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Après de longs mois de restrictions sanitaires, les ventes de bière, champagne et autres spiritueux se sont envolées lors du troisième confinement. Un bond par rapport à celui de mars 2020. Les mesures sanitaires ont-elles fini par saouler les Français au propre comme au figuré?

«Des gens se retrouvent dans des situations où ils consomment de plus en plus d’alcool», alerte d’emblée Jean-Charles Dupuy, vice-président de SOS Addictions.

Une hausse de la consommation, accentuée par cette période de crise sanitaire, qu’il constate au quotidien via la plateforme téléphonique de son association. Si l’on a pu dénoncer l’augmentation de la consommation de drogue, les Français seraient encore plus portés vers la bouteille! «Cela a pris beaucoup plus d’ampleur aujourd’hui que le cannabis», constate notre interlocuteur.

Cette tendance se reflète dans les ventes d’alcool. Selon une étude du cabinet IRI, elles ont bondi en mars dernier. Dans le détail, le chiffre d’affaires (CA) généré par les bières et cidres a augmenté de plus de 23% par rapport à l’année dernière. Les champagnes et les spiritueux ne sont quant à eux pas en reste puisque leur CA pétille également avec +24% par rapport à mars 2020.

Les ventes d’alcool ont bondi

Une étude de l’institut YouGov, réalisée en décembre 2020 auprès de 18.000 personnes dans dix-sept pays, laissait présager d’un tel changement dans les habitudes des Français. 15% des sondés ont indiqué avoir accru leur consommation d’alcool depuis le début de la pandémie. Lorsque 4,6 % d’entre eux ont déclaré l’avoir fortement augmentée et 10,6 % légèrement.

Chose plus surprenante encore: le profil type des personnes ayant changé de comportement. «La grande nouveauté est que les femmes ne se cachent plus par rapport à leur consommation d’alcool», rapporte Jean-Charles Dupuy. «C’est presque du 50/50 au niveau des appels», souligne-t-il. Des femmes, au-dessus de la quarantaine, plutôt actives, et qui ne sont pas forcément des mères célibataires ou séparées.

«Elles consomment plus qu’à l’accoutumée: des verres de rosé qui s’enchaînent le soir… Et, à la fin de la soirée, elles se retrouvent avec une bouteille d’alcool consommée. D’où l’inquiétude de ces personnes qui n’ont pas forcément de pathologie associée», indique le responsable associatif.

Le phénomène touche particulièrement les personnes au chômage ou inactives.

L’alcool comme échappatoire

«Pensant que l’alcool pourra combler un petit peu leur journée, en fin d’après-midi, elles sacralisent l’apéritif. Mais elles s’aperçoivent que cela évolue avec un petit verre à midi puis dans l’après-midi. Donc les consommations deviennent plus importantes», explique le vice-président de SOS Addictions.

«On a aussi ceux qui sont dans des situations beaucoup plus graves, qui sont déjà des consommateurs avérés, qui sont dans un processus de soins et qui reconsomment tout simplement parce qu’ils sont angoissés par rapport à la situation dans laquelle nous sommes», rappelle Jean-Charles Dupuy.

Avec le desserrement des restrictions sanitaires, prévu pour le mois de mai, les comportements pourraient-ils évoluer positivement? Rien n’est moins sûr. En effet, comme l’explique le spécialiste des addictions, même passée, la crise sanitaire laissera des traces: «Quand vous êtes dans une addiction, les dommages collatéraux sont nombreux

«Peu importe le moment où tout cela se terminera, il faudra que ces gens continuent de se soigner. C’est un parcours de soins qu’ils vont entamer. Reste à savoir dans quelle situation psychologique ils seront», s’inquiète Jean-Charles Dupuy.

Alors comment éviter ce phénomène? Pour notre interlocuteur, les pouvoirs publics doivent prendre le problème à bras le corps. Notamment en lançant des campagnes de prévention massives. Surtout qu’ils «mettent enfin les moyens», plaide-t-il.

«Il ne faut jamais oublier que l’alcool est une drogue licite. Aujourd’hui, c’est ce qui fait le plus de mort avec le tabac. C’est terrible! Et nous constatons les conséquences de tout cela en bout de chaîne. Heureusement, d’ailleurs, qu’il y a des centres spécialisés», conclut Jean-Charles Dupuy.

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