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Face aux tests à venir d’un code QR connecté à l'application TousAntiCovid dans des restaurants réservés aux routiers, certains professionnels sont sceptiques. Alors que certains affirment qu’ils n’ont pas envie d’être tracés, d’autres n’y voient pas d’inconvénients, surtout si la mesure permet d’accélérer la réouverture des commerces.

Alors que le gouvernement envisage de tester dans des restaurants réservés aux routiers actuellement ouverts un code QR lié à l'application TousAntiCovid conçue pour tracer les cas de Covid-19 dans certains lieux publics, cette initiative divise les commerçants, indique ce lundi 15 mars Franceinfo.

«Les routiers ont un moment de liberté lors du déjeuner, ils n'ont pas envie qu'on sache où et avec qui ils sont», explique à Franceinfo Patrice Clos, secrétaire général de la Fédération des transports et de la Logistique FO-UNCP qui fait part de ses «remontées du terrain».

Le gouvernement assure néanmoins que ce système ne collecte pas de données, ce qui ne rassure pas tout le monde.

«Chaque fois que vous sortez, vous êtes tracé et je n'ai pas envie que la Terre entière sache que je suis allée chez une esthéticienne. Si on engage ce processus avec des consommateurs, qui viennent s'échapper un peu, honnêtement je m'y opposerai», prévient Régine Ferrère, présidente de la confédération de l'esthétique.

L’idée prônée par les commerçants

Cependant, des commerçants saluent cette initiative, qu’ils comparent à un «cahier de rappel», car elle permettra d'accélérer les réouvertures.

«Il s'agirait tout simplement d'éditer à chaque service un code QR qu'on afficherait sur nos vitrines et que chaque client scannerait de façon à être en liaison avec l'application TousAntiCovid qui viendra lui signaler s'il a été en contact avec quelqu'un porteur du virus. Dès lors que ça vient simplifier notre travail, c'est positif», s'enthousiasme auprès de Franceinfo Hubert Jan, président de l'Umih Restauration.

Il se prononce pourtant contre l’utilisation de cet outil comme «passeport sanitaire qui nous obligerait à faire la sélection de nos clients à l'entrée de nos établissements».

L’initiative gouvernementale

La mise en place d’un carnet de santé numérique a été évoquée par Emmanuel Macron le 25 février pour permettre une réouverture plus rapide des lieux culturels ou des restaurants.

D’après LCI, dans le cadre du projet, les clients seront invités à scanner un code QR à l'entrée d'un restaurant ou d'une salle de sport. Si quelqu’un présent au même moment que vous se déclare par la suite positif au coronavirus, toutes les personnes ayant scanné le code QR recevront une alerte.

Le système prévoit en fait deux niveaux d’alerte: orange lorsqu'une seule personne s’avère positive au Covid-19 — les personnes présentes dans le même établissement seront donc appelées à se faire tester; et rouge s’il y a trois personnes positives en même temps — toutes les personnes en contact seront invitées à s'isoler puis à se faire tester.

Selon les Échos, si le dispositif peut être obligatoire dans des lieux à fort risque de contamination, il ne le serait pas dans des lieux susceptibles de relever des données sensibles comme les lieux de culte.

La protection des données

La mise en place de ces outils soulève de nombreuses questions, notamment de protection des données personnelles.

La Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a rendu public le 15 février son avis sur l’usage du code QR dès le 17 décembre, validant le système qui, selon elle, respecte les règles de la protection des données personnelles. «Le traitement de ces informations, et en l’espèce par les pouvoirs publics, doit faire l’objet de la plus grande vigilance», prévient pourtant l’avis.

La commission relève par ailleurs que le gouvernement ne lui a pas communiqué tous les éléments «sur la liste précise des ERP concernés, sur le caractère obligatoire ou non, pour ces établissements, de mettre à disposition un code-QR, ou encore sur l'obligation faite aux personnes concernées d'enregistrer leurs visites afin que celles-ci puissent être alertées en cas de risque de contamination». Elle a également opté pour un cahier de rappel en plus du code QR prévu par le gouvernement.

«Ça porte atteinte aux libertés publiques»

Au Sénat, le sujet des codes QR pose question. Ainsi, le sénateur PS Jérôme Durain a estimé auprès de la chaîne Public Sénat qu’«au moment où on voit des fuites massives de données médicales, la question du traçage numérique des populations mérite quand même des garanties. Or on est dans une période où les questions de garantie passent au second plan».

Le sénateur UDI Loïc Hervé, membre de la Cnil en tant que parlementaire, préconise une utilisation «non obligatoire [...] du code QR pour la prévention des cas contacts, dans la mesure où il y a possibilité de laisser les coordonnées à la main, sur un cahier».

«Si c’est coercitif, il faudrait a minima une loi pour que ce soit soumis au contrôle du Parlement et du Conseil constitutionnel. Et si c’est obligatoire, ça contrevient à la liberté d’aller et venir. Ça porte atteinte aux libertés publiques», lance-t-il auprès de Public Sénat.

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France, Covid-19, Code QR
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