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Le pape s’inquiéterait d’une victoire de Marine Le Pen en France, selon des propos rapportés par L’Obs qui ont suscité de vives réactions. Une nouvelle intrusion inappropriée dans la vie politique, observe l’essayiste et journaliste Jacques de Guillebon.

En quatre ans, le pape a pris le temps de changer d’avis sur Marine Le Pen. En avril 2017, à l’aube du second tour de la présidentielle opposant la candidate du Front national au transfuge du gouvernement socialiste Emmanuel Macron, le Saint-Père était moins catégorique. Interrogé par des journalistes, le souverain pontife se montrait évasif, voire désintéressé par l’élection française alors même qu’il avait taclé l’année précédente le candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump.

«Je vous le dis sincèrement, je ne comprends pas la politique intérieure française. Des deux candidats, je ne connais pas l’histoire. Je sais que l’un représente la droite forte, mais l’autre, je ne sais pas d’où il vient, alors je ne peux pas donner d’avis», avait-il affirmé à l’époque, à bord de son avion le ramenant du Caire.

Aujourd’hui, la consigne semble avoir changé et le Saint-Père se montre plus hostile envers la présidente du parti, renommé entre-temps «Rassemblement national» pour faire oublier son passif.

 «Un pape focalisé sur les migrations»

Le pape François se serait en effet ouvert en privé à trois activistes français reçus en audience au Vatican le 15 mars dernier. Au détour de la conversation avec le cinéaste et écologiste Cyril Dion, l’entrepreneuse Eva Sadoun et le fondateur du mouvement «Coexister» Samuel Grzybowskic, le chef de l’Église aurait ainsi confié son inquiétude quant à une possible victoire de la candidate RN.

«Un ami m’a dit: “En France, si on continue comme ça, on aura Marine Le Pen présidente.” Je ne veux pas être désagréable ou dire à votre pays ce qu’il doit faire, mais c’est inquiétant.»

Une sortie qui, à droite de la droite, ne passe pas. Ou plutôt qui «outrepasse sa fonction», commente-t-on. De tels propos en disent long sur l’héritier actuel de saint Pierre: «Le pape est totalement désintéressé par les problématiques de l’Occident», estime de son côté Jacques de Guillebon, patron de la revue L’Incorrect, auteur notamment de l’essai Vivre et penser en chrétien (Éd. A contrario, 2005).

Certes, le Saint-Père, qui est également un chef d’État, a toujours fait de la politique. Certaines condamnations comme celle du nazisme par Pie XI sont même un devoir et de hauts faits historiques qui mériteraient d’être saluées, poursuit Jacques de Guillebon. Or, les anathèmes du pape François ne souffrent guère de comparaison et sont davantage le fruit d’un parti pris «témoignant d’une certaine inculture, le pape ne sachant sans doute pas situer la France», tacle le journaliste. «L’Église a toujours été une inspiratrice politique, mais le Pape n’a pas à indiquer pour qui voter», ajoute-t-il. Et Jacques de Guillebon de regretter les obsessions du Saint-Père:

 «Il est obsédé par les migrations, il en parle à toutes les sauces. Et lorsque quelqu’un évoque la volonté de limiter les flux, il lui tombe dessus.»

Un paradoxe étonnant, selon notre interlocuteur: le Saint-Père ne parviendrait pas à «comprendre que les peuples d’Europe veuillent préserver leurs racines, alors qu’il enjoint les peuples indigènes à faire de même».

Ainsi ce même pape regrettait-il, bien qu’il ne se fût pas prononcé sur l’élection présidentielle de 2017, la montée des populismes en Europe. Les leaders de ces mouvements apparaissent d’ailleurs comme les seuls auxquels le Saint-Père exige des pénitences. Par ailleurs, bien que pourfendeur du capitalisme outrancier –affirmant même le 15 mars que «la finance, c’est comme le poème de Verlaine, elle blesse mon cœur d’une langueur monotone»–, il n’a jamais considéré qu’Emmanuel Macron en était un promoteur.

Des ennemis de l’Église?

Cependant, l’hostilité de l’Église envers le parti fondé par Jean-Marie Le Pen n’est pas une première. En 2002, lors du fameux second tour opposant le père de Marine Le Pen au président Jacques Chirac, les évêques de France s’étaient rangés derrière le «front républicain». «Aucun catholique clairvoyant ne peut voter Le Pen, héritier d’une tradition totalitaire et antichrétienne», affirmait même à l’époque l’évêque de Saint-Denis, Mgr Olivier de Berranger.

Il est vrai, l’ancien leader Jean-Marie Le Pen n’a jamais épargné ces mêmes évêques. En mars 1985, les ecclésiastiques français s’étaient déjà inquiétés de la montée du Front national. Prenant la parole en meeting, le président du parti d’extrême droite les avait alors enjoints de s’occuper de leurs affaires:

«À gauche du parti radical, du Grand orient et de la Ligue des droits de l’Homme, je vois quelques évêques, ils sont en civil pourtant, c’est à ça que je les reconnais d’ailleurs, ils ont le col roulé!», ironisait-il.

Et le leader de tonner ensuite à la tribune: «Vous n’avez pas plus d’autorité dans ce domaine que le dernier des citoyens et vous abusez de votre fonction en lançant l’anathème que vous lancez!»

En définitive, la sortie du pape et la riposte de Marine Le Pen s’inscrivent donc dans une certaine tradition à l’œuvre depuis près de quarante ans. Et si cette fois-ci, la plupart des cadres du parti nationaliste ont vivement réagi aux propos de l’ancien archevêque de Buenos Aires, dénonçant un «pape politique» qui ferait mieux de se concentrer sur l’Église, ces déclarations n’auront semble-t-il que peu d’incidence sur l’électorat, estime Jacques de Guillebon.

Réputé proche de Marion Maréchal Le Pen, coorganisateur de la Convention de la droite en 2019 et signataire d’une tribune appelant à voter Marine Le Pen en 2017, le rédacteur en chef de L’incorrect constate une faible adhésion des catholiques pour cette dernière. Une tendance qui ne serait pas près d’évoluer, selon lui, du fait d’une aversion générationnelle:

«L’électorat catholique vieillissant –et majoritaire– vote toujours plutôt au centre, et c’était déjà le cas avant Macron. Cela ne changera pas, il est captif de ce discours, on lui a trop martelé le ‘danger fasciste’, celui de la sortie de l’euro. Quant aux jeunes générations de catholiques, je pense qu’elles n’ont rien à faire des directives du pape à ce sujet, mais elles penchent davantage vers un Bellamy ou une Marion Maréchal qui ne sont pas candidats», estime Jacques de Guillebon.

De fait, si en cas de nouveau second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, la répartition de l’électorat catholique reste la même –à 62% contre 38%–, les mises en garde du pape François ne seront pas nécessaire pour aiguiller les catholiques.

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Tags:
Vatican, Présidentielle France 2022, Marine Le Pen, Pape François
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