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Un sondage de l’IFOP montre qu’aucun candidat de gauche ne parviendrait à battre Marine Le Pen en cas de duel (très hypothétique) au second tour. Alors qu’aucun candidat n’émerge véritablement et que l’union des gauches paraît plus que jamais utopique, l’effondrement de la gauche française est-il prononcé? État des lieux.

La gauche française est-elle condamnée à vivre un 21 avril 2002 permanent?

Un sondage de l’IFOP paru dans Le Journal du dimanche 11 avril n’a rien de rassurant pour les forces en présence à la gauche de l’échiquier politique. Et pour cause: non seulement aucun candidat à gauche n’est aujourd’hui en mesure de se qualifier pour le second tour, mais pire, ni Jean-Luc Mélenchon (40%), ni Yannick Jadot (47%), ni Anne Hidalgo (50%) ne parviendraient à battre Marine Le Pen en finale dans chacun des onze scénarios testés par l’institut de sondages. S’il faut bien sûr prendre des pincettes pour analyser ce sondage, qui ne reflète que la réalité du moment, à un an de l’échéance fatidique, le constat semble accablant pour la gauche, tous partis confondus.

«On a toujours donné l’impression d’être dans des guéguerres de tribus gauloises plutôt que d’être regroupés pour gagner», reconnaît au micro de Sputnik François-Michel Lambert, député Liberté Écologie Fraternité (LEF).

Plus alarmiste encore, Benoît Hamon, l’ancien candidat du Parti socialiste en 2017 (6,3% des voix), juge «terrifiant» ce sondage et estime sur France Info que la gauche «n’a plus de récit émancipateur en capacité de vaincre le projet le plus porteur de malheur qui soit», en référence au Rassemblement national.

Mélenchon le mieux placé, mais «trop clivant»?

De fait, depuis 2002 et les huit candidatures à gauche au premier tour, celle-ci n’a jamais paru aussi divisée sur la ligne de départ. Si, pour le moment, trois candidats se sont officiellement déclarés dans la course à la Présidentielle (Jean-Luc Mélenchon avec La France insoumise, Nathalie Arthaud avec Lutte ouvrière et Fabien Roussel avec le Parti communiste français), Anne Hidalgo, maire de Paris, l’ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg et Éric Piolle, Sandrine Rousseau et Yannick Jadot du côté d’Europe Écologie-Les Verts, ont également fait part de leurs velléités de concourir. Le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) devrait également présenter un candidat, tandis que certains militants poussent l’ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira, à tenter sa chance, vingt ans après. «Les Français attendent de la clarification du côté de la gauche», euphémisme François-Michel Lambert. 

Si l’on en croit les résultats du sondage de l’IFOP, le mieux placé à gauche en l’état actuel des choses serait Jean-Luc Mélenchon. Le président du groupe LFI à l’Assemblée nationale, passé tout près du second tour en 2017 (19,6% des voix), est cette fois-ci crédité de 13,5% des suffrages si le vote devait se tenir aujourd’hui. «Il faut cesser d’exclure celui qui est en meilleure position pour la gauche: le mieux placé à gauche aujourd’hui, c’est Jean-Luc Mélenchon, et de très loin!», vante Michel Larive, député LFI de l’Ariège, à notre micro.

«Si ces sondages sont véridiques, il faut en tirer toutes les leçons: les Français légitiment davantage Mélenchon pour incarner une politique de rupture», veut croire l’Insoumis.

Pourtant, rien ne dit que le leader de LFI réussira à fédérer une candidature commune à gauche sur son nom. Un temps évoquée, la possibilité d’une alliance avec Arnaud Montebourg a fait long feu. Et le parti Europe Écologie-Les Verts a déjà prévu la tenue d’une primaire en septembre prochain afin de départager ses trois candidats putatifs à l’élection présidentielle.

«Si Les Verts, qui sont aujourd’hui mal crédités à l’élection présidentielle, disent: “Nous voulons absolument présenter le candidat commun de la gauche”, je me demande à quel titre? Il faut regarder les faits», tacle Michel Larive.

«Ce sera difficile de demander à Jean-Luc Mélenchon de suivre quelqu’un à partir du moment où il apparaît comme le plus apte à pouvoir porter les couleurs de la gauche», poursuit le député de l’Ariège. «Jean-Luc Mélenchon personnifie trop l’action de son mouvement, et s’avère par ailleurs trop clivant», pointe de son côté François-Michel Lambert.

«Ne pas avoir un Hollande bis pour la gauche»

Dans l’espoir de formaliser une éventuelle «union des gauches», l’eurodéputé EELV Yannick Jadot –qui ne cache pas ses ambitions présidentielles–, organise ce samedi 17 avril une «table ronde» en présence des principaux leaders de la gauche française. Une gageure, même si les principales figures de la gauche (Anne Hidalgo, Olivier Faure, Fabien Roussel, Benoît Hamon, Julien Bayou) répondront présent, à l’exception d’Arnaud Montebourg et de Jean-Luc Mélenchon, lequel devrait néanmoins être représenté par le député LFI Adrien Quatennens.

Du côté de La France insoumise, on semble en effet accorder peu de crédit à ce raout de la gauche politique. «C’est un numéro de claquettes pour dire plus unitaire que moi, tu meurs», a ainsi raillé Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV. Dans une lettre adressée à Yannick Jadot, regrettant un ordre du jour «confus», son parti propose que la table ronde aboutisse plutôt à un «pacte de non-agression», à défaut d’une union de plus grande ampleur. «S’unir, d’accord, mais sur quelles bases?», interroge Michel Larive. Si le député Insoumis reconnaît que cette initiative «va dans le bon sens», il souligne toutefois que «ce serait une erreur de penser qu’en additionnant nos scores, on va passer.»

«Il faut parler du programme et de ce qui peut être fait avant tout. Il faut avant tout écouter la colère des citoyens si l’on veut changer la donne», avance Michel Larive.

Une orientation à laquelle souscrit au moins en partie François-Michel Lambert, lequel se dit partisan d’un «esprit d’équipe à l’américaine, à l’image de ce qu’a fait Biden avec les Démocrates par exemple.» «Les égos des uns et des autres doivent s’atténuer pour que nous puissions construire un projet collectif», plaide le transfuge d’EELV. «Il y a une urgence d’incarner la modernité dans notre démocratie, aujourd’hui épuisée et dévoyée par la présidentialisation à tout crin d’Emmanuel Macron», argue-t-il.

«L’idée, c’est de ne pas avoir un Hollande bis pour la gauche, qu’il soit Vert ou non!», surenchérit Michel Larive. «Comment voulez-vous que les gens se reconnaissent dans la gauche lorsqu’elle tient un discours d’accompagnement des politiques néo-libérales ou quand elle est représentée par François Hollande?», fait-il mine de s’interroger.

Autant dire que les prochaines semaines risquent d’être cruciales pour la gauche française.

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Yannick Jadot, Adrien Quatennens, Michel Larive, François-Michel Lambert, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise (LFI), Parti communiste français (FCF), Présidentielle France 2022, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Ifop, Marine Le Pen, Europe Ecologie les Verts (EELV), Parti socialiste français (PS)
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