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Selon le ministère français de l’Économie, la France ne serait pas en mesure de produire le vaccin russe anti-Covid. Ses capacités industrielles seraient saturées par la production d'autres vaccins. Contrainte de passer par l’UE pour s’approvisionner, la France paierait le prix de quarante années de renoncements, selon Georges Kuzmanovic.

La France n’a passé aucun contrat avec la Russie pour produire sur son sol le vaccin russe Spoutnik V. C’est ce qu’a déclaré mardi 9 mars un membre du ministère français de l’Économie en réponse à une annonce du Fonds russe d'investissements directs (RFPI). Celui-ci avait évoqué la possibilité d’un site de production en France. Le responsable ministériel déclarait également que la France n’avait pas les capacités industrielles pour produire ledit vaccin anti-Covid. «À court terme en tout cas, toutes les capacités de production françaises sont saturées par d'autres vaccins», déclarait-t-il.

Pour se procurer ses vaccins, la France est aujourd’hui contrainte par les négociations engagées entre l’Union européenne et les laboratoires. Trois vaccins sont à l’heure actuelle approuvés par le régulateur européens: AstraZeneca, Pfizer/BioNTech et Moderna.

La faute en incombe aux politiques de désindustrialisation décidées à Bruxelles qui ont «coupé les pattes» du pays, estime au micro de Sputnik  Georges Kuzmanovic, président du parti République souveraine. «Cette crise du Covid-19 montre qu’il y a un problème global et elle le rend visible pour chacun.»

Où est passée l’industrie française?

Pour le leader du parti souverainiste, un pays fait figure d’exemple dans la gestion de la crise du Covid-19. La Corée du Sud dénombre 1.648 décès liés au coronavirus depuis le début de l’épidémie. La France, de son côté, est en passe de franchir le seuil des 90.000 morts. Le pays d’Asie du Sud-Est illustre aux yeux de Georges Kuzmanovic l’antithèse du modèle européen.

«Leur État a les moyens d’agir, de donner des ordres, il a une industrie qui peut réagir au claquement de doigts. D’ailleurs, l’Allemagne aussi, alors qu’il y a une population plus nombreuse qu’en France, a moins de morts [72.534 déces, ndlr]», déplore-t-il à notre micro.

Pour la raison évidente, selon l’ancien conseiller défense et politique étrangère de Jean-Luc Mélenchon, qu’il y a une industrie allemande «qui peut s’adapter beaucoup plus rapidement». Notre voisin d’outre-Rhin serait devenu «la manufacture de l’Europe au détriment de la France».

​Le succès britannique dans la crise du Covid-19 ne serait pas non plus sans lien avec sa sortie récente de l’Union européenne. Quand la France voit les sites de son industrie pharmaceutique filer à l’étranger.

«Il y a vingt ans, on produisait 80% des composés pharmaceutiques ou des médicaments en Europe, dont la France. Maintenant, c’est 80% en Inde et en Chine. Ont-ils jamais envisagé qu’il puisse y avoir un retour de l’histoire et un conflit géopolitique avec la Chine ou l’Inde?» lance Georges Kuzmanovic.

En 2020, l’UFC-Que Choisir s’inquiétait déjà des pénuries de médicaments qui frappaient la France depuis une dizaine d’années. Se fondant sur les chiffres de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), l’association de consommateurs alertait sur les 2.400 ruptures d’approvisionnement annuelles.

Des pénuries concernant qui plus est des médicaments «d'intérêt thérapeutique majeur» (MITM). En clair, l’interruption de ce type de traitements «peut être susceptible de mettre en jeu le pronostic vital des patients».

«Entre 2008 et 2020, on a vingt fois plus de pénuries de médicaments», constate Georges Kuzmanovic.

A qui la faute?

Le hasard n’aurait pas grand-chose à voir avec cette incapacité industrielle. La France payerait l’application au niveau européen, à partir des années 1980, des politiques néolibérales et des traités de libre-échange. Menées depuis une quarantaine d’années en France, selon Georges Kuzmanovic, ce sont elles «qui font qu’il n’y a plus aucun protectionnisme» et «qui ouvrent le marché aux quatre vents».

«Ça ne marche pas! Ça produit du chômage, de la misère. En France, on a le record du CAC40 tous les ans qui explose, les riches sont plus riches et on a plus de pauvres. Rien que cette année, on a un million en plus de personnes qui demandent l’aide alimentaire!» s’indigne-t-il.

Reste l’énigme de l’Allemagne. Membre de l’Union européenne, soumise, elle aussi, aux injonctions autoritaires. Mais en tirant son épingle du jeu! Ses dirigeants n’hésiteraient pas à préserver leur industrie quitte à passer outre les traités européens. C’est du moins ce que suggère Georges Kuzmanovic pour qui les dirigeants français, par péché d’idéologie, «sont responsables» de la crise actuelle.

«On n’a pas de masques, mais ce n’est pas grave, le marché y pourvoira! On n’a pas de scalpels, mais ce n’est pas grave, on en achètera quelque part! Sauf que, évidemment, la crise arrive, tout le monde veut des masques, des scalpels, des respirateurs… Ah? Et on est coincés», s’agace-t-il.

L’application de la vision entrepreneuriale du Président de la République, qu’il accuse d’avoir «une feuille Excel dans la tête», expliquerait pour partie cette impuissance, industrielle notamment. Une croyance en la «fin de l’histoire» et de l’imprévu. 

Le modèle abouti de la «start-up nation» voulu par Emmanuel Macron où tout «est constamment en flux tendu». Entre 2013 et 2015, la France est passée de 224 à 170 sites de production pharmaceutique. «Qui était au ministère de Mme Touraine, ministre de la Santé sous François Hollande?» interroge le leader souverainiste. Avant de répondre avec une pointe de sarcasme: «M. Véran, actuel ministre de la Santé, et M. Salomon.»

Le militant pour une France indépendante et souveraine appelle «à avoir le courage politique de dire non» à l’Union européenne en récupérant «des marges de manœuvre», «en passant outre les traités européens» et en relocalisant une partie de la production de médicaments. Car c’est «le rapport de forces» qui joue en cas de tensions, rappelle Georges Kuzmanovic.

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Tags:
Union européenne (UE), situation sanitaire, souveraineté, vaccin
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