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La lettre ouverte des 20 généraux (2S) a provoqué un tollé. Appel au patriotisme ou au coup d’État? Cette initiative répondrait plutôt au désir de retour de l’ordre d’une partie des Français. Avec la menace d’assister, sur les décombres de la confiance dans la classe politique française, à la substitution du pouvoir politique par le militaire.

«La France est un peu comme un immeuble en flammes et à ce moment-là, des pompiers arrivent pour éteindre l’incendie […] Nous, on veut être ces pompiers et la gauche nous dit “non, c’est vous les pyromanes”», lance d’emblée Jean-Pierre Fabre-Bernadac à notre micro.

L’ancien capitaine de Gendarmerie, à l’origine de la «lettre ouverte à nos gouvernants», a ouvert une «énorme» polémique. Ce lundi 26 avril, la ministre des Armées a demandé sur France Info à ce que des sanctions soient prises contre ces signataires. Après avoir dénoncé une «tribune irresponsable», Florence Parly les accuse d’avoir «enfreint le devoir de réserve», jugeant ces actions «inacceptables».

Dans leur texte, initialement publié sur le blog Place Armes et relayée par le site de Valeurs actuelles ce mercredi 21 avril, «une vingtaine de généraux, une centaine de hauts gradés et plus d’un millier d’autres militaires» appelaient Président de la République à défendre le patriotisme. À la condamnation de la ministre des Armées, il faut ajouter celle d’une partie de la gauche, à l’exemple de Jean-Luc Mélenchon, de Benoît Hamon ou d’Éric Coquerel. Pour ces derniers, cette tribune est la marque de militaires «factieux». Jean-Pierre Fabre-Bernadac voit lui dans ces réactions une inversion accusatoire opérée par cette «gauche apatride» qui en réalité «a peur» face à une «cocotte-minute en train d’exploser».

Appel à l’aide, appel à l’ordre

Face à une «France en péril», ces militaires (vraisemblablement en majorité retraités ou de réserve) appellent dans leur texte à lutter contre le «délitement de la patrie». Parmi les «dangers mortels» qui menacent le pays, ils pointent «un certain antiracisme», attisant «une guerre raciale» sur le sol français, «l’islamisme et les hordes de banlieue» et leur emprise territoriale. De même que l’utilisation par le pouvoir des forces de l’ordre face à «des Français en gilets jaunes» désespérés. Face à ces «périls qui montent» et une «violence qui s’accroît de jour en jour», Jean-Pierre Fabre-Bernadac observe dans la population un soutien croissant aux forces militaires.

«Ce que j’entends depuis longtemps, et c’est l’une des raisons qui m’a poussé à faire cette lettre, ces gens-là vous disent: “Mais pourquoi vous, vous ne faites rien? Vous, on a confiance en vous. Descendez dans la rue, montrez-nous que tout n’est pas perdu, que le pays n’est pas en train de partir à vau-l’eau!”», nous raconte l’auteur des Damnés de la France (Éd. de Paris-Max Chaleil).

Et l’ancien militaire de prédire: «Je pense honnêtement qu’il y avait les Gilets jaunes et qu’il y aura les Gilets kaki!». Pour appuyer son propos, Jean-Pierre Fabre-Bernadac mentionne le drame de Rambouillet du vendredi 23 avril. Une fonctionnaire de police était assassinée par un terroriste islamiste rentré clandestinement sur le territoire français. L’attentat avait relancé le débat sur l’immigration clandestine en France.

De même, Jean-Pierre Fabre-Bernadac renvoie aux propos alarmistes tenus par Gérard Collomb en 2018, lorsque l’ancien ministre de l’Intérieur faisait le lien entre immigration et insécurité. Il avait déclaré au moment de quitter son ministère, sur un ton quasi prophétique: «Aujourd’hui, on vit côte à côte, je crains que demain, on puisse vivre face à face.» Une angoisse face à l’avenir du pays et à la capacité pour les Français à vivre ensemble dans un futur apaisé que confirment régulièrement les sondages d’opinion, à l’exemple du celui de l’Institut IPSOS de 2019, qui révélait que pour plus de la moitié (55%) de la population, «ce qui sépare les Français est plus fort que ce qui les rassemble».

«Quand on voit ce qui s’est passé depuis 30 ans, on monte, on monte, on monte et jusqu’où on va? On attire l’attention de là-dessus et à ce moment, on vous dit “c’est dégueulasse ce que vous faites”», déplore Jean-Pierre Fabre-Bernadac à notre micro.

Ce n’est pas la première fois en France que l’appel à l’armée pour faire face au terrorisme ou au désordre dans les banlieues s’exprime dans l’espace public. En 2012 déjà, la sénatrice PS Samia Ghali réclamait l’intervention de l’armée dans les quartiers nord de Marseille pour mettre un terme au règne des dealers.

«Il y avait les Gilets jaunes, il y aura les Gilets kaki!»

Il n’est pas un hasard non plus si la figure du général de Villiers emporte dans l’opinion une certaine sympathie. Dans un récent sondage de l’IFOP, l’ancien chef d’État-major des armées était crédité de 20% des voix au premier tout de l’élection présidentielle s’il se présentait en 2022. Pour Jean-Pierre Fabre-Bernadac, cette «confiance dans l’armée» prospère sur cette crainte en l’avenir et «l’impuissance» du politique.

«Les gens n’ont plus confiance dans les politiques, ils pensent que ce sont des menteurs, des tricheurs, des voleurs. Donc, ils essaient de se tourner vers qui? […] Ceux qui ont la valeur de discipline, d’honneur, de fierté, du pays. C’est pour ça que l’armée est bien vue par 87% des gens», ajoute le capitaine retraité à notre micro.

Est-ce pour autant au militaire de se substituer au politique? Certains leaders politiques de gauche ont vu des aspirations «factieuses» dans la démarche des signataires de la tribune. Dans le texte en question, les soldats concernés déclarent que «si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active».

Une ambiguïté accentuée par la publication sur le site de Valeurs actuelles de la lettre ouverte le 21 avril, jour anniversaire des 60 ans du putsch militaire d’Alger. Notre interlocuteur déclare n’y voir aucune portée symbolique, le texte ayant été publié sur son site Place d’Armes une dizaine de jours avant sa reproduction par Valeurs actuelles. Quant au rôle du politique et du militaire, Jean-Pierre Fabre-Bernadac précise le fond de sa pensée et la nécessité pour le second de rester un outil au service du premier.

«Je veux dire aux politiques: faites attention, bon Dieu, essayez de résoudre ces problèmes, sinon on va à la catastrophe. Je dis que l’armée est une force de 3e ou de 4e catégorie et c’est le politique qui en dispose. Moi, je ne suis pas là pour aller prendre le pouvoir! Je n’ai pas mon casque, mon gilet par balle et, j’allais dire, ma Kalachnikov!», lance-t-il à notre micro.

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Tags:
coup d'Etat, Valeurs actuelles, tribune, militaires
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