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Pour le second «vendredi de la colère», ce 2 avril, plusieurs centaines d’intermittents de l’emploi et du spectacle ont manifesté à Paris. Au centre de leur contestation: le premier volet de la réforme de l’assurance chômage, qui risque d’affecter lourdement près d’un million de personnes à travers la France. Ils en exigent le retrait. Reportage.

Venues de tous les horizons, plusieurs centaines de personnes se sont massées devant l’Hôtel de ville, à Paris, pour protester contre la réforme de l’assurance chômage. Au 1er juillet 2021,  le calcul des droits au chômage changera. Jusque-là, le montant de l'allocation tenait compte des jours travaillés sur une période de douze mois. Désormais, une période de vingt-quatre mois sera prise en compte, incluant les jours travaillés ou non. Conséquence: quelque 840.000 chômeurs verront leur allocation baisser, selon les chiffres de l'Unédic.

La culture en fer de lance

Les intermittents de spectacle étaient les premiers à tirer la sonnette d’alarme, avec l’occupation des théâtres et autres lieux de culture. Une action lancée la semaine dernière sous le slogan «vendredis de colère» a cristallisé les revendications en y associant des guides-conférenciers, des intérimaires, des extras de la restauration, des étudiants…

«Pour l’instant, le gouvernement fait la sourde oreille. Il maintient sa réforme. Le décret sorti il y a deux jours est un scandale pour tous ceux qui sont ici. Dont beaucoup de jeunes», clame Denis Gravouil, secrétaire général de la CGT Spectacle, au micro de Sputnik.

Le leader syndical promet de poursuivre les actions, «même si ce n’est pas facile avec le confinement et la peur». La perspective d’une perte de «300 euros d’allocations chômage» pour «les smicards à 950 euros» le pousse toutefois à ne pas lâcher prise.

«Le gouvernement prétend que leur couper les vivres pourrait les pousser à trouver du travail. Alors que le chômage explose? Absurde!» s’indigne Denis Gravouil.

Entamé depuis début mars au Théâtre de l’Odéon, le mouvement d’occupation par des professionnels de la culture vise à protester contre la précarisation du secteur. Il s’est propagé dans tous les coins de l’Hexagone.

Les «extras» de la restauration sur le pied de guerre

En tenue de travail, une fois de plus, les représentants de l’Organisation du personnel de la restauration dans l’événementiel (OPRE) déploient les banderoles sur le parvis de l’Hôtel de ville. Nous avions rencontré Claire Lacoste, maître d’hôtel «extra» il y a neuf mois jour pour jour. Et, depuis, rien n’a changé pour elle! Ça fait un an qu’elle n’a pas travaillé.

«Si les gens qui ne travaillent pas touchent encore moins d’argent, alors qu’ils ont cotisé au préalable, on a un gros souci. On passera du statut “pauvres” au statut “miséreux”», s’inquiète Claire Lacoste au micro de Sputnik.

Sa corporation des vacataires de la restauration manifeste également pour le retour de l’«annexe IV de l’assurance chômage qui protégeait» leur profession. La suppression de ce régime spécifique, en 2017, et l’instauration d’un nouveau calcul des droits se sont traduites par une baisse moyenne des allocations de l’ordre d’un quart!

«Le but de notre combat est qu’on nous restitue ce statut perdu. Je veux croire en notre succès: pour moi, pour mes collègues, pour tous les intermittents… Je veux y croire pour les jeunes qui arrivent dans le métier», confie Claire Lacoste avec encore une petite lueur d’espoir dans les yeux.

Tous les interlocuteurs de Sputnik veulent «y croire», malgré le sentiment persistant que leur métier «a disparu» avec la crise sanitaire et ne réapparaîtra pas de sitôt.

Les guides-conférenciers en corps d’armée

Dans la foule, on reconnaît facilement les guides à leurs petits fanions qui flottent au-dessus de la foule. Un panache auquel se rallient les touristes en temps normal. Mais les touristes, il n’y en a point. Et ce, depuis un an aussi.

Pour les guides-conférenciers qui jouissent de la même spécificité de travail discontinu, le nouveau régime d’assurance chômage serait un désastre.

«On nous dit qu’on ne travaille pas assez. Mme Borne nous traite de feignants. Je fais trente-cinq heures en deux jours, mais elles ne me seront comptées que quatorze heures», assure Camille Perrière, présidente de l’Association des guides en japonais, au micro de Sputnik.

La situation des guides, engagés souvent par les collectivités en CDDU (contrat de travail à durée déterminée d’usage), ne s’arrange pas. Par leur souplesse, ces modalités d’embauche séduisent les employeurs. En revanche, les salariés redoutent leur précarité. D’ailleurs, les engagements ont presque disparu à cause de la pandémie.

«C’est une réforme injuste. Mais, en plus, elle tombe au moment où des gens sont en précarité. Même ceux qui ont soutenu ces mesures au début soulignent que le moment est très mal choisi», conclut la guide.

Considérée comme un «chantier explosif de Macron» lors de la crise des Gilets jaunes, début 2019, la réforme de l’assurance chômage n’a pas été abandonnée. Deux ans plus tard, les intermittents sont toujours aussi remontés. Auront-ils assez de souffle pour ranimer les braises d’une colère sociale de grande ampleur?

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Tags:
restauration, guide, Syndicat Professionnel des Guides Interprètes Conférenciers (SPGIC), manifestation, intermittent du spectacle (IDS)
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