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Plusieurs centaines d’agriculteurs ont lancé des opérations escargot et organisé des barrages filtrants en Île-de-France. L’objectif? Envoyer un «coup de semonce» au gouvernement contre la future réforme de la politique agricole commune de 2023. Ils dénoncent des orientations qui pourraient leur être fatales financièrement.

«On est en train de fragiliser le potentiel productif de la France.»

L’avenir de la profession inquiète Benoît Mazure, agriculteur et représentant de la FNSEA à Étampes. L’orientation de la future PAC 2023, aujourd’hui négociée au Parlement européen, aura selon lui des conséquences économiques désastreuses.

​Dans le viseur, la mise en place d’«écorégimes», une nouvelle source de financement conditionnée à des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Pour Bruxelles, ce dispositif pourrait permettre d’accélérer une transformation vers une agriculture plus durable. Ainsi, entre 20 et 30% des aides versées dans le cadre du premier pilier de la PAC –qui représente 75% du budget du mécanisme européen pour la période 2021-2027– seraient allouées à ces «écorégimes». Un manque à gagner important pour certains exploitants agricoles.

Un impact négatif sur les exploitations

Alix Heurtaut, agricultrice et représentante du Syndicat des jeunes agriculteurs, en fait partie. Elle estime que cette réforme aura un «impact négatif sur [les] exploitations» car «cela nous oblige à respecter de nouvelles normes et avoir plus de verdure dans nos parcelles, sachant que l’on cultive très bien, avance-t-elle au micro de Sputnik. Cela va tuer l’agriculture française».

«Cette loi va me supprimer pas mal d’aides, environ 80 euros de l’hectare. C’est une perte financière que je ne vais pas pouvoir compenser. Mon exploitation va être dans le rouge, comme de nombreuses autres en France, beaucoup risquent d’être en faillite», avance Alix Heurtaut.

Tous craignent que cette situation n’engendre de nouveaux drames.

​«Dans les années à venir, si cette loi PAC passe, il risque d’y avoir de plus en plus de suicides, je pense, parce que l’on n’y arrive pas [financièrement, ndlr] et psychologiquement», prévient Alix Heurtaut. Déjà, le taux de suicide parmi les agriculteurs est supérieur de 12,62% par rapport au reste de la population.

Les associations écologistes dans le viseur

Un autre exploitant présent lors du rassemblement abonde dans ce sens. Si Fabien Pigeon se félicite que l’agriculture entame un «verdissement», il pointe que celui-ci se fera au détriment des intérêts économiques français. «Cela ne va que vers l’appauvrissement et une sous-production agricole», affirme-t-il.

​Benoît Mazure tient néanmoins à préciser que si les «contraintes environnementales sont logiques et cohérentes», ils ne sont «pas contre».

«L’environnement, on y est tous les jours, c’est notre outil de travail, on est là aussi pour le protéger», explique-t-il.

Néanmoins, il s’insurge contre de possibles «contraintes environnementales qui sont faites de manière technocratique pour répondre à la surenchère d’associations soi-disant écologistes». «On est pour une agriculture productive, rentable, qui innove, mais pour ce faire, il faut être libéré de tous ces tracas technocratiques», plaide le syndicaliste.

«On est en train de sacrifier l’agriculture pour des propos écologistes. L’indépendance alimentaire est extrêmement importante, ce n’est pas le moment d’aller jouer avec ça d’un point de vue politique», enfonce Fabien Pigeon.

Dans un communiqué, le collectif «Pour une autre PAC», qui regroupe 46 organisations paysannes, de protection de l’environnement et du bien-être animal, a dénoncé une «tentative d’affaiblissement dramatique de l’ambition de la réforme de la PAC».

​En outre, il «s’inquiète de l’écho que pourrait trouver leur démarche dans les décisions gouvernementales imminentes sur ce dossier».

«Une portion congrue des agriculteurs tente d’imposer ses intérêts au détriment de l’intérêt général. Les organisations professionnelles agricoles à l’origine des actions du jour jouent de leur pouvoir de nuisance disproportionné par rapport à leur réelle représentativité», assène le collectif.

Les manifestants souhaitent désormais être reçus par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation pour présenter leurs doléances. Néanmoins, ils préviennent: «Aujourd’hui, c’est un premier coup de semonce.»

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Tags:
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