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Alors que les autorités craignent que l’épidémie de Covid-19 ne reparte à la hausse, des évènements réunissant parfois plusieurs milliers de personnes non masquées ont eu lieu le week-end dernier. Un comportement jugé «irresponsable» par la classe politique, mais qui témoigne d’un mal plus profond, analyse le sociologue Christophe Moreau.

«C’est une offense aux soignants, c’est irrespectueux de tous les gens qui font des efforts et c’est inacceptable.» Camille Chaize, porte-parole du ministère de l’Intérieur, n’a pu cacher son agacement sur BFMTV. En effet, dimanche 21 mars, près de 6.500 personnes, pour la plupart jeunes et non masqués, ont célébré le carnaval en défilant dans les rues de Marseille. Un évènement non déclaré à la préfecture de police, qui a par ailleurs causé 100.000 euros de dégâts.

Une attitude qu’a vertement dénoncée lundi 22 mars sur Twitter Benoit Payan, maire de Marseille. L’édile s’est ainsi insurgé contre «l’attitude égoïste» des participants qui «devront répondre de leurs actes devant la justice.»

​Si le carnaval à Marseille a défrayé la chronique, à Annecy, un millier de personnes s’est également réuni pour un «printemps des libertés» ce même dimanche. Un rassemblement pour dénoncer la «dictature sanitaire qui dure depuis un an.»

Faire la fête pour signifier son mécontentement

En Belgique, ce sont plusieurs centaines de personnes qui se sont rendues à un carnaval sauvage à Bruxelles. Comment expliquer de tels comportements en pleine épidémie? Pour le sociologue Christophe Moreau, la participation à des fêtes illégales ou encore des carnavals, relèveraient d’un «esprit contestataire» et témoignerait d’une «désobéissance des règles qui sont édictées sans que l’on comprenne bien la cohérence

À Marseille plus particulièrement, «il y a aussi l’esprit du carnaval qui a toujours été une inversion temporaire des règles. C’est une contestation, une interpellation des pouvoirs publics. C’est un peu ce côté fou du roi», analyse pour Sputnik Christophe Moreau.

Après un an de crise sanitaire, «il y a un sentiment de colère, des idées mortifères qui apparaissent», note-t-il.

L’impression de n’avoir plus rien à perdre

En effet, il n’y a plus de «soupape de sécurité», comme le sport, les concerts ou encore les apéros, qui «permettent aux gens de souffler», explique Christophe Moreau, qui est également directeur de l’équipe de recherche-développement JEUDEVI (jeunesse développement intelligents).

«Quand on a le sentiment de n’avoir rien à perdre, c’est à ce moment où l’on est plus excessif dans ses comportements.»

Pourtant comme l’explique le docteur Alexis Hautemanière, médecin épidémiologiste et hygiéniste, si effectivement les Français ont le moral au plus bas parce qu’ils ont l’impression que «tous les efforts que l’on fait ne servent à rien», d’un point de vue épidémiologique, «ce n’est pas vrai».

«Le taux de reproduction R0 de la maladie sans mesures barrières est entre 3,5 et 4 [nombre de personnes moyen qu’un malade peut infecter, ndlr]. Avec celles-ci, on est à 1,20. On a donc freiné la maladie, mais elle n’est encore pas maîtrisée», nuance l’épidémiologiste au micro de Sputnik.

Le Dr Hautemanière rappelle d’ailleurs qu’il est primordial de descendre le taux de reproduction en dessous de 1 afin de retrouver une vie normale, mais cela «s’inscrit dans une démarche collective». Un regroupement tel qu’à Marseille «est déraisonnable», selon lui:

«À l’extérieur, le risque de contamination est plus faible qu’en intérieur, mais quand vous êtes sur une zone pendant un temps important et que vous êtes très proches les uns des autres à crier, à chanter, avoir des efforts physiques, il y a obligatoirement un risque de créer des clusters.»

Des risques que ne mesurent pas forcément les participants, estime pour sa part le sociologue: «je ne pense pas que les gens ont voulu se mettre en danger et mettre les autres en danger.» En outre, Christophe Moreau plaide pour la réouverture des espaces culturels et en avançant le «plus rapidement sur les expériences en plein air», ce qui «serait de nature à ce qu’il y ait moins de critiques et de contestation.»

Le gouvernement doit redonner confiance

Par ailleurs, Christophe Moreau estime qu’il faudrait également que le gouvernement donne des «indications sur le calendrier vaccinal, notamment pour les jeunes», jugés non prioritaires. De nombreuses voix de l’opposition de gauche ont d’ailleurs plaidé en faveur d’une vaccination pour tous. C’est le cas d’Anne Hidalgo, qui a tancé le gouvernement sur sa stratégie sur Europe 1: «Pour rendre la vaccination plus efficace, je propose qu’on débride la vaccination. Que toutes celles et tous ceux qui veulent puissent la faire», a préconisé l’édile de Paris. Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise a quant à lui proposé sur France inter de «multiplier l’accès au vaccin» en le mettant «en accès libre, en licence libre».

Autant de propositions balayées d’un revers de main par Gabriel Attal: «ce qui bride aujourd’hui la vaccination en France et partout dans le monde, c’est le nombre de doses.» «Aucun pays n’a encore la capacité de vacciner toute sa population», a-t-il rétorqué sur BFMTV. Pour le gouvernement, l’objectif reste le même: inoculer 30 millions de personnes d’ici à l’été, en privilégiant les plus fragiles.

​Le Dr Hautemanière abonde dans ce sens: la seule solution pour sortir de la crise sanitaire est pour lui la vaccination massive dans le but d’atteindre une immunité populationnelle. Néanmoins, l’épidémiologiste prévient: «il faut ramener la confiance» en étant transparent avec les Français, notamment sur le nombre de doses de vaccin disponibles et en fixant des «objectifs clairs et réalistes

«Il faut des discours plus francs et leur dire la vérité même si cela ne fait pas plaisir. Il ne faut pas rassurer les Français pour les rassurer. Sinon, vous avez des gens qui sont déçus et cela entraîne, obligatoirement, de la transgression», affirme le Dr Hautemanière.

Une injonction à ne pas infantiliser la population en somme. «L’enjeu est donc de responsabiliser les citoyens par rapport à ce sujet qui nous concerne tous. Si on les responsabilisait et infantilisait moins, il y aurait probablement moins de ras-le-bol», confirme Christophe Moreau.

Des critiques régulièrement émises depuis le début de la crise sanitaire, mais qui ne semblent pas être entendues. Le gouvernement vient en effet de lancer une nouvelle campagne de communication avec pour slogan: «dedans avec les miens, dehors en citoyen». À l’aide d’infographies, l’exécutif entend ainsi expliquer ce que les Français peuvent faire ou non. Une campagne critiquée précisément pour son aspect infantilisant.

 

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Marseille, masques, carnaval
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