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Un petit boîtier fixé au bout du doigt peut-il sauver des vies? En tout cas, l’oxymètre de pouls se banalise. D’ailleurs, la Sécurité sociale le prend partiellement en charge. Interrogés par Sputnik, un généraliste et un interne en réanimation nous livrent des visions légèrement discordantes sur ce dispositif d’autosurveillance médicale.

Les Français s’arment de plus en plus d’instruments de mesure de leurs paramètres corporels. Si un thermomètre ou un tensiomètre font traditionnellement partie d’une armoire à pharmacie domestique, l’intérêt pour le taux d’oxygène est arrivé avec la pandémie de Covid-19.

Désormais, les saturomètres ou oxymètres de pouls sont remboursés à la location au tarif de 3,30 euros la semaine. Et ce «dans la limite de deux forfaits hebdomadaires consécutifs pour les patients âgés de 65 ans ou plus, et/ou présentant des signes respiratoires et/ou présentant des facteurs de risque de forme grave de Covid-19, dans le cadre d’une autosurveillance».

Cette mesure gouvernementale va-t-elle faciliter la vie des médecins? Contribuera-t-elle à désengorger les hôpitaux?

«C’est pas mal!»

À l’heure où les variants se répandent, le monitoring de taux d’oxygène ne remplace pas la précision d’une prise de sang artérielle. Mais il peut donner une indication.

Pour Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la Fédération des médecins de France, ce petit appareil qu’on fixe au bout du doigt est à conseiller. Au micro de Sputnik, il confie «le prescrire, bien que beaucoup de patients l’aient déjà».

«Ce n’est pas compliqué [à interpréter, ndlr], il n’y a que deux chiffres: le rythme cardiaque et le taux de saturation. Et il faut appeler le médecin s’il y a un doute. Ça m’a permis d’hospitaliser quelqu’un dont le taux est descendu à 92%», souligne Jean-Paul Hamon.

Ce généraliste «conseille aux gens» d’utiliser l’oxymètre, même si «ce n’est pas donné et que ça coûte entre 20 et 50 euros». Le remboursement du dispositif par la Sécurité sociale, permettrait de «réserver ça aux gens qui sont vraiment malades», qui présentent les facteurs de risques pour surveiller leur taux de saturation. «C’est pas mal!» conclut Jean-Paul Hamon, en soulignant qu’il faudrait aussi «expliquer comment l’utiliser».

Savoir «interpréter les chiffres»

Du côté de la réanimation, on éprouve quelques réserves. Tout en admettant qu’un oxymètre de pouls soit «un bon outil», Gaëtan Casanova, président de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI), appelle à la vigilance. Ainsi, la surveillance du seul taux d’oxygénation retarderait l’appréciation de l’état réel du patient. D’où un délai moindre pour sauver un malade, selon lui.

Le taux d’oxygénation du sang chez une «personne non malade et avec une bonne capacité respiratoire est à 98-100%». Mais, en cas de problème respiratoire, «si la personne n’arrive pas à assurer correctement l’oxygénation», la saturation diminue. Néanmoins, avant que la baisse ne soit mesurable, «des mécanismes de compensation» sont mis en place: respirer plus vite ou plus amplement. Résultat: l’oxymètre va indiquer le même chiffre.

«Le souci est que, avec la dégradation de la situation, on s’épuise à respirer vite et fort. Et, quand on est épuisé, ça va être une catastrophe, parce que le taux d’oxygène va descendre en flèche. Et on dispose alors au maximum d’une heure ou deux pour “rattraper” le patient, l’intuber, etc. Ce n’est pas vraiment un bon plan», analyse Gaëtan Casanova qu micro de Sputnik.

L’interne en service de réanimation appelle à une surveillance «professionnelle» de l’état du patient. «Faussement rassuré» par les chiffres de son appareil, celui-ci ne réalise pas qu’il est en train de compenser un manque d’oxygène.

«La fièvre est un indicateur… De son côté, l’oxymètre de pouls dépend de beaucoup de mécanismes d’adaptation. Quand le chiffre commence à descendre, c’est vraiment limite et le patient est en danger de mort», prévient  Gaëtan Casanova.

En réanimation, l’intubation ne se fait pas en fonction de la seule indication de l’oxymètre. Si «le taux descend à 86-88%, cela veut dire qu’on n’a pas pu anticiper». Le malade est dans une situation dangereuse.

«Il y a des outils beaucoup plus simples pour décider s’il faut aller aux urgences –c’est la clinique. Savoir se servir de l’oxymètre est à la portée de tout patient, mais il faudrait interpréter correctement les chiffres et une combinaison d’indices», conclut l’interne.

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Tags:
France, santé, pandémie, CovidTracker, Covid-19
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