreau?», tance Béchir Saket.

Ugo Bernalicis enfonce le clou. «C’est là tout le côté un peu cocasse de cette mission d’information conduite par LREM et les Républicains: finalement, être à l’avant-garde en laissant entendre que ce serait plutôt malin de légaliser plutôt que de maintenir un système prohibitionniste et répressif, au même moment où le ministre dit absolument le contraire», déplore Ugo Bernalicis.

Un grand écart qui se retrouve également dans les déclarations d’Emmanuel Macron, fustige Ugo Bernalicis. Ainsi, le député LFI rappelle que le Président de la République, en campagne électorale, expliquait sur France Inter en 2016 que la «légalisation du cannabis a des intérêts» sur les questions de sécurité, ou encore de financement occulte, et a même «une forme d’efficacité».

​Pourtant, avec l’instauration de l’amende forfaitaire, le chef de l’État s’inscrit dans une logique «plus répressive». Comment expliquer ce revirement? Pour le député de La France insoumise, cela tient du calcul politique: Emmanuel Macron souhaite «donner des gages» à l’électorat de droite, qui sur les drogues, «a une posture purement et simplement morale», avance Ugo Bernalicis. En témoignent, selon lui, les sorties du ministre de l’Intérieur qui communiquerait «non pas contre les trafics de stupéfiants, mais contre la consommation», sous l’angle strictement répressif, en déclarant par exemple que «s’il n’y avait pas de consommateurs, il n’y aurait pas de trafic

«Cela a son effet communicationnel auprès d’un électorat plus âgé, de droite, qui entend bien le signal: les jeunes drogués, ça suffit dans ce pays et en plus ça recoupe avec une vision stigmatisant les quartiers populaires.»

«Politiquement et électoralement, ils remplissent leur objectif», se désole le député LFI.

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