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Dans l’affaire d’espionnage du député François Ruffin par LVMH, Mediapart publie les extraits de deux rapports de police. Les agents s’intéressaient notamment à son documentaire Merci Patron! Infiltrations, vidéosurveillance et repérage faisaient partie de l'opération.

Le système d’espionnage élaboré autour du député François Ruffin (LFI), via l’ex-patron du renseignement Bernard Squarcini, a fait l’objet de deux rapports de police dont Mediapart livre des extraits.

Alors que la justice enquête sur l’affaire depuis octobre 2019, ces documents viennent confirmer que le groupe de luxe LVMH a bien fait appel à une société privée pour surveiller le député et son entourage. Et ce, «afin d’obtenir des renseignements sur les activités associatives, politiques ou privées» des intéressés, selon un rapport de l’Office anticorruption (OCLCIFF).

La clef de voûte de l’opération, Bernard Squarcini, surnommé «le Squale», a été recruté par LVMH juste après son passage à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, désormais DGSI). Sa société a touché 2,2 millions d’euros de la part de LVMH entre 2013 et 2016 pour cette activité de surveillance, rapporte Mediapart.

Pour cette mission, l’ancien patron du renseignement intérieur a mobilisé plusieurs sous-traitants. Il a en outre maintenu des «relations étroites» avec la police et « a continué de solliciter les personnels» de la DCRI durant toute la période de surveillance. Il a notamment fait appel à un ancien policier de l’antiterrorisme et de la brigade financière, Hervé Séveno, ainsi qu’à Jean-Charles Brisard, conseiller spécial auprès du maire de Nice, Christian Estrosi (LR), rapporte Médiapart.

Le système d’espionnage reposait sur de l’infiltration, de la vidéosurveillance ou des opérations physiques de repérage et de surveillance sur la voie publique, écrivent encore les enquêteurs. Deux «agents sous couverture» sont notamment parvenus à infiltrer l’entourage de François Ruffin. Les rapports mettent l’accent sur le caractère potentiellement illégal de ces opérations.

Piratage de film

Outre les activités du journal satirique Fakir, fondé par Ruffin, les barbouzes s’intéressaient à la sortie de son documentaire, Merci Patron! Ils seraient même parvenus à s’en procurer des extraits avant la diffusion publique, en s’adonnant à «la captation d’images dans un cercle privé», expliquent les enquêteurs dans leurs rapports.

Le film revenait sur le combat de François Ruffin en faveur d’une famille licenciée par Ecce, un sous-traitant de LVMH. À la sortie du documentaire, certains médias appartenant au groupe de luxe avait d’ailleurs été soupçonnés de censure. Dans un communiqué, plusieurs syndicats de journalistes du Parisien avaient ainsi affirmé avoir reçu l’ordre «de ne pas le chroniquer». Merci Patron! avait fini par remporter le César du meilleur documentaire en 2017.

Le film avait fait beaucoup pour la notoriété du réalisateur, élu député LFI deux ans plus tard.

Bernard Squarcini a pour sa part été cité devant la justice à plusieurs reprises, notamment dans l’affaire dite des fadettes du Monde. Il a été condamné à 8.000 euros d’amende en 2014 pour avoir demandé les factures téléphoniques d'un journaliste du quotidien, lors de son passage à la tête du renseignement.

Il a de nouveau été mis en examen en septembre 2016 pour de multiples délits présumés, dont du trafic d’influence et du détournement de fonds publics. La justice avait élargi l’enquête en octobre 2019 pour «vol» et «recel de vol», justement après la plainte de François Ruffin et du journal Fakir.

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Tags:
cinéma, renseignement intérieur, Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), espionnage, François Ruffin
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