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Attaque au couteau à Rambouillet (avril 2021) (18)
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Arrivé illégalement en France en 2009, l’islamiste de Rambouillet a vécu dix ans dans le pays avant d’être régularisé. Pour l’essayiste Michel Geoffroy, il est urgent que le pouvoir exécutif reprenne la main afin de stopper net l’immigration en France.

L’attaque du commissariat de police de Rambouillet, commise par le Tunisien Jamel Gorchene le 23 avril dernier, aurait-elle pu être évitée? L’enquête, confiée à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a montré que l’assaillant, originaire de l'est de la Tunisie, était arrivé en situation irrégulière en France en 2009. Pire, le Parquet national antiterroriste (PNAT), saisi du dossier le jour même de l’attaque contre l'agent administrative de police Stéphanie M., a révélé que l’islamiste «avait bénéficié fin 2019 d'une autorisation exceptionnelle de séjour salarié puis, le 28 décembre 2020, d'une carte de séjour valable jusqu'en décembre 2021». La preuve d’un «déni officiel depuis des années» sur la question migratoire pour Michel Geoffroy, qui vient de faire paraître l’essai Immigration de masse: L'assimilation impossible (Ed. La Nouvelle Librairie).

«Depuis des années, les gouvernements successifs se sont attachés à établir une barrière infranchissable entre la barrière de l’immigration, de l’islamisme et du terrorisme sur le thème: "pas d’amalgame". Hélas, l’actualité montre que de nombreux terroristes sont entrés irrégulièrement en France: les faits vont à l’encontre de la doxa officielle», fustige Michel Geoffroy au micro de Sputnik.

Si Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a affirmé au micro de France Inter ce dimanche 25 avril qu’il «refuserait toujours» de faire le lien direct entre terrorisme et immigration, Michel Geoffroy s’étonne de son côté de cette cécité au plus haut sommet de l’État. «Le discours officiel a de plus en plus de mal à décrire la réalité», tacle-t-il. Sur les 42 terroristes depuis les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015, seuls quatre n'étaient pas d'origine immigrée.

«Le laxisme migratoire est une bombe placée au cœur de notre pays»

Dans le cas de l’attentat de Rambouillet, c’est surtout le fait que le terroriste ait vécu 10 ans en situation irrégulière sur le sol français qui interpelle. «Si cet individu avait été expulsé comme il se devait, la policière serait encore vivante. Le laxisme migratoire est une bombe placée au cœur de notre pays», a tancé Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, dans un entretien donné à l’hebdomadaire Le Point.

En 2012, le gouvernement Ayrault appliquait une décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) et supprimait le délit de séjour irrégulier. Le droit préexistant aurait donc dû permettre l’expulsion de Jamel Gorchene, si l’on en croit Patrick Stefanini, ancien secrétaire général du ministère de l’Immigration de Nicolas Sarkozy. «Le fait pour un étranger d’être entré irrégulièrement en France faisait à lui seul obstacle à la régularisation de sa situation administrative. Nous avons abandonné cette règle, qui était pourtant une règle de bon sens, et c’est une erreur», a-t-il ainsi confié dans les colonnes du Figaro.

«Le droit de l’immigration est de moins en moins un droit du pouvoir exécutif et législatif, c’est un droit des juges européens et nationaux», déplore de son côté Michel Geoffroy.

L’essayiste en veut pour preuve le fait que «le Conseil d’État décide qu’on ne peut pas opposer au regroupement familial les règles sanitaires». Le 22 janvier dernier, le juge des référés du Palais-Royal a en effet suspendu la décision du gouvernement d’interrompre, en raison de l’épidémie de Covid-19, la délivrance de visas de regroupement familial aux conjoints et enfants d’étrangers non-européens résidant en France. Une preuve que l’exécutif n’a plus véritablement la main sur le contrôle de ses frontières? «Le pouvoir exécutif est privé largement de ses moyens d’action, mais il est responsable de faire croire qu’il agit! Le taux d'exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF) n’est que de 15%: cela prouve bien qu’il fait semblant d’agir», nuance Michel Geoffroy. Selon la Cour des comptes, 96% des déboutés du droit d’asile restent par ailleurs sur le sol français.

Une absence de volonté politique?

Face aux accusations de «laxisme» lancées par l’opposition à droite, l’exécutif entend en tout cas organiser la «riposte» dans un plan média savamment préparé. Dans le Journal du dimanche, Gérald Darmanin a ainsi annoncé la présentation, dès mercredi 28 avril en Conseil des ministres, d’un projet de loi pour renforcer la lutte contre le terrorisme. Au programme notamment: un contrôle administratif des sortants de prison étendu à deux ans (contre un an actuellement) et un prolongement de deux mois de la durée autorisée pour recueillir des données informatiques afin de capter les données de connexion des individus surveillés par les services de renseignements. Rien de prévu en revanche sur l’immigration. Le projet de loi «confortant le respect des principes de la République», ex-projet de loi contre le séparatisme, ne contient guère davantage de mention sur une meilleure gestion des flux migratoires.

Pour Michel Geoffroy, ce projet de loi revient à «écoper l’eau de la baignoire tout en laissant le robinet d’eau ouvert». «C’est une loi politique destinée à faire croire qu’on s’occupe du problème, mais ça va se terminer par quelques mesurettes», assène notre interlocuteur. L’essayiste plaide de son côté pour un «arrêt immédiat de l’immigration» en France. «Je rappelle que la France est le pays de l’UE le plus touché par les attentats: on a quand même des raisons d’assurer un meilleur contrôle aux frontières». «Cela justifie un moratoire de l’immigration d’au moins 10 ans», veut-il espérer.

«Il faut expulser les étrangers qui commettent des délits en France et se poser la question de la déchéance de nationalité pour les binationaux. Il y a des moyens d’action, mais il faut se doter des moyens de le faire! Pour cela, il faut une volonté politique», tranche-t-il.

Une chose est sûre: les sujets liés à la sécurité intérieure seront au cœur de l'élection présidentielle. Selon un sondage IFOP-JDD, 86% des électeurs affirment que le poids de l’insécurité sera «important» dans leur vote à l’élection présidentielle de 2022. Or, sur ces sujets régaliens, Emmanuel Macron n’est pas le mieux placé actuellement si l’on en croit un sondage Ipsos-Sopra Steria paru le 14 avril dernier: concernant le «niveau de l’immigration» en France, seuls 21% des électeurs font ainsi confiance au Président de la République.

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Rambouillet, attentat, police, Police nationale française, Emmanuel Macron, Gérald Darmanin, Jean Castex, Nicolas Sarkozy, Bruno Retailleau, Les Républicains (LR), terrorisme, islamisme, immigration, immigration clandestine
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