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35 vaccinodromes déployés sur tout le territoire et 10 millions de vaccinés pour la mi-avril, c’est l’objectif annoncé par le ministre de la Santé le 22 mars. L’armée et les pompiers seront mobilisés pour accélérer la campagne de vaccination. Interrogé par Sputnik, le Pr André Grimaldi dénonce, lui, du «bricolage et de l’improvisation».

Mégacentres de vaccination ou vaccinodromes, qu’importe le nom, leur ouverture aura bien lieu.

Olivier Véran l’a annoncé lors d’un déplacement en Essonne ce 22 mars: une trentaine de centres seront ouverts sur tout le territoire pour administrer les vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna. Le service de l’armée et les pompiers seront mobilisés pour atteindre les 200 grands centres de vaccination à travers toute la France. Jusqu’au Stade de France qui sera réquisitionné au mois avril pour vacciner en masse la région parisienne.

Selon le ministre de la Santé, le but est de permettre aux autorités d’«être capables d’utiliser tous les vaccins qui nous sont livrés à partir du mois d’avril pour vacciner massivement les Français». Objectif: «10 millions de primovaccinés à la mi-avril, et puis ensuite, ça va augmenter, parce que les apports de vaccin vont augmenter», selon le ministre. Pour le Pr André Grimaldi, cofondateur du collectif Inter-hôpitaux, la France aurait pu néanmoins se passer du recours «un peu en catastrophe» des vaccinodromes.

© AFP 2021 MICHAEL SOHN / POOL / AFP
Centre de vaccination contre le COVID-19 au Velodrom de Berlin (Allemagne)

Des centres de vaccination décriés

«Il n’y a jamais eu de religion anti-vaccinodrome», déclarait lundi 22 mars à l’Assemblée nationale Olivier Véran. Sans aller jusqu’à en faire une question de principe, le gouvernement s’est montré pour le moins réticent face à cette solution. Dès les premières livraisons de vaccins à la fin de l’année 2020, des voix s’étaient élevées pour réclamer la mise en place de grands centres de vaccination, comme en Allemagne. Elles n’ont pas tout de suite été entendues.

​«Ils n’ont pas voulu court-circuiter les médecins généralistes comme en 2009», rappelle le Pr André Grimaldi. Cette année-là, en pleine campagne de vaccination de la grippe H1N1, les autorités avaient misé sur des centres de vaccination géants montés dans des hangars ou des halls d’exposition. Mais l’épidémie n’aura pas eu lieu et l’échec de cette expérience aura refroidi 12 ans plus tard le gouvernement, qui a préféré des «lieux à taille humaine et de proximité.» Jusqu’à bannir l’emploi du mot «vaccinodrome» de son vocabulaire. Le voilà revenu, et pour cause selon le Pr André Grimaldi, ces centres ont leur intérêt aujourd’hui.

«Les vaccins ARN messager, type Pfizer-BioNTech, nécessitent une chaîne du froid, et donc des capacités spécifiques de stockage dont sont pourvus ces centres. Plutôt que d’administrer au compte-goutte à chaque patient dans un cabinet isolé, ils peuvent désormais venir en nombre. Une programmation qui évite également les pertes», précise le cofondateur du collectif Inter-hôpitaux.

Les vaccins traditionnels comme AstraZeneca n’ont pas besoin de chaîne du froid et peuvent donc être administrés facilement par les pharmaciens et les médecins. À l’heure actuelle, seuls les médecins généralistes, les hôpitaux et les pharmaciens sont autorisés à vacciner en France. Les 35 vaccinodromes vont donc venir se greffer à un réseau déjà existant de 1.500 centres de vaccination. Le retard dans la livraison des vaccins aura ainsi conditionné l’ouverture tardive de ces grands centres de vaccination.

«Tout ça aurait dû être planifié depuis l’été, c’est du bricolage et de la grande improvisation», déplore André Grimaldi. Le recours aux vaccinodromes s’explique aussi et surtout selon lui par l’inexistence en France «d’un service de médecine de proximité» permettant aux professionnels de santé de ne pas travailler de manière isolée et d’être ainsi sursollicités entre leurs soins habituels et la nécessité de vacciner les patients. «Les maisons et les centres de santé actuels, où l’on trouve un personnel soignant qui travaille en équipe, sont trop peu nombreux», déplore-t-il à notre micro. Le développement des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), «encore trop minoritaires dans notre pays», permettrait cette synergie dont l’efficacité aurait été redoutable, estime le professeur, dans la campagne de vaccination. Une campagne qui devra faire face à plusieurs incertitudes.

Un coup d’épée dans l’eau?

40% des Français se disent en effet toujours réticents à l’idée de se faire vacciner. Un chiffre néanmoins en baisse, puisqu’ils sont, selon la même étude du cabinet Kekst CNC, 59% à se dire prêts à se recevoir une dose de vaccin anti-Covid ou à l’avoir déjà fait.

Loin derrière néanmoins notre voisin anglais, où la réticence est la plus faible, avec 89% des sondés qui adhèrent à la vaccination. La valse-hésitation du gouvernement sur le vaccin AstraZeneca, ajouté au récent décès d’un étudiant ayant reçu une dose du vaccin britannique, ne devraient pas aider à apaiser les esprits.

De quoi mettre un coup d’arrêt à la grande planification vaccinale orchestrée autour des vaccinodromes? «Cela peut devenir un problème de fond, mais là le gouvernement hérite d’une société individualiste», déplore André Grimaldi. Selon lui, si les doutes ont leur légitimité, ils ne font pas le poids dans le calcul bénéfices-risques.

«Surtout que le virus circule et mute, s’inquiète le médecin et co-auteur de Santé: urgence (Éd. Odile Jacob). Il peut devenir très virulent et finir par toucher les jeunes. Donc l’idée c’est d’attendre qu’il y ait des jeunes qui meurent pour dire que, oui, c’est important d’aller se faire vacciner?»

Le médecin invite à remettre en cause le dogme aujourd’hui établi «d’une liberté individuelle placée au-dessus de tout», dans une société considérée «comme la simple addition d’individus». Face au danger collectif que représente l’épidémie, «peut-être qu’il faut revoir ça», avertit le Pr André Grimaldi.

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Tags:
AstraZeneca, vaccination, anti-vaccins, Covid-19
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