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Le défi sécuritaire devrait occuper le centre des débats en amont des prochaines élections. Le dernier attentat visant une fonctionnaire de police semble le remettre au premier plan, après avoir été dernièrement éclipsé par la gestion de la crise sanitaire. L’enjeu risque même d’être décisif dans le choix du prochain Président.

Le prochain Président sera concentré sur les problèmes d’insécurité, ou ne le sera pas. Avant même l’emploi et la lutte contre la précarité, les solutions apportées en matière de sécurité devraient orienter le vote des Français l’an prochain selon l’Institut français d’opinion publique (Ifop), et c’est peu dire que le chantier sera long. De fait, six mois après l’attaque de la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, un nouvel attentat a frappé le sol français vendredi 23 avril. L’attaque au couteau tuant une administrative de police nationale à Rambouillet ravive logiquement le débat sur la lutte contre le terrorisme, un an avant le scrutin présidentiel.

La veille du drame, un sondage était réalisé auprès d’un échantillon de 1.515 personnes. Les résultats, publiés dans le JDD dimanche, confortent l’idée que la sécurité et le terrorisme n’ont jamais cessé de préoccuper les Français.

Interrogé par Sputnik, François Bert, fondateur de l’École du discernement et auteur de Le temps des chefs est venu: changer le casting de la politique (Éd. Edelweiss) constate en effet une demande forte en la matière. Pour autant, «l’enjeu de la campagne ne sera pas tant le discours sécuritaire qui est toujours présent au moment des présidentielles, mais plutôt l’action sécuritaire» et les propositions concrètes, souligne-t-il.

«Plus le discours sera précis, plus il sera convaincant. Il faudra notamment se concentrer sur le domaine de la justice et les moyens alloués à la police… Mais plus que le discours des partis, il faudra sans doute un casting neuf»

Bien sûr, l’enquête souligne que les sondés accordent une priorité aux questions sanitaires – 85% la plaçant parmi les nécessités de premier plan. Le problème de l’insécurité et du terrorisme préoccupe 72% d’entre eux, soit autant que l’éducation. La lutte contre la délinquance est quant à elle jugée prioritaire par 70% des interrogés et, même si les chiffres du ministère de l’Intérieur indiquent une chute des délits en 2020 (liée en partie aux mesures de confinement), un autre sondage Ifop montrait récemment que celle-ci serait en hausse constante pour 71% des Français.

La course au régalien

L’enquête Ifop publiée dimanche 25 avril va même plus loin: pour 86% des sondés, les propositions en matière de lutte contre l’insécurité détermineront leur vote lors de la prochaine élection présidentielle.

Autrement dit, la grande majorité des citoyens devraient orienter leur vote vers le candidat le plus à même de régler les problèmes d’insécurité. Une tendance qui devrait inévitablement être accentuée par l’actualité tragique et qui verra sans doute les futurs candidats surenchérir sur le terrain régalien.

En effet, pour François Bert, «plus le temps passe plus on s’aperçoit que l’on a esquivé le régalien et le moment est venu d’y revenir». Cela dit, le discours est à séparer de l’action et celle-ci risquerait de ne pas suivre, craint l’ancien capitaine de la Légion étrangère.

«Il ne faut pas téstosteroner le discours, mais l’action. Il faut, pour cela, se concentrer sur les leviers effectifs et arrêter de revenir sur le sujet avant chaque élection pour faire deux ou trois déclarations et quelques lois,» tance François Bert

Pour cause, la lutte contre le terrorisme et la délinquance est déjà sur toutes les lèvres à l’approche de la campagne présidentielle. Que l’offensive vienne de Marine Le Pen qui a dénoncé dans la foulée de l’attentat le laxisme de l’État dans la lutte contre l’immigration clandestine, ou encore de Xavier Bertrand qui propose entre autres une peine de 50 ans de prison pour les auteurs d’actes terroristes, l’enjeu semble avoir été saisi.

Chez l’actuel locataire de l’Élysée, le message est également passé. Emmanuel Macron vante ainsi une politique sécuritaire, annonçant la semaine dernière au Figaro l’arrivée de «2.000 policiers et gendarmes de plus» cette année. Mais à l’aube de la présidentielle et au milieu des récupérations politiques, difficile pour les électeurs d’y voir clair.

Quelle figure légitime?

Selon le spécialiste du discernement, afin de déceler le vrai du faux, la sincérité de l’électoralisme, les électeurs peuvent notamment s’appuyer sur le «pragmatisme» du discours et le «sang-froid» qui sont en général de bons indicateurs. «Le comportemental est prévisible», affirme-t-il. Cependant, aucun des candidats naturels ne posséderait la capacité à fédérer sur la question sécuritaire.

 «il manque un tempérament de chef, nous n’avons pour l’heure que des communicants» observe François Bert.

C’est pourtant bien vers une figure d’autorité que semblent vouloir se tourner les Français. Et preuve de la priorité absolue qui sera accordée dans les urnes au maintien de l’ordre sur le territoire: l’apparition de figures extérieures au sérail politique et souhaitant rétablir cette «autorité de l’État». Certaines d’entre elles sont même pressenties comme potentiels candidats dans la course à la magistrature suprême. C’est le cas du polémiste Éric Zemmour, crédité de 13% des intentions de vote selon les derniers sondages, ou encore du général Pierre de Villiers pour lequel 20% seraient prêts à voter.

 Leur préoccupation première étant avant tout régalienne, l’engouement qu’ils suscitent témoigne d’une demande d’autorité que le gouvernement actuel ne satisfait plus.

Malgré tout, les principaux intéressés ne daignent pas, pour l’heure, s’engager sur le terrain politique et les enquêtes d’opinion qui les donnent perdants face à Emmanuel Macron. Quoi qu’il en soit, un nouveau duel Macron-Le Pen semble pour l’instant l’issue la plus probable à en croire les commentateurs, et en matière de sécurité «il faudra sans doute voter par défaut», soupire l’ancien militaire.

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Tags:
terrorisme, sondages, sécurité, Présidentielle France 2022
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